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Sommaire du n° 132 avr - jun 2000

 



ETUDE BIBLIQUE

Gagner

Philippe FAVRE

GAGNER ! Tel est le titre d'un ouvrage récemment paru où un patron célèbre indique les voies de sa réussite. Gagner... C'est le leitmotiv d'athlètes renommés ou de sportifs anonymes qui tentent de battre des records jugés impossibles. Gagner... C'est aussi l'espoir d'une multitude de spéculateurs, véritables loups de la finance innovant des méthodes pour déstabiliser un géant bien établi ou accélérer la fusion d'énormes capitaux.

Ce verbe évoque l'effort couronné de succès; n'est-il donc réservé qu'à une élite de ce monde ? Ouvrons l'Evangile. Une parole de Jésus heurte de plein fouet: «Et que sert-il à un homme de gagner tout le monde s'il perd son âme ?» (Marc 8.36). L'Evangile est si actuel qu'il nous présente le plus grand gain qui puisse exister - régner sur le monde - en contraste avec la plus grande perte qui soit: celle de l'âme. Ainsi l'on peut se poser la question: vaut-il la peine d'investir tant de forces pour un résultat si décevant ? Pour Dieu la réponse est claire, la valeur de l'âme est inestimable en comparaison des richesses d'ici-bas. C'est ce que le Seigneur Jésus a prouvé en venant chercher la brebis perdue jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée (cf. Luc 15.4).

Consultons les épîtres. A la fin de son ministère, l'apôtre Paul se trouve en prison à Rome. Du monde, il a déjà reçu - comme son Maître - coups, injures, mépris, dédain, mais il dit aux Galates que «le monde est crucifié pour lui comme il l'est pour le monde» (6.14). Aussi, comme un champion veut décrocher un titre au prix d'une discipline de fer, de privations et de tensions de tous les instants, sa recherche incessante, son but suprême sont «l'excellence de la connaissance de Jésus- Christ son Seigneur» (Phil 3.8).

Laissons-nous inspirer par cette expression associée à une autre dans le même verset: «gagner Christ». Saisi par son Sauveur, Paul court avec une ténacité à toute épreuve pour découvrir la gloire de son Seigneur. Où en sommes- nous à ce sujet ? Nous affirmons ou nous prétendons suivre l'exemple de Paul, mais brûlons-nous comme lui par notre amour et notre obéissance ? En fait, que signifie vraiment gagner Christ ? En lisant le contexte (Phil 3.1- 14), trois pensées s'imposent:

1. Une rupture avec le passé

«Ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte pour Christ» (Phil 3.7). De quoi s'agit-il ? L'apôtre les mentionne au début du chapitre: la tradition, la race, l'appartenance à une tribu royale, le sang non mélangé, la pureté de la langue (il ne parle pas de l'araméen), le zèle pour les règles extérieures de la loi, l'adhésion passionnée à la secte la plus stricte (celle des Pharisiens). Tout est digne et rien n'est méprisable dans ce catalogue d'avantages. Mais ces choses l'ont conduit néanmoins à persécuter l'Eglise, à blasphémer le nom de Christ et à traiter sans ménagement hommes et femmes. La rencontre avec son Seigneur, sur le chemin de Damas, a bouleversé non seulement son existence mais toutes ses estimations. L'ensemble des normes a basculé pour faire place à Christ et à son royaume. Aujourd'hui encore, ces choses peuvent produire des chrétiens de nom mais elles ne suffisent pas pour établir un chrétien de fait. Ces choses auraient pu l'installer comme un grand docteur renommé pour sa science théologique, mais il les a regardées comme une perte à cause de Christ. Lecteurs, en définitive, où plaçons-nous notre confiance ? En Christ ou dans notre hérédité, notre éducation, notre appartenance à une Eglise, aussi bonne soit-elle ? En Christ, ou dans notre position sociale, nos dons, nos goûts religieux ou mondains ? Tant que ces choses représentent un gain, elles sont une source de problèmes, elles empêchent un complet épanouissement de notre joie et de notre paix dans la foi (cf. Rom 15.13).

2. Une ambition pour le présent

Paul, dans sa réflexion, ne s'arrête pas à une série d'avantages auxquels il a renoncé. Il va plus loin, il porte un regard critique et lucide sur tous les privilèges que le monde peut offrir: «Et même je regarde toutes choses comme une perte...». La connaissance de Jésus-Christ son Seigneur est d'une telle richesse que son échelle des valeurs s'en trouve bouleversée sur tous les points. Il est convaincu que tout est appelé à disparaître, à fuir, à passer. «La figure de ce monde passe», écrit-il aux Corinthiens (1 Cor 7.31).

Si nous prenons le temps d'évaluer les quelques succès ou les profits qui nous séduisent et nous paralysent, pour les comparer à la bénédiction d'une vraie communion avec Dieu, nous reconnaissons la décision de l'apôtre comme sûre et satisfaisante. Nous comprenons aussi mieux pourquoi, dans un langage qui nous paraît excessif, il déclare: «Je les regarde comme de la boue afin de gagner Christ» (Phil 3.8). Il est frappant de constater que les choses perdent de leur éclat - au point de devenir de la boue - dans la proximité de Jésus-Christ.

Aujourd'hui, nous sommes placés devant l'impérieuse nécessité d'une analyse toute nouvelle de notre position en Christ, de notre relation avec Dieu et de notre recherche de sa volonté.

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