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Sommaire du n° 142 oct - dec 2002

 



DOSSIER

La guérison dans la Bible

Philippe FAVRE

La Bible rapporte des centaines de «signes, prodiges et miracles» dans ses pages. Cette expression se trouve en Act 2.22 où Pierre parle des œuvres que Jésus opéra au milieu du peuple, en 2 Cor 12.12 où Paul mentionne les preuves de son apostolat, en Héb 2.4 où l’auteur souligne l’appui donné par Dieu au témoignage des disciples de Jésus, et enfin en 2 Thes 2.9 où Paul décrit les moyens par lesquels l’Antichrist séduira le monde.

La Bible nous décrit de nombreuses guérisons physiques accomplies avec ou sans moyens naturels. Personne ne peut nier ce fait. Mais une question se pose rapidement: pouvons-nous, devons-nous nous attendre à ce que Dieu fasse ces choses encore aujourd’hui?

Lorsque Jésus a dit: «En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m’en vais au Père» (Jean 14.12), voulait-il signifier que nous serions capable de reproduire tous les signes et miracles qu’il avait accomplis, dans une plus grande mesure que la sienne? La fin du verset «parce que je m’en vais au Père», nous éclaire: ce sont les œuvres accomplies dans la puissance du Saint-Esprit par l’Eglise au travers des siècles (cf Jean 16.8).

Si notre Dieu traite encore de la même façon, et si les textes souvent répétés: «Car je suis l’Eternel, je ne change pas» (Mal 3.6) et: «Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et éternellement» (Héb 13.8), s’appliquent à ces signes, prodiges et miracles, alors nous devons nous attendre à les voir se manifester, et pas seulement les guérisons sur lesquelles on insiste tant aujourd’hui.

Pourquoi donc appuyer tellement sur les guérisons d’ordre physique? Pourquoi ne pas multiplier les pains et les poissons et nourrir les multitudes affamées d’aujourd’hui? Pourquoi ne pas imposer silence aux flots et aux vents qui sèment la terreur sur nos océans? Pour parvenir à une réponse honnête, nous devons nous tourner vers la parole de Dieu et entendre ce qu’elle nous dit sur tous les miracles qu’elle rapporte.

Tout d’abord, notons que les signes et les miracles ne sont pas une même chose. Un signe est toujours un miracle, mais tous les miracles ne sont pas des signes. Nous avons l’habitude de considérer comme miracle ce qui se produit rarement d’une part, et ce qui s’écarte de la manière habituelle d’agir de Dieu d’autre part. Dieu n’est lié par rien, ni par ses lois, ni par celles de la nature, et encore moins par celle des hommes. Seuls sa volonté et son bon plaisir comptent.

Les signes, en revanche, présupposent un arrière-plan de péché, d’incrédulité et d’opposition. Ils comportent une note d’instruction et d’avertissement, spécialement dans une atmosphère d’hostilité au plan de Dieu pour les hommes (voir Evangile de Jean).

Après la création de l’homme, nous ne trouvons pas trace d’un seul signe, sinon le jugement du déluge. N’y avait-il pas alors des croyants ou des serviteurs de Dieu? Pensons seulement à un homme comme Hénoch dont l’Ecriture dit qu’il marcha avec Dieu et qu’il fut enlevé auprès de lui (cf Gen 5.24; Héb 11.5). Pensons à Noé, appelé prédicateur de justice, qui lui aussi, marcha avec Dieu (cf Gen 6). Pensons à Abraham, le père des croyants. Y a-t-il dans l’Ancien Testament un homme plus grand et plus fidèle que lui? Mais tous ceux-ci n’ont pas fait un seul signe. Le premier grand miracle fut la naissance d’Isaac, accomplie hors des lois naturelles.

