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Sommaire du n° 147 jan - mar 2004

 



Dossier

MUSIQUE ET LOUANGE DANS L'ÉGLISE

Marc DIRLEWANGER

Marc Dirlewanger est marié et père de trois enfants. Pianiste professionnel, il enseigne la musique à des écoliers de 10 à 16 ans. Il enseigne aussi le piano dans une école professionnelle et une école de musique. Parallèlement, il est aussi directeur de louange, directeur de chorale chrétienne, accompagnateur et arrangeur. Il a également composé plusieurs chants.

Qu’est-ce que la louange ? Quelle place donner à la musique dans l’église ? Que penser des diverses controverses musicales ? Le présent article propose quelques réflexions bibliques sur ces différents sujets.

LE TERME ‘LOUANGE’

Par ce terme, on désigne souvent un moment de chant. Cet usage n’est pas faux, mais il est réducteur. En effet :

– Premièrement, la musique peut avoir d’autres usages que la louange : par exemple, celui de nous instruire et de nous encourager mutuellement (Eph 5.19 ; Col 3.16 ; Ps 37).
– Deuxièmement, on peut aussi louer Dieu par d’autres moyens que le chant (la prière, par exemple).

Lorsqu’on loue Dieu, on proclame la grandeur de sa personne, on parle de son caractère, des choses qu’il a faites (la création, notre salut, ses promesses, etc.). Comme le dit le dictionnaire, on le déclare digne d’admiration, de très grande estime, on l’honore de cette manière.

Notre définition de la louange s’élargit encore quand on considère que celle-ci n’est qu’un sacrifice parmi d’autres. En effet, la Bible nous commande d’offrir en sacrifice à Dieu :

– la louange de nos lèvres (Héb 13.15),
– des prières (Apoc 8.3-4),
– notre argent (Héb 13.16 ; Phil 4.18),
– notre repentance (Ps 51.18-19),
– des personnes qui se convertissent à Dieu (Rom 15.16),
– nos corps, nos vies toutes entières ! (Rom 12.1-2).

QUELLE PLACE DONNER A LA LOUANGE DANS L’EGLISE ?

Pour certains, la louange par le chant et la prière doit être le centre du culte. Pour d’autres, c’est la prédication qui a ce rôle central. Dans ce dernier cas, le chant n’a souvent plus qu’un rôle de “liant” entre les différentes parties du culte.

Signalons au passage que ce dernier n’est pas seulement la rencontre d’église que nous avons le dimanche matin. En grec, les mots latreia (nom) et latreuo (verbe) désignent en même temps le service des sacrificateurs (Héb 9.1,6), le don de nos corps en sacrifice (Rom 12.1) et les œuvres que nous pouvons faire pour Dieu (Jean 16.2).

Pour revenir à l’église, l’enseignement biblique est important. Si d’autres activités prennent sa place, comment l’église pourra-t-elle croître spirituellement (Eph 4.11-16) ? Par exemple, si la majorité des membres participe à la louange, mais qu’une minorité seulement reçoit des enseignements, il y a un danger. En effet, c’est par la prédication que nous apprenons à connaître Dieu. Comment louer Dieu sans savoir qui il est et ce qu’il a fait pour nous ?

De plus, Dieu ne conçoit pas la louange sans une vie d’obéissance (Amos 5.23-24). Il est même dit que "l’obéissance vaut mieux que le sacrifice" (1 Sam 13.12) ! La louange, tout comme l’obéissance, se nourrissent donc de la prédication, laquelle doit procurer un enseignement solide et fondé bibliquement.

Cela dit, ne laisser au chant et à la louange des lèvres que le seul rôle de “liant”, c’est négliger le place que la Parole elle-même leur donne. Bien des passages bibliques montrent la place de la louange et de la musique :

– dans l’Ancien Testament, les Psaumes sont un livre biblique entier composé de ... chants ! ;
– 1 Chroniques 16 insiste sur la place et l’importance des chantres, dans le service du temple ;
– Dieu cherche des adorateurs (Jean 4.23), y compris par le chant ;
– l'Apocalypse donne de nombreux exemples de louange céleste (ch. 4, 5, 7, 14, 19) ;
– Actes 2.47 note la présence de la louange chez les premiers chrétiens ;
– Hébreux 13.15, déjà cité, nous demande d'offrir sans cesse à Dieu la louange de nos lèvres ;
– Ephésiens 5.19 et Colossiens 3.16, déjà cités, commandent de chanter, pour louer Dieu et pour nous instruire mutuellement ;
– 1 Cor 14.26 est clair sur la présence de cantiques dans les réunions.

Enfin, la louange durera éternellement, alors que nous n’aurons plus besoin d’enseignement au ciel !

Il est donc important d’équilibrer temps de louange et temps de prédication dans l’église.

QUELLE FORME MUSICALE ?

Actuellement, on trouve beaucoup de diversité dans ce domaine : chant a cappella, chant à quatre voix, accompagnement au piano, par un groupe musical plus important, danses, bannières et d’autres choses encore.

