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Sommaire du n° 103 jan - mar 1993

 



FONDEMENTS

La place de la femme dans l'Eglise (1)

Jean-Pierre Schneider

Préambule

Nous sommes dans le siècle où l'on conteste tout, notamment l'ordre établi par Dieu lors de la création. En ce qui concerne la femme, qui de nous pourrait se soustraire à l'idée prévalente que la femme a trop longtemps été subjuguée, tenue en position sociale inférieure, qu'elle a vécu sous la domination de 1'homme et a le droit de s'en libérer. Le mot «libération» est à la mode: libération de toute contrainte, qu'elle soit politique (mépris des lois), sociale (refus de reconnaître les différentes «classes» sociales), morale (débauche sexuelle effrontée), religieuse (théologie libérale ne reconnaissant plus la Bible comme autorité divinement inspirée; théologie de la libération contraire à l'enseignement de tout le Nouveau Testament), etc.

La femme doit être libérée (féminisme). L'enfant doit être libéré (on lui explique qu'il a des «droits», qu'il n'a pas à se soumettre à l'autorité des parents et des maîtres). il est frappant de constater que la plupart de ces mouvements de «libération» sont d'inspiration marxiste-léniniste-communiste, et que partout où cette idéologie est mise en action politiquement et socialement, toute liberté individuelle disparaît. Cela navigue sous le nom «révolution», et quiconque ne veut pas s'y soumettre est neutralisé ou carrément liquidé comme «contre-révolutionnaire». On a commencé à s'apercevoir de la fausseté de cette idéologie et à réagir. Quelle nouvelle liberté contraignante prendra sa place?

Pour y voir clair, il n'y a pour le chrétien né d'en haut qu'une seule autorité: la Bible. C'est elle qui va nous montrer quelle est la pensée de Dieu dès la création de l'homme en ce qui concerne la position de la femme dans la société, et surtout dans l'Eglise de Jésus-Christ.

L'autorité du chrétien

Toute étude et compréhension de la Bible repose sur trois fondements:

1. La prière: Ouvre mes yeux, pour que je contemple les merveilles de ta loi (Ps119.18).

2. L'illumination du Saint-Esprit: Vous avez reçu l'onction... son onction vous enseigne toutes choses (1 Jean 2.27).

3. La comparaison des textes bibliques: Les Juifs à Bérée... examinaient les Ecritures pour voir si ce qu' on leur disait était exact (Act 17.11).

Efforce-toi... de dispenser droitement la parole de vérité (2 Tim 2.25). C'est ce que nous allons nous efforcer de faire.

Le malentendu

Tout d'abord, il faut que nous nous débarrassions d'un malentendu qui est à la base du mouvement féministe tout entier: On confond fonction et valeur .

La fonction d'un être humain dans la société ne se recouvre pas forcément avec la valeur qu'il a en tant qu'individu. Le chef, le patron, celui qui commande n' a pas forcément plus de valeur (morale, intellectuelle, artistique, etc.) que le subalterne soumis au chef. Souvent, le contraire est le cas. Tel chef d'entreprise, hautement respecté et craint, mène une vie dissolue, est mesquin à la maison, alors que certains de ses subordonnés sont des hommes ou des femmes droits, fidèles et généreux.

L'enfant est donné par Jésus en exemple aux adultes; pourtant, dans la société politique et sociale, on lui attribue souvent peu d'importance.

Un autre point doit être élucidé; je le ferai en juxtaposant deux textes du Nouveau Testament: 1. Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave (ouvrier) ni libre (patron), ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Christ-Jésus (GaI 3.28). 2. Christ est le chef de tout homme, l'homme est le chef de la femme, et Dieu est le chef de Christ (1 Cor 11.3).

D'une part: égalité.
D'autre part: inégalité (hiérarchie ).

Interprétation

En tant que chrétiens soumis à l'autorité de la Bible, c'est-à-dire à l'autorité absolue de Dieu, nous ne discutons pas; nous cherchons à comprendre.

Dans le texte aux Galates, il s'agit de la position juridique devant Dieu: tous sont pécheurs; tous, sans distinction de sexe, ont besoin de croire l'Evangile de Christ pour être justifiés et devenir enfants de Dieu, héritiers du royaume. Tout être humain est donc sur pied d'égalité en ce qui concerne sa position devant Dieu.

