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Sommaire du n° 139 jan - mar 2002

 



VIE CHRÉTIENNE

Ô, CES CHEVAUX DE LA CHAIR

1 Chroniques 18.4
«Il coupa les jarrets à tous le chevaux de trait
et ne conserva que cent attelages…»

Maurice DECKER

Parmi les prescriptions bibliques relatives à la royauté en terre d’Israël, nous en trouvons une concernant l’usage des chevaux: que le roi «n’ait pas un grand nombre de chevaux ; car l’Eternel vous a dit : vous ne retournerez plus par ce chemin-là» (Deut 17.16). Cette défense, tout comme celles qui l’accompagnaient, traçait une ligne de démarcation profonde entre la royauté israélite et celle des nations étrangères. Soumis à l’autorité de l’Eternel, soucieux d’accomplir Sa volonté, le roi ne devait pas avoir pour ambition la grandeur militaire. Il lui fallait résister au désir orgueilleux de briller par la puissance de ses armées. Or, chevaux et chars constituaient alors la force redoutable de l’armée égyptienne et de son roi. La tentation était grande de se tourner vers l’Egypte pour se procurer en grand nombre ces puissants moyens de conquête et faire ainsi l’économie de la juste dépendance du Dieu Tout-Puissant. Il est intéressant de constater que dans l’Ancien Testament, les chevaux sont souvent désignés comme symboles de la puissance humaine en opposition au secours qui vient directement de Dieu: «ceux-ci s’appuient sur leurs chars, ceux-là sur leurs chevaux: nous, nous invoquons le nom de l’Eternel, notre Dieu. Eux, ils plient, ils tombent; nous, nous tenons ferme, et restons debout. Eternel, sauve le roi! Qu’il nous exauce quand nous l’invoquons»! (Ps 20.8-10).

Ces trois versets sont extraits d’une des nombreuses prières de David. Ce roi selon le cœur de Dieu avait manifestement compris la raison essentielle de la prescription divine concernant les chevaux. C’est pourquoi, à l’issue d’une bataille contre l’armée syrienne d’Hadarézer au cours de laquelle il prit mille chars et sept mille cavaliers à l’ennemi vaincu, il veilla à ne conserver qu’une centaine de chevaux d’attelage et fit couper les jarrets à tous les autres. Cette attitude d’obéissance à la Parole de Dieu contraste singulièrement avec celle de son fils et successeur, le grand roi Salomon. Parvenu au faîte de sa puissance, «Salomon avait quatre mille stalles pour les chevaux destinés à ses chars, et douze mille cavaliers… C’était de l’Egypte que Salomon tirait ses chevaux; une caravane de marchands allait les chercher par troupes à un prix fixe…» (2 Chr 9.25-28 et 1 Rois 10.26-29).

Plus tard, au fil de son histoire mouvementée, Israël infidèle ira souvent chercher secours et protection en Egypte, quand ce ne sera pas en Assyrie: «Malheur à ceux qui descendent en Egypte pour avoir du secours, qui s’appuient sur des chevaux et se fient à la multitude des chars et à la force des cavaliers, mais qui ne regardent pas vers le Saint d’Israël et ne recherchent pas l’Eternel ! L’Egyptien est homme et non Dieu; ses chevaux sont chair et non esprit» (Es 31.1,3). Ce quatrième des six «Malheur » d’Esaïe 28 à 33 sanctionne la réaction orgueilleuse du peuple lorsque Dieu

l’a encouragé à mettre sa confiance en Lui: «Car ainsi a parlé le Seigneur, l’Eternel, le Saint d’Israël: c’est dans la tranquillité et le repos que sera votre salut, c’est dans le calme et la confiance que sera votre force. Mais vous ne l’avez pas voulu! Vous avez dit: non! Nous prendrons la course à cheval! – C’est pourquoi vous fuirez à la course. – Nous monterons des coursiers légers! – C’est pourquoi ceux qui vous poursuivront seront légers…» (Es 30.15-17). A l’aube de son ministère, le prophète Esaïe dénonçait déjà l’orgueil de Juda par ce douloureux constat: «Le pays est rempli de chevaux, et il y a des chars sans nombre» (2.7). Dans la seconde moitié du huitième siècle av. J.-C., le prophète Osée supplie Israël de revenir à l’Eternel en s’engageant à refuser désormais d’enfourcher des montures égyptiennes, expression tangible de son alliance coupable avec l’Egypte: «Dites- lui : (…) nous ne monterons pas sur des chevaux» (Osée 14.3). Sédécias, le dernier roi de Juda, se révoltera contre le roi de Babylone «en envoyant ses messagers en Egypte, pour qu’elle lui donne des chevaux et un grand nombre d’hommes» (Ez 17.15). Alors que la voix prophétique de l’Ancienne Alliance est près de s’éteindre, retentit un merveilleux message concernant la venue du Messie: «Sois transportée d’allégresse, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici, ton roi vient à toi; il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un ânon, le petit d’une ânesse». Et le prophète Zacharie de poursuivre en ces termes: «Je détruirai les chars d’Ephraïm, et les chevaux de Jérusalem» (9.9-10). Contraste ô combien saisissant entre les nombreux chevaux des hommes, emblèmes d’une puissance autonome, orgueilleuse et belliqueuse, et l’ânon du Seigneur Jésus, symbole d’humilité, de paix et de dépendance du Père.

La juste attitude de David m’interpelle. Elle m’invite, me presse même de faire un tour dans mes écuries personnelles pour couper les jarrets à un bon nombre de mes chevaux. Où cherchons-nous notre secours? Où puisons-nous notre puissance? Nous sommes si souvent trop forts de notre force pour que le secours de Dieu puisse se déployer pleinement dans notre vie. Nous comptons trop sur nos moyens, notre habileté, nos diplômes, notre nombre, nos alliances, nos relations, nos programmes, nos méthodes, notre système Débrouille… Notre Dieu doit trop souvent détruire lui-même nos chars et abattre nos chevaux pour pouvoir enfin manifester Sa puissance et Sa grâce dans nos vies.

Et si nous échangions nos chevaux égyptiens contre l’ânon du Seigneur! Cessons aujourd’hui même, maintenant, de «monter sur nos grands chevaux» pour régler ce problème relationnel ou autre qui empoisonne notre existence; comme s’il suffisait de s’emporter, de taper du poing sur la table, de prendre l’autre de haut pour être victorieux! Quittons notre «cheval de bataille », ce «dada» que nous enfourchons systématiquement pour combattre farouchement, sabots en avant, tous ceux qui ne pensent pas exactement comme nous. Abandonnons ce « jeu de petits chevaux» qui consiste à bousculer, renverser, éjecter quiconque nous empêche d’avancer rapidement sur l’itinéraire de nos ambitions égoïstes et orgueilleuses. Abattons nos chevaux de la chair et revêtons l’armure de l’Esprit.

«Le cheval est impuissant pour assurer le salut, et toute sa vigueur ne donne pas la délivrance. Voici, l’œil de l’Eternel est sur ceux qui le craignent, sur ceux qui espèrent en sa bonté». (Ps 33.17-18).

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