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Sommaire du n° 137 jul - sep 2001

 



REGARDS SUR L’OCCIDENT

L’idole de l’homme libéré

Joël CECCALDI

Joël Ceccaldi est marié et père de cinq enfants. Il est membre d’une communauté protestante évangélique de la banlieue bordelaise. Il a exercé deux années comme médecin au Nord du Burundi dans un hôpital de brousse, entre 1976 et 1978. L’unité hospitalière dont il est actuellement responsable à Libourne, accueille des personnes atteintes de maladies du sang et d’infection VIH (sida). Il s’intéresse aussi aux questions de bioéthique, en particulier à celles qui touchent aux limites de la vie humaine et de la personne.

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sans papier ou cendre
J’écris ton nom (...)

Liberté !

En 1944, Paul Eluard composa un long poème en forme de litanie dont les avions alliés lâchèrent des milliers d’exemplaires au-dessus des zones occupées par les Allemands. Cette ode à la liberté souleva l’enthousiasme et fit renaître l’espoir. Ses vers... libres initiaux figurent dans l’en-tête, traduisant l’aspiration des hommes à l’égard d’une liberté quasi idolâtrée.

La soif d’être libre est de fait universelle et vieille comme le monde... humanisé. De tout temps et en tout lieu, les hommes se sont éprouvés comme contraints, limités, dépendants. Ils se battent volontiers pour conquérir leur indépendance, préserver leur autonomie, jouir sans entraves, s’exprimer comme ils le veulent en supprimant la censure, agir à leur guise...

Tentons en quelques pages d’accompagner l’homme dans ces combats, en cherchant chaque fois à préciser les enjeux, à évaluer les issues. Après quoi nous nous mettrons à l’écoute de la Parole Révélée, où il est aussi question de liberté, mais en un sens radicalement différent, qu’il conviendra de dégager.

L’Homme libéré... de quoi?

des contraintes, des limites,
des dépendances.

I - Libéré des contraintes

Celles-ci peuvent être extrinsèques, avoir leur source en dehors de soi; ou intrinsèques, et provenir alors de l’intérieur de soi.

A. La religion comme pouvoir

Armée par le bras séculier, a longtemps contribué à enserrer les consciences dans l’étau d’une pensée unique. En France, c’est la révolution de 1789 et le Concordat qui ont sonné le glas du régime «un roi, une loi, une foi», offrant enfin aux Huguenots du Désert un statut social et la possibilité de croire autrement que les catholiques majoritaires. De ce point de vue, la laïcité est un facteur de libération. Jean-Paul Willaime, directeur du Centre de Sociologie du Protestantisme de Strasbourg, la définit comme «résultat d’un processus historique qui a vu les diverses sphères de la vie sociale (juridique, politique, médicale, scolaire, etc. ) s’émanciper progressivement de toute tutelle religieuse pour se développer de façon autonome ».

- Actuellement, nombreux sont encore les régimes où pouvoirs religieux et politique sont confondus, exposant à la persécution ceux dont la foi n’est pas celle reconnue officiellement. Ainsi pour plusieurs pays musulmans.

Toutefois, l’affranchissement du joug religieux peut n’être finalement qu’un simple transfert de sacralité et n’avoir donc de libérateur que le nom. N’a-t-on pas vu la religion de l’Etre Suprême remplacer le christianisme et les temples de la Raison faire... office de chapelle, dans une atmosphère de terreur plutôt que de sérénité? Quant aux ouvrages auxquels recourent les enseignants républicains de nos écoles laïques, ne contiennentils pas quelques messages à peine subliminaux qui relèvent de l’idéologie davantage que de la démarche scientifique, en particulier en biologie, où les (hypo)thèses évolutionnistes deviennent subrepticement des faits incontournables et indiscutables à gober comme tels?

Par ailleurs, la vision matérialiste athée inspirée de Marx et Lénine et mise en œuvre par un Etat totalitaire a conduit des myriades de dissidents au Goulag, à l’hôpital psychiatrique, à la mort et à l’exil, tels V Georghiu, Soljenitsyne, Sakharov, Rostropovitch, les étudiants de la place Tien Amnen etc. Quant aux contraintes socio-économiques imposées par un libéralisme débridé, érigé en un système de libre concurrence inspiré par les thèses de la survie des plus aptes et de la sélection des plus entreprenants, elles ne sont pas moins aliénantes, aboutissant à l’émergence d’un Quart-Monde des exclus, tant en Europe qu’aux USA, où s’avivent les tensions entre des chômeurs amers et des travailleurs «surbookés». A sa manière sèche et outrancière, Lénine dénonce lucidement le caractère fallacieux de la liberté en société capitaliste: «une liberté pour les propriétaires d’esclaves» que sont les patrons d’entreprises.

