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Sommaire du n° 132 avr - jun 2000

 



VIE CHRÉTIENNE

Connaître l'Evangile

Lecture proposée: Rom 1.7-17

Bernard COUSYN

Une envie de changement

Qui ne se prépare pas au futur millénaire? Et c'est à celui qui veut vous aider à franchir le cap, comme si, sur cet autre versant, vous arriviez dans un autre univers.

En tout cas, le souci de ces professeurs improvisés est que vous passiez cette frontière virtuelle débarrassé de tout ce qui peut vous encombrer: préjugés, soucis, doutes, etc. En bref, il s'agit de faire de vous un homme nouveau, au regard nouveau, pour un millénaire nouveau!

Dans ce contexte, on vous enjoint de faire bon marché de la Parole de Dieu: l'occasion est trop belle! Combien d'éditoriaux, d'articles, d'études, dans des revues et des journaux pas même spécialisés en la matière, nous proposent sous forme de questions insidieuses:

- «La loi de Dieu est-elle encore valable aujourd'hui?»

- «Ne pourrait-on pas faire l'économie de la Bible pour le prochain millénaire ?»

Au nom de la laïcité, ou parce qu'il y a les sectes, ou encore afin de respecter le libre arbitre de chacun, on nous pousse à évacuer Dieu en réduisant sa Parole à un livre de morale, sa Loi à une sorte de carcan religieux et Dieu lui-même à un mythe dépassé.

Quelles justifications?

En réfléchissant à ces questions brutales sur la validité de la Parole de Dieu et son rôle, sur lesquels est jeté le doute, nous réagissons de façons diverses:

- L'homme aurait-il à ce point changé, qu'il puisse justifier l'inutilité de la Bible ?

- La loi de Dieu serait-elle à rénover, parce qu'inadaptée au monde et à l'homme moderne?

- L'évolution étant actuellement l'un des premiers postulats du devoir, la Bible ne mériterait-elle pas elle aussi un dépoussiérage dans les interprétations qui en sont faites?

Toutefois, ces quelques réflexions n'atteignent pas toute la plénitude du problème de fond, dont le premier effet visible paraît être la relativisation de la Parole de Dieu.

La loi de Dieu

En premier lieu et en quelques traits, écoutons ce que dit la Bible à propos de la loi divine. Elle est déclarée «sainte, juste, bonne» en Rom 7.12. Mais aussi, «par elle, vient la connaissance du péché», dit Paul en Rom 3.20. Ainsi, le seul ministère de la loi est de montrer que nous sommes tous condamnés! La loi est appelée «ministère de mort» en 2 Cor 3.7, puisque «tous sont ainsi reconnus coupables», (Rom 3.20). La loi a, au départ, un rôle de révélateur, mais qui va bien au-delà: «La loi est comme un pédagogue pour nous conduire à Christ.», (Gal 3.24). Elle nous montre combien nous avons besoin de Christ. La loi fait fonction de miroir vis-à-vis de nous-mêmes. Elle exprime, comme d'ailleurs toute la Parole, la pensée de Dieu à notre égard. Et casser ce miroir n'est pas une solution! La proposition de «faire l'économie de la Bible pour le prochain millénium» ne serait-elle pas une manière de casser justement ce miroir qu'est la Parole de Dieu, éliminant par là même le questionnement sur nous-mêmes ?

Le premier symptôme

Nous arrivons ainsi à voir, au-delà de la question, un premier motif profond: l'homme refuse de savoir comment son Créateur le voit et surtout, il refuse son intervention dans sa vie! Une fois de plus, l'homme naturel se révèle égal à lui-même, profondément individualiste. Et le véritable sens de la remise en cause de la validité de la Parole est bel et bien: plus de contraintes ! plus d'interdits ! L'homme ne supporte ni les limites, ni la moindre autorité ou règle de vie, ni la moindre loi, et encore moins si celles-ci émanent de Dieu.

Les traces de cet individualisme sont partout; toute entrave à son épanouissement, à son ascension sociale, à ses envies, loisirs, ambitions multiples, l'homme la vit comme une atteinte à sa liberté individuelle, voire à sa vie! On applaudit au «hors-la-loi», au «horsnorme », à la marginalité, et gare à celui qui ne fait pas chorus; c'est de lui qu'il faut se méfier: il est intolérant !

L'individualisme

Prenons l'exemple de la mode du «hors-piste». Les adeptes de cette discipline, nous pouvons les croiser en toutes saisons, avec leurs invariables attributs: bandeaux, lunettes profilées, combinaisons fluorescentes. Ne sont-ils pas impressionnants, ces sportifs de l'extrême? Mais à la réflexion, ces vedettes de la neige sont exactement à l'opposé des véritables sportifs qui maîtrisent leur discipline lentement, par l'effort, l'abnégation et l'expérience. En hors-piste, ce qui est recherché, c'est tout le contraire: le plaisir immédiat, l'illusion du «sans limites », la jouissance de n'avoir ni barrières, ni contraintes.

Que dire de ces êtres qui, à peine débarqués dans les stations, se ruent au danger comme s'ils en étaient en manque? Leur hyper individualisme les rend sourds à tout avertissement quant aux éventuelles conséquences de leur témérité, qu'elles soient pour les autres ou pour eux-mêmes ! Un 7 VIE CHRÉTIENNE surfeur de l'extrême arrivait même à déclarer: «Déjà, en haut, on a le problème des avalanches; maintenant, en bas, on va avoir le problème des gendarmes !»... Pas de limites, pas de loi !