I. A quelles époques se produisaient les miracles?

Il est frappant de constater qu’ils sont apparus presque exclusivement:
a) A l’époque de Moïse et de Josué, pour confirmer la délivrance du peuple élu, la promulgation de la loi et de l’Alliance, l’établissement du culte du seul vrai Dieu et la conquête de la terre promise.
b) Lors du ministère d’Elie et Elisée, pour soutenir les croyants dans une lutte sans merci contre le paganisme triomphant.
c) Pendant l’exil, lorsque Dieu sauvegarde la foi des déportés en manifestant sa puissance et sa supériorité sur les dieux païens, par l’aide qu’il apporte à Daniel et à ses compagnons.
d) Au début du christianisme, pour accréditer la personne du fils de Dieu et son œuvre; pour confirmer la fondation de l’Eglise et la mission des apôtres; pour appuyer le passage de l’ancienne à la nouvelle Alliance, et démontrer l’excellence de l’Evangile au milieu du monde antique, idolâtre et corrompu (tiré du Dictionnaire biblique, sous l’article «miracle»).

Je reviens à Moïse. Une première analyse des signes qu’il a accomplis nous fait constater qu’ils ont été donnés:
- comme jugement sur les incrédules,
- comme preuve que celui qui accomplissait les signes avait un mandat particulier de la part de Dieu. Quel est donc l’élément qui distingue Moïse d’Abraham, de Noé, etc, pour qu’il fasse des signes et pas eux? Avait-il plus de foi que ces deux hommes? Si nous lisons Exode 4, nous voyons que ce n’était pas le cas. La foi d’Abraham et de Noé était beaucoup plus grande que celle de Moïse (cf Gen 12.1-9; 6.8-18; etc). Quel est donc le point particulier qui distingue Moïse des autres? Ce n’est pas seulement qu’il est au point de départ d’une nouvelle économie (Abraham et Noé aussi), mais Moïse a reçu de Dieu un mandat spécial pour libérer son peuple.

Mais ensuite, pendant 700 ans, il y eut peu de signes jusqu’à Elie et Elisée. Ceux-ci firent de nouveau des signes et des miracles, non pas toutefois en Juda, mais seulement en Israël qui, après s’être séparé de Juda, avait officiellement aboli le culte de l’Eternel et s’était publiquement tourné vers l’idolâtrie. Dieu donne ainsi à son peuple déchu un témoignage particulier par deux serviteurs spécialement appelés pour cela – il fera de même au dernier jour (cf Apoc 11.3-6).

Après le rejet de ces preuves divines par Israël et en laissant de côté la période de l’exil, nous devons de nouveau franchir 700 ans, jusqu’au moment où le Seigneur parcourait le pays, allait de lieu en lieu, faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l’emprise du diable (Act 10.38). Il est remarquable que Jean- Baptiste n’ait fait aucun signe (cf Jean 10.41), bien que le Seigneur dise de lui que les prophètes n’étaient pas plus grands, et que Luc souligne qu’il était rempli de l’Esprit-Saint dès le sein de sa mère. Notons également que le Seigneur Jésus n’a fait aucun signe avant de commencer son ministère public (cf Mat 4.23- 24). En Matthieu 11.3-5 nous avons l’explication du but de ces signes: prouver qu’il était l’envoyé de Dieu (voir aussi Jean 2.23; 4.48; 5.36; 6.2 et 30; Act 2.22, etc). Dans les Actes, nous voyons comment les apôtres ont rempli le mandat du Seigneur. Ils prêchent l’Evangile et font des signes pour confirmer leur parole. Il est dit 7 fois des onze qu’ils ont accompli des signes, 7 fois de Paul et 3 fois d’Etienne et Philippe.

En résumé, nous pouvons dire que dans la Bible les signes n’étaient opérés que par quelques serviteurs de Dieu. A côté d’eux, vivaient à même époque des milliers d’autres croyants qui n’ont pas opéré de signes. C’est pourquoi les signes diminuèrent puis cessèrent tout à fait lorsque le témoignage fut accompli.

II. Guérison physique et morale

Tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, l’idée de guérison physique est complétée par celle d’une guérison spirituelle, par conséquent plus profonde puisque le corps n’est que l’enveloppe de la personnalité (cf Jean 12.40; 1 Pi 2.24).