B. La nature comme menace

Dont les caprices ont décimé tant de générations via les famines et les épidémies, et continuent de tuer par toutes sortes de catastrophes, séismes, inondations, tempêtes, etc. Au fil des âges, les progrès dans la connaissance et dans la technique, i.e. dans la capacité à prévoir et à infléchir les phénomènes naturels, ont conduit l’homme d’une passivité pétrie de stoïcisme et de fatalisme démobilisateur à des interventions de plus en plus systématiques et efficaces. Modifier et maîtriser l’environnement, voilà une autre voie d’émancipation. Ainsi, face à de menaçants cumulo-nimbus en passe de décharger leurs grêlons sur sa vigne, le viticulteur contemporain songera-t-il à lâcher quelques bombes pour disperser les nuages, tandis que son ancêtre se serait peut-être agenouillé pour prier, ou aurait levé le poing pour maudire le sort contraire tout en pleurant sa vendange perdue. Si les songes inspirés par Dieu à Joseph, ainsi que son sens de l’organisation, ont jadis évité à l’Egypte les affres de la famine, les exploitants modernes sont davantage intéressés par la capacité de résister au gel ou aux insecticides que confèrent les manipulations génétiques des plantes alimentaires ou ornementales.

Toutefois, la manipulation du génome sans précaution suffisante, la modification de l’environnement sans discernement et l’exploitation sans vergogne des ressources naturelles peuvent conduire à des catastrophes comme l’extension du désert sahélien ou la déchirure de la couche protectrice d’ozone: effet boomerang d’une liberté prise à trop bon marché...

C. A la fois extrinsèque et intrinsèque, mal subies mais susceptibles d’être provoquées, la douleur peut être si intense et la souffrance si atroce, qu’elles emmurent dans le silence d’un corps rétracté, dans la solitude de l’incommunicable. Les grandes douleurs sont muettes, dit-on à juste titre. Fort heureusement, d’énormes progrès ont eu lieu dans leur maîtrise. La morphine - à ne plus considérer comme une forme laïque de l’extrême- onction (mort fine) - soulage désormais la majorité des cancéreux sans les transformer en drogués, les libérant du même coup pour pouvoir alors véritablement communiquer avec leur entourage lui-même rasséréné.

Cependant, maîtriser le symptôme tout en maintenant la capacité du soigné à percevoir et à ressentir les affects, - condition de sa liberté véritable - reste un exercice difficile. En outre, nombre de souffrances psychologiques et morales liées aux vicissitudes de l’existence font l’objet de traitements par anxiolytiques, au point que la France détient le record mondial de consommation de tranquillisants, et que nombre de Français ne peuvent plus se passer de benzodiazépines pour s’endormir ou éviter l’angoisse. Quelle est cette libération visà- vis d’une souffrance existentielle qui se transforme en dépendance à l’égard d’un médicament ? ...

D. Reste la contrainte interne, dont on peut parler en catégories et en termes divers: la conscience morale, instance d’évaluation de nos actes et pensées, l’inconscient qui déterminerait nos choix au point de réduire quasiment à néant l’espace de liberté de l’homme selon Freud, les passions et pulsions qui s’opposeraient à la raison et que les stoïciens se faisaient forts de maîtriser pour parvenir à l’ataraxie, sorte de bonheur intime, état idéal de détachement serein vis-à-vis des contingences externes et de contrôle parfait à l’égard de la souffrance et des pulsions. Nécessitant une force d’âme peu commune, ce genre d’approche ne concerne au mieux que de très rares sages, et n’est guère à la mode de nos jours, où l’on parlerait plus volontiers d’homme coincé que d’homme libéré face à un Épictète réincarné! L’heure est en effet davantage à «s’éclater», à «retrouver ses sensations», et à vivre sa passion jusqu’au bout.

Ainsi la libération sexuelle invite-telle à réaliser ses fantasmes sans crainte de la faute, dans toutes les positions, avec tous les partenaires, dans toutes les occasions qui se présentent ou qu’on provoque. «Jouir sans entrave » tel est le credo à peine modulé par l’émergence de l’épidémie du sida, qui conduit désormais à «sortir couvert » si l’on veut durer... Quant à l’entrave que constituait jadis le risque de grossesse, elle est désormais abolie grâce à la possibilité technique de dissocier fécondité et sexualité. Ne pas avoir d’enfant quand on n’en veut pas, premier pas dans la libération de la femme et dans la maîtrise de la procréation, est en effet parfaitement accessible par tous les moyens contraceptifs et contragestifs voire par IVG, forme de... libération de l’embryon vis-à-vis des amarres maternelles, mais pas dans le sens de sa (sur)vie, malheureusement.

Toutefois, s’il n’y a plus culpabilité dans l’acte sexuel libre moderne, il y a par contre un souci de normalité qui conduit à l’anxiété ou à la déprime si l’on n’arrive pas au plaisir attendu, et l’orgasme tend même à devenir obligatoire! Avec la «tyrannie du plaisir», on passe de la libération sexuelle à l’injonction de jouir, ce qui est une nouvelle forme d’aliénation.

II - Libéré des limites

Celles des lois, qu’il s’agisse des lois juridiques conçues pour baliser l’espace d’une vie communautaire de bonne qualité (nous y reviendrons), ou bien des lois biologiques dont la connaissance par l’outil scientifique et la maîtrise par l’outil technique sont autant de voies pour libérer l’être humain des déterminismes qui le conditionnent.

