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Sommaire du n° 161 jul - sep 2007

 



Dieu sans frontières

Frank Horton

Né en 1925, F. Horton passe sa première enfance avec ses parents missionnaires américains à Kavungu en Angola. Il fait ensuite ses études à l’Université du Cap et au Northwestern Technological Institute et obtient sa licence en génie civil. Il travaille comme ingénieur de recherche en hydrologie attaché à la Tennessee Valley Authority à Knoxville, États-Unis. En 1950 il se marie avec Anne-Marie Béguin. Il fait ensuite ses études théologiques au Biblical Seminary à New York.

De 1952 à 1964, il s’établit à Paris avec son épouse pour exercer un ministère de secrétaire général des GBU en France. Deux fils naîtront à Paris ; ils sont maintenant mariés, médecins et établis en Suisse.

Dès 1964, Frank Horton exerce son ministère comme professeur à l’Institut Biblique Emmaüs en Suisse. Il assume la responsabilité de directeur de l’Institut de 1971 à 1991.

Sa retraite sera active. Jusqu’en 1999, il donne des cours occasionnels à l’Institut Emmaüs, et continue son ministère d’enseignement biblique dans diverses églises, en Suisse et dans les pays francophones proches et lointains, et dans des conventions bibliques.

Il est l’auteur d’un ouvrage sur l’Épître aux Éphésiens et d’articles qui ont paru dans divers périodiques évangéliques. Son ministère l’a conduit dans plusieurs pays francophones, en Europe et en Afrique.

Depuis de nombreuses années, il est membre du comité de soutien de Promesses et ses conseils et contributions écrites sont des plus appréciées.

Chantez à l'Eternel [YHWH] un cantique nouveau !
Chantez à l'Éternel, toute la terre !
Chantez à l'Éternel, bénissez son nom,
Annoncez de jour en jour la bonne nouvelle de son salut !
Racontez parmi les nations sa gloire,
Parmi tous les peuples ses merveilles !
Psaume 96.1-3

Un seul Dieu suprême et véritable

« YHWH fait des Israélites ses évangélistes, pour annoncer son salut à toutes les nations. Ils ont à chanter jusqu’à ce que le monde entier chante également. Ce chant est nouveau parce que la miséricorde renouvelée fait appel à des mélodies nouvelles. Les termes principaux de cette strophe sont : chant nouveau, toute la terre, salut, gloire, merveilles. Les Israélites sont appelés à chanter [3x], à bénir, à annoncer, et à raconter. Le troisième de ces mots est, dans la version des Septante, l’équivalent du mot néo-testamentaire : prêcher l’Évangile. » 1

a. Imposer le monothéisme juif… mais de quel droit ?

D’où vient la croyance en un seul Dieu ?

Lors d’un voyage en Égypte, il y a quelques années, mon épouse et moi avons assisté à un spectacle « son et lumière », mis au point avec les voix d’acteurs de la Comédie Française, et présenté au Temple de Karnak, à Louxor. Notre étonnement fut grand d’entendre dire que Moïse avait reçu l’inspiration de la notion monothéiste de la part du Pharaon Aménophis IV, de la XVIIIe dynastie, aux environs du milieu du XIVe s. av. J-C. Souvenons-nous du fait que, pour briser le pouvoir politique considérable des prêtres de Thèbes, Aménophis IV avait déclaré qu’il n’y avait qu’un seul dieu, le disque solaire Aten. Il adopta le nom d’Akhenaten, et déménagea en aval le long du Nil pour établir une nouvelle ville capitale d’Égypte à laquelle il donna le nom d’Akhetaten — aujourd’hui Tell El Amarna. Après sa mort, tout redevint « normal », et l’Égypte retourna rapidement à son polythéisme traditionnel.

L’hypothèse avancée lors du spectacle de Louxor ne tient pas compte de la chronologie dite « longue », qui situerait Moïse dans la période précédant le règne d’Aménophis IV (vers 1450). Dans un tel cas de figure, c’est plutôt le Pharaon qui aurait pu être inspiré par le témoignage de Moïse… mais passons.