Dans Exode 5.26, nous avons l’expression «je suis l’Eternel qui te guérit», JEHOVAH- ROPHE, l’un des douze noms de Dieu rapportés dans l’Ancien Testament, et second nom composé de l’Eternel. Le mot ROPHE apparaît entre 60 et 70 fois dans l’Ancien Testament et signifie toujours restaurer, guérir, porter remède à, non seulement dans le sens physique, mais aussi dans le sens moral et spirituel: «Si tu écoutes attentivement… si tu fais ce qui est droit… si tu prêtes l’oreille…je ne te frapperai d’aucune des maladies», en d’autres termes l’Eternel jure d’être leur protecteur sous condition d’obéissance.

La première leçon que nous pouvons tirer, consiste dans le besoin de guérison physique et morale chez l’homme. Un cas patent est la guérison du roi Ezéchias (cf 2 Rois 20.1-11), un autre est celui de Naaman (cf 2 Rois 5.1-18). D’autres passages de l’Ecriture le soulignent plus fortement: «Pourquoi te plaindre de ta blessure, de la douleur qui cause ton mal? C’est à cause de la multitude de tes iniquités, du grand nombre de tes péchés que je t’ai fait souffrir ces choses» (Jér 30.15). Ainsi, de nombreuses Ordres à la maladie et aux plaies sont des expressions symboliques des maux moraux et spirituels, de sorte que c’est plutôt dans ce sens que Dieu est connu comme «l’Eternel qui te guérit», voir Esaïe 30.26; 61.1; Jér 3.22; 30.17.

Le seul obstacle à la guérison est l’homme lui-même: «La trente-neuvième année de son règne, Asa eut les pieds malades au point d’éprouver de grandes souffrances; même pendant sa maladie, il ne chercha pas l’Eternel, mais il consulta les médecins» (2 Chr 16.12). «Pourquoi donc la guérison de la fille de mon peuple ne s’opère-t-elle pas?» (Jér 8.22).

III. Foi et guérison

Quand nous arrivons au ministère de guérison de Jésus, nous voyons qu’il n’a jamais encouragé quelqu’un à prier et rechercher la guérison sur la base que Dieu nous donnera ce que nous désirons… On a beaucoup évoqué le texte du Psaume 103.3: «C’est lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes maladies», ou celui de Matthieu 12.15: «Une grande foule le suivit. Il guérit tous les malades», pour affirmer que ce n’est pas la volonté de Dieu que les chrétiens sont malades, et que, s’ils recherchent de la bonne façon la guérison de la part de Dieu, ils la recevront. Aussi, lorsqu’une personne ne guérit pas, on arrive à une seule et inévitable conclusion: elle manque de foi! Trouve-t-on ce point de vue dans la Bible? Est-ce que Jésus pose la question, à un malade: «Crois-tu que j’aie l’intention de te guérir?» Jamais de la vie! Au contraire, Jésus cherche chez les hommes la foi en sa capacité plutôt que la foi en sa volonté de guérir. Jésus pose la question: «Croyez-vous que je puisse faire cela?» (Mat 9.28), il n’a pas dit: «Croyez-vous que je veuille?» Mais: Croyez-vous que je puisse?

Un auteur moderne a classé la phrase «si c’est ta volonté» comme destructrice de la foi! Ce n’est sûrement pas ainsi que Jésus l’entendait. Lorsque le lépreux s’approcha et dit: «Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur», il s’attira cette réponse: «Je le veux, sois pur».

On peut aussi poser le problème autrement: qu’est-ce que l’incrédulité? Citons Manton: «Ce n’est pas l’incertitude quant à la volonté de Dieu, mais une fausse conception de la puissance de Dieu qui nous fait douter. L’incrédulité donc, ne consiste pas à douter de la volonté de Dieu, mais à douter de sa puissance». Ainsi Jésus n’a jamais rebuté quelqu’un pour avoir dit: «Si tu veux». L’homme qui dit à Jésus: «Si tu peux quelque chose…» a dû modifier les termes de sa demande pour recevoir la guérison de son fils (cf Marc 9.14-23). Dans ce récit, nous avons une claire indication que la foi ne guérit pas par son effet subjectif. Tournons-nous vers d’autres pages de l’Ecriture pour voir si l’énergie de la foi d’une personne a été une fois mise en question avant que la guérison ne soit reçue. La réponse est franchement négative, mais cela ne veut pas dire que Jésus approuve le peu de foi, il le blâme (cf Mat 6.30; 8.10; 8.26; 16.8), sans toutefois le rejeter, on l’a vu plus haut avec le père du garçon possédé.