A. Reculer les limites du savoir sur la vie et sur la nature

La connaissance a toujours été considérée comme facteur d’émancipation. Socrate encourage à se «connaître soimême » et, en se présentant comme celui qui ne sait rien et en a conscience, indique qu’il en sait davantage que ceux qui ignorent leur ignorance. Pour Platon, toute connaissance est en réalité re-connaissance, car accès par dévoilement à une vérité intemporelle, déjà là mais cachée et à découvrir, ou oubliée et à rappeler. Pour Descartes, connaître les lois naturelles permet à l’homme de se rendre comme «maître et possesseur de la nature» en les utilisant judicieusement. Francis Bacon, promoteur de la méthode inductive et expérimentale, exprime un point de vue proche en une formule paradoxale et admirable de concision: «On ne commande à la nature qu’en lui obéissant ». Avis semblable de Spinoza, pour qui la liberté réside dans la connaissance rationnelle de l’ordre du monde et dont l’éthique propose une soumission à la nature.

Mais toute connaissance est-elle libérante? Toute vérité est-elle facteur d’épanouissement ? Savoir grâce au diagnostic anténatal que l’enfant attendu est mongolien conduit maintenant soit à sa mort par IVG, soit à la culpabilisation ou à la souffrance aggravée de parents qui auront décidé de le mettre au monde malgré les fortes pressions d’une société devenue intolérante au handicap... et aux handicapés. Drôle de liberté...

Au total, une information peut être délivrance ou intoxication: les journalistes le savent, les QG des armées également.

B. Reculer les limites du pouvoir sur la nature et sur la vie

Pour la mentalité moderne, connaître le monde et ses lois ne suffit plus. Il faut le transformer, refuser toute soumission à l’ordre naturel, reculer sans cesse les limites du savoir et du possible pour maîtriser toujours mieux la nature.

Limites corporelles, que le sportif tente d’abolir en se dopant, au risque d’y perdre la santé, voire la vie, forme ultime d’aliénation.

Limites temporelles de la vie humaine, que l’on cherche à repousser, tant au début qu’à la fin. C’est ainsi que dans les services de réanimation pédiatrique, l’on parvient à maintenir en vie des bébés de plus en plus prématurés, mais au prix parfois de séquelles lourdes à gérer pour tous. Et cet acharnement thérapeutique appliqué aux adultes, avec les souffrances qui peuvent marquer une vie artificiellement prolongée, a fortiori si le consentement de la personne concernée n’a pas été requis, n’est pas pour rien dans les revendications de plus en plus fréquentes et pressantes pour «mourir dans la dignité»: entre la crainte de vivre plus, mais mal, et celle de vivre moins, mais sans l’avoir forcément voulu (euthanasie involontaire), où est le gain de liberté offert par certaines avancées thérapeutiques?

Ambiguïté de la délivrance, qui est certes l’action de rendre libre, mais désigne aussi la dernière phase de l’accouchement (quand le placenta, ou délivre, est libéré) et qu’enfin l’on évoque devant la dépouille d’un malade parti dans des conditions très difficiles. Délivrance reçue? Ou offerte? Débouchant sur la vie? Ou sur la mort ? Soulageant le défunt ? Ou ceux qui l’accompagnent ?

C. S’arrêter pour réfléchir aux limites ?

Au lieu d’affranchir, on voit bien que le progrès technique puisse aliéner. Un moratoire serait logique face aux nouvelles technologies comme le clonage reproductif. Il s’avère impraticable en dépit des déclarations de bonnes intentions, politiques ou autres. En effet, il y aura toujours quelque part dans le monde une équipe ou un chercheur pour poursuivre des travaux contestés par ailleurs, que ce soit par appât du gain stimulé par des firmes intéressées, quête de gloire, passion du métier, ou goût immodéré du risque. Bref, comme l’a souvent dénoncé Jacques Ellul, la technoscience fonctionne désormais en univers autonome, en vase quasiclos par rapport à la société, en sorte que le rapport de l’homme à son outil s’est inversé: au lieu d’en rester le maître, il en est devenu l’esclave.

Par ailleurs, Jean Bernard, alors président du Comité Consultatif National d’Ethique, expliquait volontiers que la meilleure solution pour régler un problème moral posé par un progrès biotechnologique, c’était... un nouveau progrès biotechnologique! Bel exemple de fuite en avant, paradoxe d’une entreprise de libération par la technoscience qui se retourne contre ses promoteurs pour les asservir un peu plus.

Enfin, il faut s’arrêter sur l’acte même de connaître, qui apparaît comme de moins en moins anodin. Déjà en physique, Heisenberg (principe d’incertitude) rapportait aux interférences inévitables entre l’observateur et l’objet observé l’impossibilité de mesurer simultanément la vitesse et la position des particules élémentaires. Georges Canguilhem, à la fois philosophe et médecin, indique de façon imagée que les routes empruntées par les chercheurs en biologie bougent ellesmêmes sous leurs pas. Michael Polanyi, chimiste et épistémologue d’origine hongroise, élargit la perspective dans son ouvrage majeur «personal knowledge» paru en 1958, mettant en lumière l’engagement personnel et implicite inhérent à tout acte de connaissance, y compris scientifique, posant ainsi à nouveaux frais le problème de l’objectivité du savoir humain.