De tels rapprochements entre le Dieu biblique et d’autres divinités ont souvent tenté les chercheurs. Barbara Watterson, par exemple, laisse entendre que la résurrection de Jésus-Christ aurait eu son origine dans l’histoire du dieu égyptien Osiris, le mieux connu et le plus populaire du panthéon égyptien, dont l’attraction « résidait dans la croyance qu’il avait vécu sur la terre comme un homme qui n’apportait que du bien à l’humanité, mais qui fut trahi et mis à mort. Sa résurrection et l’espérance de la vie éternelle offerte à tous rehaussaient sa popularité. » 2

Dans quelle mesure les Hébreux ont-ils hérité leurs croyances religieuses des peuples contemporains d’Égypte et du Croissant fertile ? Deux écoles de pensée défendent des thèses contradictoires :

1) l’école « évolutionniste », non- ou anti-théiste, soutient l’idée que les Hébreux ont tout reçu, y compris leur religion et leur système éthique, de leurs contemporains, dans le contexte général d’idées religieuses qui évoluaient en se raffinant à partir de l’animisme, pour passer par le polythéisme et arriver enfin au monothéisme ;

2) l’école théiste de la « Révélation » insiste sur le fait que les Hébreux ressemblaient à leurs contemporains dans tous les domaines — culture, agriculture, architecture, langage, écriture, etc. — à une exception près : leurs croyances religieuses étaient radicalement différentes parce que reçues, par révélation, d’une source divine.

b. Arguments en faveur de la Révélation

Feu l’éminent spécialiste Samuel Zwemer, professeur émérite d’histoire de la religion et des missions chrétiennes à la Faculté de théologie de Princeton (USA), rejette fermement la première thèse en faveur de la seconde, en écrivant :

« L’évidence soutenant un monothéisme primitif est trouvée, non seulement dans tous les domaines de la culture primitive, mais aussi dans les formes antérieures des grandes religions ethniques. » Et d’étayer sa conviction en disant : « Cet argument est fondé, non pas principalement sur les Écritures, ni sur des préconceptions dogmatiques, mais sur la méthode historique d’investigation […]. Le recours à la méthode historique en anthropologie a obligé de nombreux savants à reformuler leur approche de l’origine de la religion et, ce faisant, à s’approcher des Écritures. Le point de vue évolutionniste a été lié à l’axiome douteux que le supérieur doit toujours procéder de l’inférieur. Cependant, force nous est de conclure que l’histoire de la religion a été marquée par le déclin et la dégénérescence, plutôt que par une montée évolutive ininterrompue. » 3

Le Dr J. A. Thompson, directeur de l’Institut australien d’archéologie à l’Université de Melbourne, a examiné « la religion païenne aux temps patriarcaux ». Voici ce qu’il écrit au sujet d’Abraham :

« Abraham, avant son séjour en Canaan, vivait parmi les Mésopotamiens, qui étaient polythéistes. Les pratiques religieuses de son peuple doivent avoir persisté pendant de longs siècles, car Josué dut exhorter Israël : « Ôtez les dieux qu’ont servi vos pères, de l’autre côté du fleuve et en Egypte, et servez l’Eternel. » (Josué 24.14) La religion sumérienne de Mésopotamie avait un panthéon […]. Tous les dieux rivalisaient de popularité. Abraham était probablement en contact avec le peuple sémite d’Our. Par les Amorites, il avait eu connaissance de dieux tels que El (et son épouse Achéra), Achtarot, Anat, Melkart, et d’autres que nous rencontrons parmi les Canaanéens qu’Israël eut à affronter par la suite au cours de son histoire, tels que Baal, Dagon et Chamach.

