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Sommaire du n° 139 jan - mar 2002

 



ETUDE BIBLIQUE

«AUGMENTE-NOUS LA FOI»

Une requête qui cache bien des surprises
Luc 17.5

Bernard COUSYN

La nature de la demande

Pour comprendre le secret de ce texte, qui éclaire, par l’étonnante lumière de l’Evangile, le centre même de notre vie chrétienne: la foi, il faut réfléchir sur le sens de la requête des disciples.

Sorti de son contexte, le désir des disciples paraît très spirituel, et pourtant…

Il ne s’agit pas ici de la foi en général, comme on pourrait le penser en lisant rapidement le texte. La demande des disciples sonnerait alors comme une sorte de revendication pour acquérir une richesse spéciale que certains privilégiés possèderaient déjà… ou, à l’inverse, comme le cri de celui qui désespère, se croyant dépourvu d’un privilège que d’autres paraissent détenir.

Une demande défi ? « Seigneur, je n’ai pas – ou peu – de foi : je l’attends… Et si tu ne me l’accordes pas, comment pourras-tu un jour me le reprocher ? » …Une demande alibi ?

NON ! La requête révèle une attitude bien plus terre à terre, qui ne résulte pas d’une longue réflexion sur un manque de foi. C’est une demande pour un effet immédiat, qui n’a rien à voir avec une inquiétude spirituelle !

Les raisons de la demande

Les disciples sont face à Jésus et à son commandement précis qui leur paraît vraiment au-dessus de leurs forces : pardonner à quelqu’un qui se repent, et autant de fois que nécessaire (Luc 17.3-4).

Unanimement, les disciples ont un sentiment d’incapacité absolue ; ils redécouvrent l’éternel conflit entre l’obéissance à Christ et la soumission à la nature de l’homme… Leur apparaît donc le seul recours possible, pensent-ils, la foi, une grande foi !

Il ne s’agit pas de cette foi qui consiste à croire que Dieu existe ou non ; ni de cette foi qui procurerait une meilleure adhésion à la volonté de Dieu ou encore de celle qui donnerait la capacité d’accepter plus facilement les commandements de Dieu. Mais il s’agirait plutôt de cette confiance, qui non seulement accepte ce que Dieu dit, mais nous apprend aussi à compter sur Lui, quand la réalisation de ce qui est demandé pose problème.

Une demande précise

Ce n’est que lorsque nous nous trouvons vraiment face à nous-mêmes, que nous commençons à comprendre ce qui nous manque.

Trop souvent, il nous est demandé tant de choses, même impossibles… Dans le cas du texte de Luc, c’est pardonner sept fois; pour un autre, ce sera d’accepter l’inacceptable : le handicap, la maladie, le deuil… Pour un autre encore, il faudra assumer une écharde dans la chair : un problème de santé, une profession et un avenir incertains, une difficulté familiale, etc…

Devant toutes ces angoisses, les disciples nous montrent le chemin : pas de discussions ni de revendications. Et l’on imagine fort bien qu’il y ait eu un silence ou une concertation entre les versets 4 et 5, car les disciples sont d’accord sur les termes de la demande de grâce : «Augmente-nous la foi» !

Et même si le contenu de la prière reste quelque peu maladroit, son principe est très révélateur : cette requête s’enracine dans la prise de conscience de leur propre faiblesse… C’est cette même révélation qui avait déjà fait dire aux disciples : «Seigneur, apprends-nous à prier» (Luc 11.1). Mais si nous avons la certitude que Dieu est puissant et qu’Il nous écoute quand nous Lui présentons nos requêtes, alors ne craignons pas de faire de tous nos besoins une prière permanente (Luc 18.1).

Une réponse surprenante

Ce qui nous permet de sonder le décalage entre les disciples, leur besoin exprimé, et le Seigneur, c’est la réponse de Celui-ci (v.6). Jésus ne répond pas directement à la requête, et surtout ne donne aucune «recette» susceptible de satisfaire immédiatement les disciples.

Jésus va d’abord souligner l’efficacité de la foi – d’un grain de foi ! …Une force capable de soulever des montagnes, comme l’indique le sigle F.O.I. : une Force qui Ouvre l’Impossible…

Peut-être faut-il noter que les montagnes déplacées, les arbres déplantés, … Jésus ne l’a pas effectué Lui-même ! Etait-ce en effet bien utile ? Une foi qui serait démonstrative, sollicitée par Satan lui-même : «Si tu es le Fils de Dieu, ordonne…»(Matt 4.3).

Et pour nous, quelle utilité ? Prouver à d’autres que nous avons la foi ? Or, qu’avons-nous à prouver, si ce n’est l’authenticité de notre vie avec Christ ? Il peut y avoir des montagnes à déplacer dans notre vie. Mais que nous enseigne Jésus à ce sujet ?

Une réponse parabole

Au verset 6, Jésus ne répond pas quant à la taille de notre foi - au principe « d’en posséder davantage ». Mais, en évoquant un phénomène physique bizarre, Jésus amène ses disciples à voir que l’exploit à réaliser – pardonner à son frère – est de la même nature : impossible à vues humaines, possible par la foi !

«Tout est possible à celui qui croit», (Luc 9.23). Mais attention à nous-mêmes ! (Luc 17.3). Dieu ne recherche pas de notre part davantage de foi ou plus de capacités. Ce dont Il a besoin, c’est de notre disponibilité et de l’exercice de notre foi, de «cette mesure de foi accordée à chacun par Dieu» (Rom 12.3), de cette foi qui nous est personnelle…

Sans reproche dans la voix, Jésus dévoile à ses disciples ce qu’ils possèdent déjà ! Et Il souligne, non la quantité, mais l’efficacité de ce que Dieu a planté en nous.

Le projecteur braqué sur le superbe aveu de faiblesse des disciples, Jésus le porte maintenant sur le magnifique trésor qui nous est accordé par Dieu. Déjà, dans l’Ancien Testament, il nous est dit d’une autre manière : «Va, avec la force que tu as»(Jug 6.14). Ainsi, pourquoi nous arrêterions-nous à notre incrédulité qui en réclame toujours davantage, plutôt qu’à Jésus qui révèle la foi que nous possédons déjà et qui reste inopérante ?

Une réponse satisfaisante

A la prière des disciples correspond une révélation du Seigneur… Quel enseignement magistral.

Ainsi, plutôt que d’en scruter leurs strictes réalisations, pensons que Dieu répond parfois à nos prières d’une manière inattendue, qui de surcroît nous amène souvent à une révélation plus profonde, une compréhension paisible et joyeuse de son œuvre en nous.

Cette œuvre est de faire croître en nous le fruit de la foi (cf Gal 5.22) !

Dans le fond, si la demande «augmente- nous la foi» était un « raccourci » pour éliminer les problèmes, ce serait «mal demander»(Jac 4.3).

L’extraordinaire image de Christ se forme en chaque croyant, sans que cela comporte nécessairement des manifestations spectaculaires, mais combien efficacement, et surtout, en conformité avec l’horloge du Seigneur.

Dans le doute, l’accablement, le découragement, les difficultés, la réponse du Seigneur reste toujours la même : «Examinez-vous vous-mêmes, afin de savoir si vous êtes dans la foi… Ne reconnaissez- vous pas que Jésus-Christ est en vous ?»( 2 Cor 13.5).

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