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Sommaire du n° 149 jul - sep 2004

 



Histoire de l’Eglise

LE MOYEN AGE EN OCCIDENT (5)

de 590 à 1517

Scott McCARTY

L’EMERGENCE DE L’OCCIDENT CHRETIEN

Comment décrire une période si riche, si variée, si difficile, et si longue – en si peu de mots ? Nous nous contenterons de survoler les grandes lignes de l’histoire pour en capter son mouvement. Cette période de près de 1000 ans enfante les idées fondatrices des Temps modernes. Le Moyen Age débute au 6e siècle. C’est alors que « la chrétienté », chaperonnée par la papauté, essaie de transformer progressivement la société occidentale à son image. L’Europe catholique atteindra son zénith aux 12e et 13e siècles, avant d’essuyer les crises des 14e et 15e siècles qui préparent la Réforme du 16e siècle. Cette société, quoique « christianisée » extérieurement, manque de puissance spirituelle véritable parce qu’elle a sombré dans la superstition, la hiérarchisation ecclésiastique, et une rigidité doctrinale anti-biblique. D’autres facteurs, comme le féodalisme, l’immigration constante de tribus « barbares » (porteuses parfois de valeurs comme le respect des femmes, l’honneur, et l’amour de la liberté !), ainsi que l’amalgame du spirituel et d’une politique sordide, gangrènent la société. Le conflit religieux opposant la chrétienté occidentale (latine) centrée à Rome, à la chrétienté du Proche-Orient (grecque) centrée à Constantinople, entraîne peu à peu la perte du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord à l’islam. L’histoire occidentale de cette période ressemble à une courbe : elle commence en bas, monte, puis descend en un peu plus de 900 ans .

L’Europe devient le terrain où s’affrontent et s’entraident quatre nouvelles entités raciales et culturelles :

- l’entité latine composée des Italiens, des Espagnols, des Français, et des Portugais ;
- l’entité celtique composée des Gaulois, des Vieux Bretons, des Pictes, des Ecossais, des Gallois, et des Irlandais ;
- l’entité germanique composée de nombreuses tribus ;
- l’entité slave composée des Bulgares, des Tchèques, des Slovaques, des Croates, des Polonais, et des Russes.

Cette masse disparate se fond graduellement aux vestiges de la civilisation gréco-romaine. Elle fera naître une civilisation romano-germanique dominée par les forces actives :

1. de la papauté,

2. du monachisme,

3. du féodalisme : une forme d’organisation politique et sociale caractérisée par l’existence de fiefs et de seigneuries dans laquelle une hiérarchie de dépendance et de domination gère toute la vie du serf jusqu’au roi ; chacun en son rang doit l’obéissance et le service à son supérieur ; ce dernier a la responsabilité d’accorder propriété et protection à son inférieur. L’Eglise de Rome fait partie intégrante de ce système corrupteur de la spiritualité. Elle devient une forte puissance politique, économique, voire militaire, à travers le contrôle spirituel exercé sur les rois et les seigneurs, lorsqu’elle le peut ! On est très loin du christianisme biblique.

4. de la scolastique : une forme de système philosophique et théologique qui vise à mettre sur pied d’égalité la Révélation divine et la raison humaine en synthétisant les idées des classiques grecs et romains, les principes de la Bible, les écrits patristiques, ainsi que toute la littérature chrétienne d’avant l’an 590 ! Les thèses de la scolastique supplantent souvent les déclarations de l’Ecriture. Thomas D’Aquin – le « Docteur Angelus » du 13e siècle – devient le maître incontesté de cette méthode par ses écrits. Il désire prouver que la raison humaine autonome collabore au salut de l’homme et l’aide à vivre chrétiennement1. Les doctrines de la papauté actuelle trouvent leur fondement dans son système théologique. Th. d’Aquin affirme que le salut de Dieu passe nécessairement par la soumission au pape et par les Sacrements !

Ce qui se passe alors va modeler toute la mentalité européenne. Les forces vives politiques, économiques, sociales, et spirituelles actuelles qui rivalisent pour le pouvoir, surtout en Occident, tirent leur énergie des initiatives diverses lancées au Moyen Age ! En effet, la forme politico-militaire de l’Empire romain occidental est brisée en 475, mais la philosophie et l’esprit de la Rome ancienne circulent encore dans les veines du corps de l’Europe moderne, qui rêve de se reconstituer en un (Saint) Empire hégémonique.

La chrétienté de cette période lutte durement pour s’implanter en dehors des frontières de l’ex-Empire romain. En moins de 5 siècles, des moines, peu instruits, étroits d’esprit mais zélés, téméraires et héroïques, ont « christianisé » une très large partie de l’Europe (13 pays recensés).

Malheureusement, ils ne prêchent pas selon les enseignements du Nouveau Testament, mais selon ceux de la Tradition ecclésiastique romaine. En général, la conversion se fait en masse, en suivant la décision du roi, du seigneur ou du chef local ! Toute méthode est bonne pour convertir des païens : spirituelle, économique, et même militaire !