Il n'en reste pas moins qu'en devenant enfant de Dieu, sa position dans la société humaine n'a pas changé: le Juif ne devient pas Grec, ni le Grec Juif; l'ouvrier reste ouvrier et le patron reste patron; de même, l'homme reste homme et la femme reste femme.

Tous sont un en Christ, même si leur fonction est différente. Le passage dans 1 Cor 11 veut dire: l'homme a la fonction de procréateur, car c'est lui qui détient le sperme fertilisant; la femme a la fonction de réceptrice, car elle détient l'ovule à fertiliser.

Lequel des deux est plus important? Lequel a plus de valeur? Aucun! Car que ferait l'un sans l'autre? Pour qu'il y ait procréation, il faut les deux; leur position est la même.

Par contre, leur fonction est différente. L'homme est normalement appelé à prendre l'initiative; il a la charge de pourvoyeur du pain quotidien (il gagne de quoi nourrir sa famille); et il est responsable devant les autorités en tant que chef de la famille (je sais qu 'il y a des Etats où cela a été abrogé). La fonction de la femme est complémentaire: elle a la charge des enfants, en fait de la conception; elle est responsable de leur éducation initiale (ce qu'en allemand on nomme «Kinderstube» ). Cette complémentarité signifie que la femme est aussi indispensable que l'homme dans la famille - et dans l'Eglise ! C'est ce que Paul explique dans les textes que je vous recommande de lire en entier.

Etude de trois textes-clé

Premier texte: 1 Cor 11.2-16

En grec, le mot pour homme signifie «le mâle», donc l'homme en général, non seulement le mari. Et l'homme en tant qu'être humain masculin est le chef de la femme (sens général du mot grec), vérité qui s'inscrit dans le plan de Dieu dès la création. Cette hiérarchie est à l'image d'une autre, qui existe dès l'éternité: Dieu le Père est le chef de Christ, Dieu le Fils.

Or l'homme fut créé à l'image de Dieu: il fut donc créé dans une hiérarchie existante. C'est pourquoi le texte parle d'abord d'hiérarchie et déclare formellement: Christ est le chef de l'homme (du mâle).

L'autorité de l'homme trouve son fondement en Christ, de même que la subordination de la femme trouve son image dans la soumission du Christ à son Père.

Le Fils n'est pas inférieur au Père de par sa fonction différente: ils sont UN .La femme n'est pas inférieure à l'homme de par sa fonction différente: ils sont UN.

Autre parallélisme: La relation entre le Père (le chef) et le Fils (soumis au Père) est une relation d'amour. De même, l'autorité de l'homme sur la femme trouve ses limites dans l'amour, sans lequel elle devient vite abusive et tyrannique.

L'amour de l'homme, qui se donne à sa femme tout comme Christ s'est donné à l'Eglise, enlève à son autorité ce qu'elle pourrait avoir de pénible ou difficilement supportable pour la femme.

Un point important se dégage de l'étude du grec de ce texte; il ressort très clairement d'une thèse de Claude Vilain parue en 1975, intitulée «Commentaire exégétique de trois textes pauliniens sur la place de la femme dans l'Eglise»:l'autorité de l'homme sur la femme ne se limite pas au couple, mais est valable dans le cadre de l'Eglise tout comme dans la vie politique. Dans l'Eglise, cette fonction de chef s'exprime principalement dans l'exercice d'une autorité doctrinale et disciplinaire qui est refusée à la femme, comme nous le verrons plus loin.

Avant de passer aux applications pratiques de cet ordre de Dieu, voici une mise au point (Vilain p.21): «Pour les auteurs épris de féminisme les présupposés sont critiques. Il s'agit de soumettre les textes à une herméneutique qui se résume essentiellement à une analyse sociologique de la situation du premier siècle comparée à celle du vingtième. On découvre ainsi dans les textes toute une conception de la relation homme-femme qui n'a plus aucune valeur pour notre temps. En affirmant que l'homme est le chef de la femme, l'apôtre s'inscrit en plein dans la mentalité de son temps, se laissant influencer par l'anti-féminisme du judaïsme. Il n'est pas inutile de rappeler tout ce que cette méthode peut avoir d'arbitraire. Elle permet tout simplement de faire dire au texte le contraire de ce que pensaient les auteurs inspirés; elle permet aussi de faire un choix qui laisse le lecteur contemporain libre de garder ce qui lui convient et de rejeter ce qui lui semble dépassé ou contestable.»