La diversité musicale et formelle est également présente dans la Bible :

– diverses sortes de chants : psaumes, hymnes et cantiques spirituels (Eph 5.19),
– diverses sortes d’accompagnements : grand groupe instrumental (Ps 150 ; 1 Chr 16.5-6), chant avec un seul instrument (Ps 43.4).

Il est donc malvenu d’établir de strictes normes formelles. Ne menons pas un faux combat en dépensant de l’énergie pour une cause que la Bible ne défend pas.

Par contre, maintenons quelques principes généraux :

– nos réunions doivent se faire avec ordre (1 Cor 14.40).
– Dieu seul doit être adoré (Mat 4.10). Cela s’oppose à tout vedettariat, ou désir d’être mis en avant.
– notre louange doit être vraie (Jean 4.24). Examinons donc les motivations de nos chants, de notre musique, etc. Sont-ils faits dans un esprit de louange ? Ou par orgueil personnel ? Par désir de divertissement ?
– ne nous détournons pas de l’essentiel : louer Dieu, regarder à lui, écouter sa Parole. Les autres activités ne devraient être, finalement, que des "outils".

QUELLE PLACE DONNER AUX INSTRUMENTS DE MUSIQUE ?

La Bible mentionne les instruments à plusieurs reprises. Citons par exemple :

– le livre des Psaumes ; le Psaume 150 dit même qu’on peut louer Dieu par les instruments.
– Ephésiens 5.19, où le mot grec psallo (psalmodier, célébrer) signifie aussi “pincer les cordes d’un instrument.”
– Apocalypse 5.8 et 14.2, où la louange céleste est accompagnée de harpes.

Il est donc tout à fait légitime d’en utiliser pour accompagner nos chants et notre louange.

Cela dit, le Nouveau Testament lie nettement la musique à la parole :

– Ephésiens 5.19 et Colossiens 3.16 : on se parle par des chants.
– Apocalypse 5.9 et 15.3 : les fidèles chantent et disent des louanges rapportées dans le texte.

Les paroles doivent donc avoir la prééminence sur la musique. Evitons donc que la musique couvre les paroles et le chant de la communauté. Non seulement il est désagréable de ne plus s’entendre chanter, mais, à long terme, l’assemblée peut devenir passive et ne plus chanter du tout.

QUI CHANTE DANS L’EGLISE ?

Dans l’histoire de l’Eglise, on a oscillé entre le chant d’une élite musicienne et celui de l’assemblée toute entière.
Le Nouveau Testament donne une plus grande place au chant de l’ensemble de la communauté. Par exemple :
– Ephésiens 5.19 et Colossiens 3.16 : pour s’enseigner et s’exhorter l’un l’autre par le chant, il faut que chacun y participe !
– Matthieu 26.30 : Jésus n’a pas chanté seul devant ses disciples, mais tous ont chanté ensemble.

Prenons donc garde à ne pas imposer à l’église des chants trop difficiles techniquement. Tous les membres ne sont pas forcément musiciens professionnels ! D’autre part, veillons à ce que les nouveaux venus dans l’église puissent participer au chant sans trop de difficulté. Mais attention : un chant inconnu est forcément difficile au départ, puisqu’il nécessite un effort d’apprentissage !

CHANTS TRADITIONNELS ? CHANTS NOUVEAUX ?

Dans ce domaine également, l’équilibre est de mise. D’une part, évitons la “canonisation” d’un certain répertoire de chants. Seule la Bible est inspirée et aucun répertoire, aussi spirituel soit-il, n’est indispensable.

De plus, la Bible nous encourage plusieurs fois à chanter un chant nouveau (Ps 96.1 ; Es 42.10). A l’image de David, les musiciens chrétiens contemporains peuvent s’encourager à composer des chants à la louange de Dieu et pour l’instruction spirituelle de l’Eglise. C’est un moyen puissant d’encourager, de stimuler la foi ... et de louer Dieu ! Enfin, le langage musical et le langage parlé changent avec le temps. En étant trop conservateurs dans ce domaine, nous courons le risque de créer des tensions dans l’église. Cela peut même mener à un “retour de balancier” : l’ancien répertoire sera brusquement écarté au profit de chants les plus neufs possibles.

D’autre part, ne chanter que les chants les plus récents comporte les dangers de tomber dans un esprit de consommation et de créer des tensions entre les différentes générations. S’il est bon d’apprendre des chants nouveaux, ne rejetons pas le passé et tout ce qu’il a à nous apprendre. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil !

Dans l’église devraient donc coexister plusieurs styles de chants, anciens et nouveaux.

L’IMPORTANCE DES PAROLES

Pour terminer, j’aimerais insister sur l’importance du contenu des chants, de leurs paroles. Combien de chants aux paroles contestables sont chantés soit par tradition, soit par amour de la nouveauté ou d’une musique qui plaît ! Faisons donc preuve de discernement dans ce domaine, au-delà des querelles formelles, musicales et poétiques.

Que les paroles de nos chants puissent glorifier notre Dieu, nous instruire, nous fortifier et nous encourager, dans la ligne de ce que la Bible nous révèle.

“ L’Eternel est ma force et mon bouclier;
En lui mon cœur se confie, et je suis secouru;
J’ai de l’allégresse dans le cœur,
Et je le loue par mes chants.”

Psaume 28.7

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