La papauté, dont on connaît aujourd'hui la forme et la puissance, commence effectivement en 590 avec le règne de Grégoire 1er, surnommé « Grégoire le Grand ». Il brille par ses capacités d’organisation, de vision, et par son travail acharné. Il réalise la synthèse des décrets conciliaires, des enseignements des « Pères de l’Eglise », des superstitions païennes d’une populace illettrée, et de la Bible en un seul corps : l’« orthodoxie romaine ». Ce pape peut être légitimement appelé le fondateur doctrinal et spirituel de la papauté moderne. Son importance pour l’Eglise de Rome est inestimable, mais catastrophique pour ceux qui recherchent la vérité biblique ! Les papes qui lui succéderont disposeront de deux armes redoutables pour se faire obéir:

1. L’excommunication

2. L’interdit, sorte de grève ecclésiastique contre tout un village, une nation ou un pays. Lorsqu’un roi refuse d’obéir au pape, les prêtres n’assurent plus que le baptême et l’extrême onction : pas de mariages, pas d’enterrements, pas d’eucharistie ! Lorsqu’un village, un peuple, ou une nation tombe sous l’interdit, c’est « la fin du monde »! L’interdit sera prononcé au moins 80 fois ! En général, la pression est telle que les « insoumis » cèdent. Aux 12e et 13e siècles, les papes sont les monarques absolus de l’Europe ! Faut-il voir dans ces pratiques l’origine du pouvoir étendu et de la déférence accordée aux papes des temps modernes par des chefs d’états ; même si ces derniers ne craignent plus l’interdit, la crainte du pape subsiste, car il se présente comme le représentant de Dieu sur la terre. Les papes légitiment leur pouvoir par des références bibliques comme Mat 6.10 ; Jér 1.10 ; ou 1 Tim 2.5.

Pour établir le Ciel sur la terre, les papes emploient à cette époque deux moyens :

- Les croisades : 7 croisades majeures contre l’islam au Proche-Orient. « DEUS VULT » (Dieu le veut !) est leur cri de ralliement. Ces expéditions ont lieu entre 1095 et 1291. Toutefois, l’islam finira par repousser les soldats de l’Eglise. Reconnaissons que l’Evangile n’a pas besoin ni de lieux « sacrés », ni de l’épée pour avancer. Les papes ont oublié la leçon des trois premiers siècles de notre ère dans ce domaine.
- La scolastique (voir ci-dessus) : elle motive la création des universités à partir de la fin du 12e siècle, et crée une soif d’apprendre de nouvelles connaissances.

L’opulence outrancière et l’arrogance spirituelle des papes des 12e et 13e siècles suscitent des revendications, de la part des masses populaires et même de certains ecclésiastiques, en faveur d’un retour à la simplicité et à la pauvreté de l’Eglise des premiers siècles. Des voix comme celles de l’abbé Arnold de Brescia, de Pierre Valdo de Lyon (ses descendants spirituels existent encore dans le Piémont et en Amérique), des Cathares (Albigeois) se font entendre. Rome emploie de gros moyens pour ramener tous ces « égarés » au bercail : prédication, croisades intérieures nationales, Inquisition (appelée pieusement « Saint Office » à partir de 1542, puis « Congrégation pour la doctrine de la foi » par le pape Paul VI après 1965. Ce changement de nom ne modifie en rien son caractère ni son but ! Tout est seulement devenu plus subtil). Les ordres mendiants - franciscains, dominicains, clarisses - créées au 13e siècle se transforment en armes efficaces pour contrer les accusations dirigées contre les richesses de la papauté et des ecclésiastiques.

En dépit de « l’invention » par Boniface VIII (1294-1303) de la vente des indulgences pour renflouer les coffres de la papauté, le pouvoir papal décline inexorablement. La tendance est renforcée par l’émergence des sentiments nationaux, et par la volonté d’autonomie des gouvernements fatigués des agissements peu louables des papes. Ce déclin ira de pair avec la sécularisation progressive de la société, et avec l’augmentation des connaissances dans tous les domaines.

Un nouveau type de civilisation se prépare. Durant les 14e et 15e siècles, une tension se fait sentir entre le monde médiéval mourant et un monde nouveau naissant. Cette tension est aggravée par la Guerre de Cent Ans (1337-1453), la Peste Noire (qui débute en 1347, vient d’Asie centrale, et tue en Europe en quelques années de 25 à 50 % des populations selon les pays !), l’anarchie générale, le Grand Schisme papal (1395-1434, deux papes régnant au nom de St Pierre, l’un à Avignon en France, l’autre à Rome, chacun soutenu par l’un ou l’autre pays européen !). Cette fermentation favorise de nouvelles recherches intellectuelles et spirituelles. L’humanisme et la Renaissance préparent le terrain aux réformes demandées par Wyclif (professeur de théologie à l’université d’Oxford, 1378-1384), Jean Hus (professeur à l’université de Prague, 1391-1415), Savonarole (prieur dominicain italien, 1490-1498), ainsi que d’autres grands « pré-réformateurs ». Leur intégrité, leur conviction, leur courage sont des exemples. Ils devraient inspirer notre génération égarée qui ne perçoit plus la grandeur et la fidélité de Dieu parce qu’elle s’est coupée de ses racines bibliques.

Nous voilà aux portes de la Réforme du 16e siècle.

Nous traiterons dans un prochain article de la chrétienté proche-orientale de 285 à 1453. Pour qui cherche à comprendre l’état actuel d’une grande portion des « chrétiens » portant le nom d’« orthodoxes », la période byzantine est absolument déterminante.

1 Cette approche existe encore aujourd'hui parmi les catholiques, et même parmi un grand nombre d'évangéliques.

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