v .4- 7: la femme qui prie ou prophétise

«Tous les commentateurs consultés se refusent à limiter l'exercice de la prière et de la prophétie au seul cadre de la famille. Dans ce chapitre, l'apôtre donne des instructions sur la manière dont doivent se dérouler les rencontres de l'Eglise. Il précise la tenue spécifique de la femme et la justifie de la même manière qu'il rappellera comment doit être célébré le repas du Seigneur. La référence aux anges, à la convenance et à l'enseignement de la nature nous indique que nous ne sommes plus dans le simple cadre familial. Il y a des témoins à la prière de 1'homme autres que sa femme ou ses enfants. Dans son usage néo-testamentaire, la prophétie ne signifie que très occasionnellement la prédiction de l'avenir. On ne retrouve ce sens que dans Act 11.28 et 21.11, ainsi. que dans l'Apocalypse. Toutes les autres mentions de ce don se rapportent à une prédication qui est en relation directe avec la situation d'une communauté ou de l'un de ses membres» (Vilain p.27-28).

Il découle donc de l'étude du texte biblique que le droit de prier et de prophétiser (parole d'édification, d'exhortation, de consolation pour une situation donnée) n'est pas contesté à la femme dans l'Eglise; elle est en ceci sur le même plan que 1'homme, tout en restant sous son autorité. Par contre, l'apôtre Paul souligne un autre aspect: La différence de tenue entre l'homme et la femme.

L'homme doit être découvert puisqu'il est l'image et la gloire de Dieu (v. 7). Nous tous, qui le visage dévoilé, reflétons comme un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés à la même image, de gloire en gloire, comme par l'Esprit du Seigneur (2 Cor 3.18). Vilain p.32: «Si 1'homme qui prie ne se couvre pas le front, c'est là un symbole, d'après Paul, de l'immédiateté de son rapport avec le Christ, en face de qui il se place et don toute sa figure peut alors refléter la splendeur. Il est question de «doxa» (gloire et reflet). Se couvrir le front et les yeux dans la prière, comme les Juifs actuels et les anciens Romains, serait se priver soi-même de cette gloire, et en quelque sorte priver le Christ d'un miroir où il se complaît.»

v.4-5: Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef (Christ). Toute femme, au contraire, qui prie ou prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef (l'homme): c'est comme si elle était rasée.

Il ressort clairement de ce texte qu'il doit y avoir une différence de tenue vestimentaire entre l'homme et la femme dans l'Eglise. Autre aspect: au temps de Paul, il était honteux pour une femme d'avoir les cheveux coupés. La raison: la tête rasée était le signe, soit d'une conduite adultère, soit de prostitution, soit encore de pratiques sexuelles contre nature, ou pouvait indiquer le désir d'émancipation totale.

Or on trouve que les Corinthiennes, à cette époque-là, voulaient s'émanciper, se faire les égales de 1'homme. Les Corinthiennes chrétiennes avaient trouvé que, en Christ, elles étaient égales aux hommes; elles voulaient affirmer cette égalité en refusant de porter le voile.

Vilain p.38: «Il devait régner dans la communauté de Corinthe un fort mouvement de libération. Les femmes allaient trouver dans le Christ la source de leur égalité avec l'homme et l'affirmer en refusant de porter le voile. Ce refus du voile s'inscrivait d'ailleurs dans un mouvement d'émancipation féminine qui ébranlait à cette époque plusieurs grandes cités. .L'apôtre, par fidélité à l'ordre créationnel, va rappeler à la chrétienne de Corinthe que le voile fait partie de cette expression visible de la différence entre les sexes. Il ne peut pas y avoir de confusion dans l'Eglise; chacun doit rester à la place que Dieu lui a désignée.»

Il faut donc croire que le voile était une coutume répandue au temps de PauL Le texte montre que l'enseignement de Paul était contesté à Corinthe et qu'ailleurs on s'y soumettait: Si quelqu'un se plaît à contester, nous n'avons pas cette coutume, ni les églises de Dieu (v.16). L'apôtre inspiré de Dieu ne discute pas ses ordres !

Au prochain numéro, nous examinerons les implications pratiques de cet enseignement.

J.-P.S.
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