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Sommaire du n° 116 avr - jun 2010

 



QUAND DIEU SEMBLE SE CONTREDIRE (GENÈSE 22)

Gilbert Aellig

.Gilbert Aellig.

Instituteur, G. Aellig se convertit en 1952. Formé à l'Institut Biblique de Genève, il travaille 14 ans dans une mission en République Centrafricaine, d'abord comme enseignant, puis comme responsable, avec son épouse, des cours bibliques dans les écoles gouvernementales de la capitale Bangui. Il sert ensuite 20 ans comme pasteur dans une assemblée suisse de l'Alliance Biblique, avant de goûter à la retraite

Après avoir promis à Abraham et à sa femme le fils nécessaire à l’accomplissement de son plan de salut universel, Dieu soumet le couple à une longue épreuve de patience. Alors que les vieux époux sont déjà bien avancés dans le troisième âge, le fils vient enfin au monde. Or, quelques années plus tard, Dieu adresse à son serviteur Abraham une requête inouïe. C’est le récit de Genèse 22. Voilà une fameuse page de la Bible ! Non sans raison, car elle est d’une intensité dramatique exceptionnelle. De plus, sa portée prophétique est du plus grand intérêt.

Une expérience dramatique

1. Une exigence inexplicable

« Va à Morija, offre ton fils unique et bien-aimé en holocauste (sacrifice). » Humainement, on peut trouver beaucoup d’adjectifs forts pour qualifier l’ordre de Dieu : illogique, absurde, cruel, scandaleux, monstrueux… Le même Dieu ne condamne-t-il pas sans appel les nations qui ont coutume d’immoler des enfants en l’honneur de faux dieux ?

En donnant cet ordre à Abraham, Dieu a pour but de l’éprouver. Si le patriarche réussit ce test, il obtiendra une grande récompense. Reconnaissons que Dieu prend parfois l’initiative de nous mettre à l’épreuve. Notre réaction naturelle risque alors de tourner à la panique ou aux récriminations, alors qu’il conviendrait de conserver son calme, et de demander à Dieu la patience et la force de surmonter la difficulté. Et lorsque celle-ci se prolonge, il est bon de savoir anticiper sa fin — son but glorieux et son issue en tous points fructueuse.

La réaction d’Abraham à l’ordre divin est admirable : il ne tergiverse pas. Il se lève tôt, selle son âne, choisit deux serviteurs, prépare le bois, le feu, le couteau, puis s’en va, accompagné de son fils. Quelle obéissance ! Dieu a parlé, Abraham s’exécute sans demander d’explication supplémentaire.

2. Le trajet

De Beershéba, la petite équipe se rend à Morija, la colline de Jérusalem où Salomon érigera le Temple. Aujourd’hui, c’est l’Esplanade des mosquées où sont construites les mosquées du Dôme et d’El Aqsa. J’évalue le trajet à environ 75 km : trois étapes de 25 km. Il fallait donc être bon marcheur, car l’âne bien chargé n’était probablement pas disponible pour être monté.

Le voyage va donc prendre un certain temps et permettra aux participants de réfléchir longuement, surtout en cas d’insomnies pendant les deux nuits.

3. Tempête sous le crâne du père ?

Cette question m’est inspirée par un chapitre des Misérables de V. Hugo. Si Abraham a passé ces trois jours dans le calme et la paix de l’âme, c’est un champion ! Mais pourquoi pas ? S’il s’était posé beaucoup de questions, ce serait normal et humain : «  Dieu m’a promis clairement de devenir l’ancêtre d’un peuple aussi nombreux que les grains de sable ou les étoiles. Miraculeusement, il m’a donné un fils dans ma vieillesse, alors que mon épouse était stérile et trop âgée pour enfanter. Et maintenant mon Dieu veut que je sacrifie Isaac, l’enfant de la promesse… Si Isaac doit mourir, comment la promesse se réalisera-t-elle ? C’est illogique, ce que Dieu me demande ! » Nous ne savons pas si Abraham a raisonné ainsi. Pas forcément.

Toutefois, l’Écriture nous éclaire un peu sur les pensées d’Abraham dans cette circonstance. Dans sa réponse à Isaac, il dit : « Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau. » (v. 8) Donc, avant le sacrifice, Abraham envisageait déjà la possibilité d’une substitution !