IV. Guérison et expiation

Le texte cité par ceux qui affirment que l’on reçoit la guérison de son corps comme le salut de son âme se trouve en Esaïe 53.4: «Cependant, ce sont nos souffrances qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé». Il faut savoir que la maladie, les infirmités et la mort ne sont pas des péchés; elles sont les conséquences du péché. Notre Sauveur, «après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés, s’est assis pour toujours à la droite de Dieu» (Héb 10.12). Ayant fait cela, il a la puissance d’enlever les effets du péché, et il le fera complètement à la fin, lors de la résurrection des corps (cf 1 Cor 15.54- 56). Mais nulle part il est écrit dans la Bible que la guérison physique immédiate est incluse dans l’expiation.

Poursuivant notre raisonnement, nous devrions, dès notre conversion, ne plus connaître ni maladie, ni mort. Dans le texte de Matthieu 8.16 et 17, il est distinctement dit comment et quand le passage d’Esaïe précité s’est accompli: il a été accompli dans les guérisons que notre Seigneur a faites lorsqu’il était sur la terre et non dans sa mort. Je cite J.N.Darby: «Jamais notre Seigneur n’a guéri un malade sans porter dans son esprit et sur son cœur le poids de cette maladie comme fruit de la puissance du mal». Lors de la guérison du sourd-muet, «Jésus a levé les yeux au ciel et a soupiré profondément» (cf Marc 7.34).

En conclusion, parce que le péché a été expié sur la croix, Dieu peut en toute justice en bannir les effets comme il se plaît à le faire quelquefois et comme il le fera sur une échelle universelle lors de la seconde venue de son fils (cf Rom 8.23; 1 Thes 4.16-17).

V. La gloire de Dieu, avec ou sans guérison

Nous lisons en Romains 5.3: «Bien plus, nous nous glorifions même des afflictions, sachant que l’affliction produit la persévérance, la persévérance la victoire dans l’épreuve, et cette victoire l’espérance ». Nous sommes ici en présence d’un haut niveau de vie chrétienne, qui contraste avec la recherche effrénée de douceur et de bien-être prônée dans notre monde contemporain et même dans l’Eglise! Pourquoi cela? Parce que Paul se glorifie d’abord dans l’espérance de la gloire de Dieu.

La souffrance et la gloire sont souvent mentionnées ensemble dans le Nouveau Testament, et notre pente naturelle est de soupirer après l’une et de refuser l’autre. La souffrance éduque, corrige, et adoucit. Il y a des hommes qui vivent dans de confortables illusions, jusqu’à ce que la calamité fonde sur eux avec la soudaineté du tonnerre! Cette heure d’angoisse peut clarifier des concepts faux comme «le chrétien doit obligatoirement prospérer».

Dieu donne la foi autant pour guérir que pour endurer l’absence de guérison. Pensons aux trois hommes dans la fournaise: «Notre Dieu que nous servons peut nous délivrer de la fournaise ardente, et il nous délivrera de ta main, ô roi. Sinon…», sinon nous continuerons de croire. Dieu nous discipline comme des fils, et la maladie entre certainement dans cette catégorie. Dieu juge bon que quelques-uns de ses enfants passent par l’école de la souffrance pour sa propre gloire et leur plus grand bien spirituel (voir le cas de Job).

Pour terminer, nous croyons que notre Dieu est souverain, tout-puissant et fidèle. Il contrôle toute situation totalement et parfaitement. Nous croyons qu’il peut guérir toute maladie, avec ou sans concours médical, mais jamais au détriment de sa volonté, de sa justice et de son amour. C’est pourquoi nous affirmons avec l’apôtre Paul: «Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils» (Rom 8.28-29).

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