Au total, l’acte de connaître, loin d’être neutre, rejaillit à la fois sur le sujet connaissant et sur l’objet de sa quête, engageant ainsi la liberté et la responsabilité du chercheur. Il persiste toujours un peu de croire dans le savoir, même le plus scientifique.

III - Libéré des dépendances

Chacun aspire à être et à rester autonome, i.e. à ne dépendre de rien ni de personne.

A. L’addiction est le terme technique utilisé par les soignants pour désigner la relation de dépendance qui lie le toxicomane à sa drogue. Ceux qui en ont la charge savent bien que, tant qu’un «junkie» ne fait pas par luimême la démarche de demander de l’aide, l’espoir de le voir s’affranchir de son habitude est quasi nul. De même, l’alcoolique qui jure ses grands dieux qu’à partir de maintenant c’est fini et qu’il va y arriver tout seul n’est probablement pas près encore de quitter la spirale infernale qui le mène à sa perte. Notre pays est en train d’ouvrir peu à peu les yeux sur les conséquences catastrophiques du tabagisme: pour autant, cette prise de conscience nécessaire et salutaire n’épargnera pas au fumeur invétéré affirmant pouvoir s’arrêter de suite par la vertu de sa seule volonté la cruelle désillusion d’une rechute marquée par une consommation encore plus effrénée et compulsive qu’auparavant.

Dans un ouvrage traduit sous le titre «L’illusion de la liberté», le pasteur et psychologue américain W. Lenters, fort d’une expérience d’une dizaine d’années dans un centre de désintoxication, écrit d’emblée: «Tout homme souffre de la dépendance d’une manière ou d’une autre, au plus profond de lui-même. Nul n’y échappe. Nous sommes tous en manque et soupirons ardemment après la liberté». Affirmation pessimiste? Ou constat réaliste? Toujours est-il qu’il élargit bien audelà des cigarettes, du vin et de la «coke» la liste des comportements susceptibles de se muer en autant de dépendances: relation amoureuse glissant en passion fusionnelle, pratique religieuse dégénérant en rite obsessionnel, activité professionnelle dévorante, etc.

«Je n’ai pas le temps»: signe de réussite ? ou aveu d’incapacité à maîtriser une activité dont on est devenu l’esclave?

B. Le refus de la dépendance, s’agissant de fin de vie, peut prendre l’allure d’une revendication d’autonomie débouchant sur une demande d’euthanasie, voire de suicide assisté. Le 12/01/1999, les 132 signataires d’un «appel pour la désobéissance civique» paru dans le journal France Soir écrivaient: «Nous considérons que la liberté de choisir l’heure de sa mort est un droit imprescriptible de la personne, inhérent à la déclaration des droits de l’homme. A plus forte raison ce droit est-il acquis au malade incurable ou qui endure des souffrances que lui seul est habilité à juger tolérables ou intolérables. Nous estimons légitime, même si cela est illégal, d’aider une personne à accomplir sa volonté de mourir...»

Sans aller jusqu’à cette prise de position spectaculaire, l’expérience hospitalière quotidienne prouve l’enracinement du refus de la dépendance: plutôt que d’appeler le personnel pourtant dévoué et disponible, de nombreux patients fatigués préfèrent se lever seuls et se débrouiller par eux même. Leur chute éventuelle se solde alors souvent par une fracture qui peut accélérer leur grabatisation et définitivement compromettre leur autonomie.

L’Homme libéré... de qui?

De l’Autre, de l’autre, de lui-même.

I - Dès l’antiquité, le Destin

a pesé sur la vie et sur la liberté des hommes: symbolisé chez les Grecs par la vie tragique d’Œdipe, il évoque une puissance aveugle qui est censée déterminer absolument (i.e. quelles que soient les conditions) la vie des êtres et le cours de l’univers. Les latins l’ont nommé fatum, racine étymologique d’une fatalité que l’on invoque encore de nos jours pour rendre compte d’un accident inexplicable ou d’un mal incurable. Dans une lecture sans doute trop hâtive et superficielle, on a parfois réduit la doctrine calviniste de la prédestination à un avatar théologique de ce que les Musulmans, de leur côté, expriment par la formule «mektoub» (c’est écrit). Les philosophes en parlent en termes de nécessité, à commencer par les stoïciens, qui l’assimilent à une providence naturelle. Mais beaucoup d’autres l’ont combattu au nom de la liberté, invitant l’homme à sortir de sa passivité, de son fatalisme, pour enfin prendre son... destin à bras-le-corps au lieu de le subir. Tels les existentialistes, nous y reviendrons.

En médecine, la communication d’un pronostic fatal précisant sans précaution le temps qui reste à vivre sur des bases statistiques, réactualise un Destin qui plonge les familles et les malades dans les affres d’une mort ou d’un handicap insurmontables, barrant désormais l’horizon, paralysant toute initiative, interdisant tout projet. Dans l’attente de la réalisation du verdict, toute vie s’arrête dans toutes les têtes. Terrible vérité qui, contrairement à l’Evangile de Jean (8.32), enferme les êtres au lieu de les affranchir.