Dans cet effort à vouloir à tout prix braver les lois, ne voit-on pas émerger le désir d'être un surhomme? Vouloir devenir tout-puissant, s'affranchir de tout comme au premier jour, parce que sonne encore aux oreilles des hommes cet antique mensonge: «Vous serez comme Dieu», (Gen 3.5). Et depuis, l'homme est hanté par l'échec! Même sa propre vie lui apparaît comme une immense montagne infranchissable.

Un second symptôme: l'autonomie

Et voilà donc apparaître un second motif profond, qui fait surgir une nouvelle interrogation, douloureuse cette fois: «La Parole de Dieu est-elle encore valable aujourd'hui ? »... C'est que l'homme veut se gérer seul. Sa grande tentation est de vouloir vivre ses propres schémas en toute liberté... alors qu'il s'avère en réalité incapable de se soumettre aux lois de son propre Créateur. Parce que l'homme, de lui-même, ne le peut pas.

Ce danger de l'autonomie guette aussi le chrétien; non pas qu'il souscrive au fait que la loi de Dieu ne soit plus valable de nos jours, mais il pourrait se croire déjà plus loin sur le chemin, au-delà d'une vérité qu'il aurait intégrée... Le résultat reste cependant le même: tenté de vivre une vie autonome, il vide de sa substance le titre de chrétien qu'il revendique, puisqu'en reprenant les rênes de sa destinée, il a repoussé Christ hors du centre de sa vie.

Et si nous revenions à Romains 1?

Cette épître est adressée à des chrétiens - et même à des chrétiens renommés, cf. v.8! Le nombre de salutations du chapitre 16 nous permet d'apprécier le nombre et la diversité des membres de cette église de Rome. Et c'est à eux que l'apôtre Paul dit: «J'ai le vif désir de vous annoncer l'Evangile», (v.15)! Serait-ce à cause du danger décrit plus haut ? Les chrétiens de Rome pensaient-ils être arrivés à une certaine perfection, une certaine maturité... Est-ce que le danger menaçait au point que Paul se sente obligé de recommencer la délivrance du message de l'Evangile ? Ou bien, l'Evangile recouvre- t-il une dimension que les chrétiens de Rome n'avaient pas saisie ?

Ce que l'Evangile n'est pas

En tous cas, connaître l'Evangile ce n'est pas seulement connaître les récits qui le composent. Ce n'est pas non plus s'informer sur Jésus-Christ. Car si connaître l'Evangile, c'était seulement avoir une idée sur Jésus, ou sur la Bible, alors il s'agirait là d'une religion; l'Evangile ne serait qu'une doctrine. Et dans ce cas, alors oui, on peut comprendre que peut surgir la question sur la «validité de cet Evangile », qui changerait selon les époques, l'âge des personnes, s'adapterait à l'église locale, aux pays dans lesquels il est implanté; il évoluerait selon des critères culturels, sociaux, nationaux, etc.

Et, puisqu'il paraît que seuls les insensés ne changent pas d'avis, et qu'il ne s'agit pour rien au monde de se trouver dans leurs rangs, on se sent prêt à tout: tous les compromis, toutes les tractations, afin de ne pas essuyer l'affront d'être accusé d'avoir des idées bien arrêtées, ce qui serait l'indice «d'un homme qui aurait cessé de réfléchir», selon E.Renan !

Comment faire comprendre, que si le fondement reste le même, si la Bible est immuable, ce qui change, ce qui évolue, ce qui bouge, c'est la profondeur et l'émerveillement de la compréhension !

Un jour, un prospecteur de pétrole vit la chose suivante lui être reprochée:

- Mais, depuis des semaines, vous êtes toujours au même endroit !

- C'est vrai, rétorqua-t-il. Mais plus je creuse ici, plus je me félicite d'avoir choisi cet endroit ! Quel bon exemple de stabilité...

Connaître l'Evangile

Aussi Paul veut-il annoncer l'Evangile à des chrétiens (v.15), parce que, ditil, «l'Evangile est la puissance de Dieu» (v. 16). Or, le même apôtre écrira qu'il «prêche Jésus-Christ crucifié, ...qui est puissance de Dieu et sagesse de Dieu»..., (1 Cor 1.23-24). Par conséquent, prêcher l'Evangile, ce n'est pas prêcher une doctrine, mais prêcher une personne!

L'Evangile, c'est rencontrer le regard de Dieu, c'est rencontrer Christ, «qui est le même, hier, aujourd'hui, et éternellement » (Héb 13.8). On est loin de l'Evangile-doctrine-religion, qu'on a la démangeaison de modifier et d'adapter à notre siècle. On est dans le cadre de l'Evangile-rencontre avec Christ, que l'on ne peut altérer sans danger (lire Gal 1.7-9).

Cette découverte de la personne de Christ nécessite de la persévérance. Tout comme dans un couple: la découverte mutuelle dure une vie. Mais quels trésors cette découverte mutuelle n'apporte-t-elle pas ?

Conclusion

Ainsi, si changement il y a, c'est bien dans notre attitude qu'il doit avoir lieu et non pas à propos du cadre scripturaire dans lequel nous évoluons !

Exhortons-nous à la soumission aux Ecritures, pour nous-mêmes, en famille, en église, mais non pour être de ceux dont «la foi est renommée dans le monde entier» (v.8). Tolstoï disait: «Ne cherche pas à être un chrétien dont on parle, mais un chrétien que Dieu approuve.»

Remarquons enfin la confiance de l'apôtre Paul envers ces chrétiens de Rome. Après quinze chapitres, il sait que les bonnes dispositions de chacun ne le décevront point quant à la mise en pratique du message délivré de la part de Dieu (Rom 15.14 et 16.19).

B. C.

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