« Au sein de ces courants religieux divers, Abraham prit conscience de la réalité d’un Dieu unique, qu’il connut comme El Chaddaï (Dieu tout-puissant, Genèse 17.1-2) […]. Ses descendants eurent à découvrir les conséquences d’une telle vision dans l’ambiance religieuse très différente de l’Égypte, où ils étaient devenus esclaves […]. Certains spécialistes ont avancé l’idée qu’il y a eu un mouvement partiel, mais finalement sans effet, vers le monothéisme en Égypte à l’époque du roi hérétique Akhénaton (vers 1356-1340 av. J-C.) […]. Le dieu suprême et universel du soleil, Amon-Rê, fut débarrassé de tous ses aspects mythologiques et considéré comme le seul Dieu, connu sous le nom d’Aton (disque solaire) […]. Cependant, le culte d’Aton ne convenait pas à la religion nationale d’Égypte, et le monothéisme naissant disparut rapidement. » 4

Citons, parmi d’autres autorités compétentes qui confirment ces positions, l’exemple de G. H. Livingstone, professeur d’Ancien Testament à la Faculté de théologie Asbury (USA), extrait d’un chapitre de 20 pages consacré à la relation entre l’A.T. et les cultures anciennes :

« L’accumulation des renseignements provenant de l’ancien Proche-Orient fournit un arrière-plan essentiel à l’Ancien Testament. Si l’on compare la matière de l’A.T. avec la scène culturelle plus large, l’on constate que le peuple hébreu ressemblait à ses voisins en ce qui concerne l’hébergement, la nourriture, les vêtements, le commerce, l’agriculture, les métiers, les armes, le langage, l’écriture et bien d’autres aptitudes. Mais en ce qui touche à la théologie et à la morale, les Hébreux différaient totalement de leurs voisins, bien qu’il ne leur ait pas été facile de maintenir leur caractère distinctif, car l’idolâtrie exerçait une pression à la fois attirante et puissante. Beaucoup d’entre eux succombèrent au polythéisme, cependant qu’un reste fidèle persévérait ; c’est ce reste que Dieu a affermi pour être sa ‘tête de pont’ dans le monde.

« En lieu et place de la vision du monde et des mœurs polythéistes, Dieu instilla dans les structures [religieuses juives] la vérité le concernant : seul Dieu véritable, Souverain, Juge, Sauveur et Créateur […]. La totalité des adaptations et innovations inscrites dans l’A.T. avaient pour but d’exposer les folies et la banqueroute de l’idolâtrie, et de poser les fondements sur lesquels se développerait un peuple choisi et racheté, préparant ainsi un peuple saint pour l’avènement du Messie. » 5

c. Témoignage de l’Écriture

À partir de la révélation que donne Dieu de lui-même dès la création dans les premiers chapitres de la Genèse, ce monothéisme originel dégénère en polythéisme païen pendant les siècles suivants. De temps en temps, Dieu intervient pour se révéler tout à nouveau à ceux qu’il a choisis, opérant ainsi un « nouveau départ ». Nous avons déjà évoqué l’exemple d’Abraham qui, appelé d’Our en Chaldée aux alentours de 2000 av. J-C., laisse derrière lui le panthéon sumérien et s’attache au seul vrai Dieu, El Chaddaï.

Environ six siècles plus tard, après les quatre siècles pendant lesquels les descendants d’Abraham, esclaves en Égypte, ont adopté le panthéon égyptien, Dieu se révèle de nouveau à Moïse, au buisson ardent, sous le nom de YHWH (le « Je suis » éternel, Ex. 3-4). Au travers des dix plaies, il démontre son autorité absolue et sa suprématie sur le panthéon égyptien tout entier, dévoilant qu’il est le seul vrai Dieu, en Égypte comme partout ailleurs. Le but du rendez-vous avec Israël au Sinaï est de lier les Hébreux à lui-même en tant que possession précieuse (Exode ch. 19ss). Les deux premiers des dix commandements appellent Israël à une fidélité exclusive, et Dieu ajoute un avertissement contre tout glissement en arrière vers l’idolâtrie.