Qu’elle s’applique au Destin, aux mythes divers, au Dieu de la Bible ou à ceux des païens, la croyance en tant que telle a été et reste dénoncée comme aliénante, et donc combattue au nom de la liberté dans tous les domaines de la culture. Ce processus d’émancipation vis-à-vis de toute Ordre croyante, à l’égard de toute autorité de type religieux, constitue la sécularisation.

.Malheureusement, un monde sécularisé est aussi un «monde désenchanté », pour reprendre l’expression du philosophe Marcel Gauchet. L’être humain est libre, certes, mais comme l’est un électron non apparié, livré à l’anarchie d’un mouvement chaotique. Tout devient incertain, les valeurs vacillent, le sens s’estompe, les repères s’effacent: tel est le prix de cette libération...

II - L’homme libéré d’autrui

Sur les murs de la Sorbonne, en 1968, on a pu lire d’abord, «Il est interdit d’interdire», slogan anarchiste et portant en lui-même sa propre contradiction puis, écrit par une main différente juste à côté: «Ta liberté s’arrête là où commence la mienne». Ces deux graffitis contiennent les termes de notre problème. En effet, l’homme étant «un loup pour l’homme» selon la formule célèbre du philosophe anglais Hobbes, il faut bien la tierce instance de la loi pour protéger l’autre des débordements de mon libre arbitre, i.e. de ma propension à faire ce qui me plait.

Et réciproquement. Sans quoi la violence règne et empêche toute vie en société! Mais si la loi garantit ma sécurité et mes droits via l’Etat qui la promulgue et la fait respecter, elle limite du même coup ma propre liberté, consacrant le fait que l’autre m’empêche bel et bien d’agir à ma guise. D’où le cri de Sartre: «L’enfer c’est les autres». Ainsi, pas de liberté sans loi, qui est à la fois condition et limite de ma liberté.

Cependant, une loi peut être inique, immorale, scélérate et donc aliénante. Et combien s’estiment libres de faire tout ce que la loi n’interdit pas, même si cela nuit à autrui, tout en servant leurs intérêts: liberté dévoyée qui se contente, voire se targue d’être irréprochable au regard de la loi, mais qui ne l’est pas du point de vue de l’éthique ou de la morale.

Reste à savoir où est la source de la loi. Soit en Dieu, dans un cadre hétéronome désormais périmé, sécularisation oblige. Soit en l’homme libéré, en l’occurrence autonome.

Ainsi, produisant ses propres lois, l’homme se libère certes de la loi divine, mais y gagne-t-il au change? Un simple regard rétrospectif sur l’histoire des deux derniers siècles, avec entre autres les deux guerres mondiales et le génocide hitlérien, laisse perplexe quant aux progrès accomplis...

III - L’homme libéré de lui-même

- Notre volonté est-elle libre? Descartes répond qu’oui, la considérant comme infinie, en contraste avec notre entendement humain qui est limité. Pour Kant, «la liberté est une propriété de la volonté de tous les êtres raisonnables.» Nietzsche soutient au contraire que non: en effet, ce que nous appelons volonté n’est qu’une manifestation de notre instinct. Or, suivre son instinct, ce n’est pas prouver sa liberté, mais démontrer sa soumission à l’instinct.

- Les psychanalystes en rajoutent une couche, en affichant leur pessimisme quant à la capacité de l’homme d’agir librement. Que l’obstacle s’appelle «l’inconscient» tout court pour Freud, ou qu’il prenne la forme d’un destin baptisé «inconscient collectif» par C.G Jung, il est toujours intrinsèque, et le verdict est le même: sa liberté n’est qu’une illusion, et notre soi-disant libre-arbitre n’est en prise qu’avec nos motivations conscientes. La cure psychanalytique ne fonctionne que comme un miroir révélant au patient sa présomption de liberté et son manque fondamental, déterminé qu’il est par ses désirs, ses pulsions et son histoire. Elle rend au mieux l’homme plus lucide sur luimême.

- Parallèlement et paradoxalement, le rapport à soi s’est infléchi, passant de la méfiance (Pascal est allé jusqu’à écrire que «le moi est haïssable ») au «souci de soi» (érigé en éthique chez M. Foucault) et à l’estime de soi, actuellement très à la mode, tant il est vrai qu’il faut être «bien dans sa peau «, à l’aise et «souple dans ses baskets» plutôt que «raide dans ses bottes»...

- Les stoïciens opposent l’intérieur de soi comme espace de liberté et l’extérieur de soi comme domaine du non-libre, rassemblant le corps, les biens, la famille, les amis, la renommée, le pouvoir, toutes choses qui tendent à nous rendre esclaves et dont il convient de se détacher. La liberté risque alors de se réduire à un déni du monde et d’autrui, à un repli de la conscience sur ellemême, à un confinement dans «le lieu vide de son intériorité» (Hegel).

A l’opposé de cette vision qui distingue les choses qui dépendent de nous et celles qui n’en dépendent pas, les existentialistes considèrent que tout dépend de nous. Pour A. Camus, la meilleure façon de démontrer sa liberté est de se révolter, i.e. d’aller à l’encontre des influences extrinsèques. Et pour J.-P. Sartre, c’est par l’action que je prouve ma liberté, en refusant toute détermination et toute transcendance. Je suis seul responsable de ma vie: ni mon entourage familial, amical ou autre, ni Dieu, ni la nature ne décide de ma destinée. Le seul fait d’exister et de prendre conscience de mes responsabilités est la preuve que je suis libre.

Mais si tout dépend de nous, quelle charge représente alors cette liberté qui se mue paradoxalement en boulet à traîner! Et si nous ne l’assumons pas, nous ne sommes que «des salauds», coupables de lâcheté et de «mauvaise foi». Sartre lui-même en a conscience, qui décrit cet homme comme «condamné à être libre, portant le poids du monde tout entier sur ses épaules», sans moyen pour se dépasser ou pour se disculper, enchaîné qu’il est à sa condition «d’existant né par hasard et sans raison, vivant par faiblesse et mourant par rencontre ». Sombre perspective, qui en a conduit plus d’un au suicide par revendication libertaire ou par désespoir...

Au terme de ce parcours, non exhaustif, dressons un bref bilan

Bien que les points de vue soient loin d’être unanimes, quasiment tous s’accordent à penser que la liberté, soit comme Graal à conquérir, soit comme trésor à défendre, est un combat permanent. «La liberté appartient à ceux qui l’ont conquise», selon A. Malraux, qui a aussi écrit: «Je sais mal ce qu’est la liberté, mais je sais ce qu’est la libération». Pathétique lucidité qui amène, après les questions «libéré de quoi et de qui ? » à vite évoquer celles-ci: libéré pour qui ? Pour quoi? Pourquoi ?

A en croire P. Valery, la liberté est un «mot qui a fait tous les métiers». De fait, au fil de l’histoire, de la sécularisation des mentalités, de la relativisation des valeurs, le concept devient flou et son contenu s’estompe. Chacun se trouve finalement devant l’obligation d’en définir le sens, la nécessité d’en construire la signification, en bricolant plus ou moins adroitement un patchwork alimenté au bric-à-brac que nous propose désormais un monde désenchanté et sans perspective. D’où l’individualisme forcené, l’augmentation de fréquence des dépressions qui expriment «la fatigue d’être soi» bien analysée par le sociologue A. Ehrenberg, et l’explosion des sectes qui proposent du sens à bon marché dans un secteur où la concurrence est... libre.

En bref, une liberté pour soi, et pour rien...

Pour décrire le cheminement de la pensée humaine, M. Heidegger utilise l’image du chemin des bûcherons: dans la forêt, il existe des sentiers qui ne mènent nulle part. Ils sont frayés par les bûcherons qui y coupent leur bois. Quand on les emprunte, on ne débouche sur rien d’autre que sur des clairières d’où surgit la lumière du ciel. Ainsi, le nulle part n’est pas rien: c’est le lieu et le moment où le vertical vient croiser et éclairer l’horizontal de l’existence. C’est le moment, le lieu de la liberté. Pour Heidegger, la pensée libre va donc nulle part: cul-de-sac dans l’ordre de l’horizontalité, ouverture vers une perspective verticale...

C’est celle que nous offre la Parole de Dieu, révélée dans les Ecritures Saintes inspirées par le Saint-Esprit, faite chair en Jésus-Christ, Son Fils mort pour nous à la croisée de deux pièces de bois, et ressuscité pour notre justification. Il est temps d’y plonger nos regards, de saisir l’occasion d’y rencontrer Quelqu’un qui propose une autre vision de l’homme libéré et qui critique à maints égards celles que nous avons passées en revue.

Au commencement était la liberté: Genèse 1, 2 & 3

I - Liberté conquise ou liberté perdue

Le texte met en scène le premier couple créé, finalement chassé du jardin d’Eden après avoir enfreint l’interdit Divin, le seul: celui de consommer du fruit de l’arbre de la connaissance, planté au centre, comme celui de la vie. D’emblée, la Bible révélée pose à tous le problème de la liberté. La dimension universelle de ce qui est rapporté ici est attestée par le fait que tous finalement s’y réfèrent, croyants ou non. Mais pour en faire deux lectures radicalement opposées !

- Les uns y voient un mythe fondateur expliquant la genèse de la conscience humaine et l’émergence de la liberté. En transgressant l’interdit divin, Adam et Eve sont devenus libres d’agir à leur guise, de se prendre en charge, de choisir entre bien et mal, de décider de leur vie par eux même et pour eux même. En somme, un équivalent judéo-chrétien du mythe de Prométhée. Tout l’exposé qui précède ne fait qu’illustrer et décliner les conséquences et applications de cette lecture, à l’échelle de l’histoire de l’Europe. Jean Brun, philosophe chrétien qui a longtemps enseigné à l’Université de Dijon, considère qu’avec la chute, l’homme est passé du régime du Verbe à celui de l’Action. Action politique, action technique par lesquelles nous cherchons encore et toujours à être sicut Deus, comme Dieu, et à mieux cacher notre «nudité », cette fragilité dont nous avons pris conscience. Action de l’ordre de l’avoir, en lieu et place du Verbe échangé, de la méditation, de l’ordre de l’Etre.