L’histoire subséquente d’Israël présente une série de descentes dans l’apostasie : il ne peut pas résister, semble-t-il, à l’attraction des dieux visibles et tangibles de ses voisins, avec leurs rites sensuels, et leurs promesses de satisfaction immédiate. L’incident du veau d’or (Ex. 32) met en relief l’influence séductrice exercée par les divinités bovines qu’étaient Hathor et Apis. À maintes reprises les prophètes sont envoyés pour dénoncer cette tendance et exhorter Israël à revenir à sa relation d’alliance avec YHWH. Plus tard, l’exil à Babylone servira de leçon magistrale pour prévenir Israël contre un retour à l’idolâtrie.

d. Et Jésus dans tout cela ?

Parmi les textes prophétiques de l’A.T. qui annoncent l’avènement du Messie, en précisant qu’il sera Dieu lui-même venu en chair, citons És 9.6 :

« Car un enfant nous est né, un fils nous est donné,
Et la souveraineté (reposera) sur son épaule ;
On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant,
Père éternel, Prince de la paix. »

Le Nouveau Testament abonde en témoignages rendus à la déité de Jésus de Nazareth : l’Évangile selon Jean, les épîtres de Paul, l’Épître aux Hébreux, etc. Citons en particulier ce que dit Jésus à son propre sujet dans Jean 8.58 :

« En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, MOI, JE SUIS ».

Les dirigeants juifs ont bien compris le sens de sa déclaration car, le croyant coupable de blasphème, ils ont pris des pierres pour le lapider.

Par conséquent, tout ce que nous avons dit au sujet du seul Dieu véritable, suprême sur toute la terre, s’applique également à la personne de Jésus-Christ.

e. Considérations pratiques

Nos convictions « évangéliques » sont fondées sur des réalités solides, objectives, historiques. « La foi chrétienne tient debout ou s’écroule avec l’assertion impérieuse que le Créateur tout-puissant de tout ce qui existe, a agi dans l’espace et le temps pour se révéler dans la nature et l’histoire, afin de racheter le monde au travers de la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Il s’agit là d’une affirmation concernant les choses telles qu’elles sont, et non pas seulement de ce qui est ‘vrai pour moi’. » 6

Notre société paganisée du XXIe siècle n’est pas moins idolâtre que celles des temps anciens. Quel « dieu » adorez-vous ? Mammon, dieu de l’argent ? Aphrodite, déesse du sexe ? Dionysos, dieu de la bonne chère ? Apollon, dieu de la littérature et des arts ? etc. L’appel que Moïse lance au peuple d’Israël dans son dernier discours, devenu le « Grand Sh’mà » cité deux fois chaque jour par le juif pieux, garde toute son actualité :

« Écoute, Israël ! L’Éternel, notre Dieu, l’Éternel est un. Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta force. »

(Deut 6.4-5 ; cf. Mat 22.37 ; Marc 12.30 ; Luc 10.27)

Forts de cette conviction, nous aurons la joie de chanter à la gloire de l’Éternel, et de proclamer avec courage à tous les peuples la bonne nouvelle de son salut.

NOTES
1 W. Graham Scroggie, The Psalms: Psalms 1 to 150, éd. Pickering & Inglis, London, 1948, p. 280.
2 B. Wattessen, The Gods of Ancient Egypt, London, 1984, p. 88.
3 S. Zwemer, The Origin of Religion, Loizeaux Brothers, New York, 1945, p. 12s.
4 J.A. Thompson, Vie et coutumes aux pays bibliques, Ligue pour la Lecture de la Bible, Lausanne, 1989, p. 316s.
5 F.E. Gaebelein, The Expositor’s Bible Commentary, Zondervan, Grand Rapids, USA, 1978, vol. 1, p. 355s.
6 Carol Stream, Christianity Today, Illinois, USA, juin 2005, p. 49s.
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