- Les autres y voient l’explication de la perte par désobéissance de la liberté qui caractérisait la créature humaine à l’origine: celle-ci était alors dotée d’une volonté parfaitement capable de choisir Dieu, de Lui obéir et de Lui plaire. Tandis qu’après ce que les théologiens, à la suite d’Augustin, nomment péché originel, l’homme est devenu incapable d’obéir à son Créateur. Et si sa volonté désormais pervertie reste libre de se détourner ou de s’éloigner de Dieu, elle n’a plus la liberté de s’en approcher. Elle est comme bloquée dans un seul sens. «Non posse non peccare»: impossible de ne pas pécher. Dans le cadre de notre relation au Dieu de la Bible, cet esclavage de la volonté est nommé serf arbitre par Luther, et ne peut être levé que par l’extraordinaire et imméritée grâce Divine opérant au cœur du croyant en réponse à sa foi, elle-même don du Saint-Esprit. Grâce tout aussi incompréhensible que le péché qu’elle efface, rendant son bénéficiaire à nouveau apte à obéir à son Créateur, i.e. véritablement libre pour de bonnes œuvres préparées d’avance (Eph 2.10). D’où la remarque de l’apôtre Paul aux Philippiens (2.13), qui pourrait paraître attentatoire à la plus élémentaire liberté humaine et conduire à une passivité fataliste, mais qui dit en fait la profondeur de la déchéance humaine et l’absolue impossibilité de nous en sortir par nous-même, ce qui est pourtant notre réflexe à tous. D’où également le constat du Psaume 127.1-2 (dont le message peut aussi bien s’appliquer à la construction de notre propre identité personnelle). Souveraineté absolue de Dieu et véritable liberté de l’homme sont deux réalités aussi profondément ancrées l’une que l’autre dans la Révélation Biblique. Il ne saurait être question d’en privilégier une aux dépens de l’autre, même si leur intégration en un système cohérent paraît inaccessible à notre entendement de créature pourtant renouvelé par l’Esprit (selon Rom 12.2).

II - Liberté de créature

Pour en parler, je ne saurais mieux faire que d’emprunter à D. Bonhoeffer un extrait d’un cours donné durant l’hiver 1932-1933 à l’Université de Berlin sur Genèse 2:

«L’arbre de la connaissance, l’arbre interdit, celui qui indique la limite de l’être humain, est situé au centre. La limite de l’être humain est située au centre de son existence, pas sur les marges. La limite que l’on cherche sur les marges de l’être humain, c’est la limite de sa nature, de sa technique, de ses possibilités. Mais la limite qui est située au centre, c’est celle de sa réalité, tout simplement celle de son être. Le fait de reconnaître la limite sur les marges englobe toujours la possibilité d’être intérieurement sans limite. Mais reconnaître la limite au centre entraîne la limitation de toute l’existence, de l’existence humaine dans n’importe quelle attitude. Là où se situe la limite - l’arbre de la connaissance - là aussi se trouve l’arbre de la vie, c’est-à-dire le Dieu source de vie en personne. Il est à la fois limite et centre de notre existence».

Ainsi, la loi de Dieu n’enferme pas dans les limites infranchissables d’une cage. Elle indique plutôt une direction, un cap à suivre. Celui de la vie (Deut. 30.15-20). Du même coup, la question de la limite comme obstacle incompatible avec une véritable liberté humaine ne se pose même pas dans la perspective biblique.

Quant à l’autonomie de l’homme créé, nul doute qu’elle existe bel et bien (en particulier dans les injonctions de Gen 1.28 et 2.15), mais elle est relative au Dieu Souverain et Créateur. Chacun sa catégorie: l’être humain émarge dans celle que les théologiens nomment «causes secondes» et, pour reprendre les distinctions des physiciens à propos de la lumière, Dieu est au rang d’une source lumineuse primitive tandis que nous sommes au niveau de sources lumineuses secondaires, Son reflet, Ses images selon Gen 1.27.

Appelés par le Christ à la liberté: Galates 4 & 5

I - Libéré des contraintes?

Sûrement pas de celle des pouvoirs politiques, ainsi qu’en peuvent témoigner nombre de chrétiens martyrs, encore de nos jours. Pas davantage de celle de la souffrance, même si une guérison miraculeuse reste toujours possible, et même si la foi offre une aide précieuse pour traverser l’épreuve de la maladie.

Quant à celles de la nature, toujours présentes évidemment, le scientifique chrétien poursuivra son effort pour les lever, mais avec le recul de quelqu’un qui a vis-à-vis des hommes, de l’univers, de la vie, de la mort et du temps un rapport calqué sur celui qu’il a à l’égard de Jésus-Christ, selon 1 Cor 3.23.

Finalement, ce sont essentiellement les contraintes intrinsèques, que Paul nomme selon les cas nature pécheresse, chair, vieil homme, etc., et dont il explicite les manifestations (Gal 5.19-21), qui sont abolies par la foi et remplacées par les fruits de l’Esprit, pourvu qu’on laisse à ces derniers le temps et l’espace pour pousser (Gal 5.24 et tout le chapitre).

Mais il est d’autres contraintes que la Bible dénonce et dont le Christ libère: «les Puissances», que J. Ellul débusque derrière l’Argent, le Système, la Religion, l’Etat, etc., sans compter les «puissances des ténèbres» évoquées par exemple dans Col 1.13.

II - Libéré de Dieu? Ou par Dieu?

Là où l’incrédule voit la foi comme une aliénation, le croyant la vit comme une libération: nous sommes quittes de l’obligation de mériter la faveur de Dieu, affranchis de la loi, du péché et de la mort, et par pure Grâce, nous passons du statut de l’esclave à celui de l’enfant adopté (Gal 4.1- 11). En outre, loin d’être livrés à nous-même dans ce nouvel espace ouvert par notre affranchissement, il nous est proposé un Guide permanent, bienveillant, personnalisé, toujours disponible mais susceptible de prendre des initiatives et des directions surprenantes: l’Esprit Saint (Gal 5.25), Lui-même libre comme un courant d’air (cf. 2 Cor 3.17).

III - Libéré non plus de l’autre, mais pour l’autre

Délivré de préoccupations égocentriques sur mon identité, ma sécurité, mon avenir spirituel, ma capacité à me changer moi-même, à m’accepter tel quel, en un mot libéré de moi-même et transformé dans mon être affectif par la présence de l’Esprit, les conditions sont du même coup réunies pour que ma servitude devienne... service, mis par amour à la disposition d’autrui (Gal 5.13- 15). Il y a là une grande différence avec les stoïciens, réputés maîtres d’eux même comme doit l’être le chrétien, mais repliés sur eux et fermés au monde et aux autres, contrairement à ce qu’énonce le plus grand commandement (Luc 10.27).

Au total, les contraintes ne disparaissent pas en régime chrétien, mais elles n’ont plus la même place. Elles ne sont ni recherchées comme rédemptrices, ni combattues comme absurdes, mais assumées dans le cadre du service du prochain et consenties pour la Gloire de Dieu (cf. par exemple 2 Tim 2.3). En bref, d’un côté une libération illusoire pour soi et pour rien, de l’autre une délivrance véritable pour son semblable et pour la Gloire de Dieu, selon 1 Cor 10.31. Luther débute son traité «La liberté du chrétien» par cette formulation paradoxale: «Le chrétien est un libre seigneur de toute chose et il n’est soumis à personne. Un chrétien est un serf corvéable en toute chose et il est soumis à tout le monde». L’émancipation véritable par la foi en Christ ouvre sur un espace neuf où peut se déployer une «éthique de la liberté», qui sort des limites de ce travail. Pour les intéressés, elle est finement développée par le théologien et sociologue réformé Jacques Ellul.

Liberté de choix, choix de la liberté

Dans le sillage d’un article de philosophie politique écrit par l’Américain Isaïah Berlin et intitulé «Deux conceptions en politique», on peut distinguer:

- Une liberté négative, qui cherche à échapper à la contrainte et qui a pour seul but la destruction de ce qui empêche de faire ce qu’on veut. Elle est centrée, repliée sur soi, et procède par rupture de liens réputés asservissants sur un chemin de lutte dont elle est le point d’arrivée. Liberté dégagée. Privilège de ne pas être empêché. Libre-arbitre revendiqué comme liberté de choix. Rêve de l’esclave.

- Une liberté positive, condition de l’accomplissement personnel et qui n’a besoin de rien détruire pour se rapprocher de son but. Elle est centrée sur l’Autre, l’ouverture à l’autre, et procède par créations de liens réputés épanouissants car affectifs. Elle est point de départ, permettant donc un démarrage là où les autres s’arrêtent, butent ou s’affalent, épuisés. Liberté engagée, impliquée. Responsabilité d’être disponible. Serf arbitre reconnu, confessé et retourné par Grâce en un choix de la liberté. Vœu de l’aristocrate, enfant adoptif du Souverain Suprême qu’il peut appeler «Papa».

EN GUISE DE CONCLUSION, et pour finir en retrouvant P. Eluard, mais revu et adapté à la circonstance...
Sur toutes les pages lues
(d’un passé pardonné)
Sur toutes les pages blanches (...)
(d’un présent en Toi, d’un futur pour Toi)
J’écris ton nom Jésus-Christ.

J.C.

ELEMENTS DE BIBLIOGRAPHIE (protestante)

* La Bible, en particulier les trois premiers chapitres de la Genèse, Esaïe (40 et suivants), les écrits de Jean et les lettres de Paul aux Romains, aux Corinthiens et aux Galates
* D. Bonhoeffer «Création et chute» Ed. Les Bergers et les Mages 1999
* J. Brun «L’Europe philosophe» Ed. Stock 1988
* J. Ellul «Ethique de la liberté» Ed. Labor & Fides (3 tomes) 1973-1984
* W. Lenters «L’illusion de la liberté» Ed. Sator Alliance 1988
* M. Luther «Liberté du chrétien» in «Les Grands Ecrits Réformateurs» Ed. GF Flammarion 1992
* J. Stott «Appelés à la liberté» Ed. Emmaüs 1996

 

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