La parole d’Abraham aux deux serviteurs qui doivent s’arrêter avant d’arriver au but nous donne un autre indice : « Nous reviendrons auprès de vous. » (v. 4) Le « nous » implique qu’il ne sera pas tout seul, mais accompagné ! Il sait donc qu’Isaac sera toujours vivant d’une manière ou d’une autre.

Mais il y a plus encore ! Lisons Hébreux 11.17-19 : « Abraham pensait que Dieu est puissant même pour ressusciter les morts ! » Quand y a-t-il pensé ? Sûrement avec une intensité redoublée pendant la marche d’approche en direction de Morija !

Ces indices nous permettent de supposer qu’il n’y a pas eu de tempête sous le crâne d’Abraham et qu’il a pu s’approcher de Morija en faisant pleinement confiance à son Dieu : le patriarche allait retrouver son fils, soit par une substitution, soit par une résurrection. Nous savons que c’est la première éventualité qui s’est produite. Mais admirons la confiance illimitée d’Abraham en son Père céleste. Quant à moi, j’ai énormément à apprendre d’Abraham à ce sujet.

4. Tempête sous le crâne du fils ?

L’angoisse d’Isaac nous est suggérée par la question lucide qu’il pose à son père : « Le bois, le feu, le couteau sont à disposition, mais où est l’agneau ? » Cette absence de l’agneau est troublante : manifestement, Isaac se doute de quelque chose, il sait très bien que pour offrir un sacrifice, une victime animale est indispensable. La réponse du père au sujet de la substitution peut le rassurer. Un peu ? Beaucoup ?

Mais le verset 9 est terrible : Isaac se voit ligoté et allongé sur le bois de l’autel. Abraham va même jusqu’à saisir le couteau. Plus de doute possible pour Isaac, la victime c’est lui. Mais, fait bouleversant, Isaac ne proteste pas, ni même ne se débat. Sa soumission à son père est exemplaire. Il n’en reste pas moins que ces instants ont dû être très pénibles pour le jeune homme, à moins que sa confiance en la parole paternelle concernant la substitution n’ait pas faibli et que Dieu lui ait donné la force de rester dans la paix. C’est possible, mais miraculeux.

Abraham et Isaac à Morija : une préfiguration de la Croix

Cet épisode, au-delà de la formidable démonstration de foi dont il témoigne, sert de cadre à une révélation prophétique plus générale. Hébreux 11.17-19 déclare : « Abraham retrouva son fils, ce qui est une préfiguration. » Le terme préfiguration nous permet de proposer une interprétation symbolique de notre épisode.

Abraham, le père, préfigure Dieu le Père qui n’a pas refusé de donner au monde son Fils unique. Mais le Seigneur Jésus-Christ est mort sur la croix. Pour lui, il n’y a pas eu de substitution. Le Fils bien-aimé a bel et bien souffert le supplice ignoble.

Isaac, le fils, préfigure Jésus-Christ (Gal 3.16), qui se soumet d’une manière parfaite à son Père. Souvenons-nous de ce que le Seigneur a dit dans le jardin de Gethsémané : « Que cette coupe s’éloigne de moi si possible, mais que ta volonté soit faite. » Isaac en route vers Morija ne nous fait-il pas penser à Jésus sur le douloureux chemin de Golgotha ?

Deux fois, il est précisé dans notre texte : « Ils marchèrent tous deux ensemble ». N’est-ce pas la préfiguration de l’unité remarquable entre Dieu et Jésus-Christ ? Le bois porté par Isaac annonce le bois de la croix porté par notre Seigneur. L’autel et le bélier (et les innombrables sacrifices de l’Ancien Testament) préfigurent également le sacrifice unique et parfait du Fils.

Comme pour souligner que cette affaire se joue dans l’intimité du Père et du Fils, le texte de Genèse 22 contient des détails qui ne sont sûrement pas fortuits : les deux serviteurs et l’âne doivent s’arrêter le troisième jour, quand le groupe aperçoit la colline de Morija de loin. Seuls Abraham et Isaac accomplissent la dernière partie du trajet. Pourquoi ? Parce que seuls Dieu et Jésus-Christ étaient en mesure d’accomplir l’œuvre du salut et l’expiation de nos péchés. Aucun homme n’est compétent pour ce travail, car la chair (la nature humaine) est inimitié contre Dieu. Mais à l’image des serviteurs, les rachetés sont invités à considérer le chemin parcouru par le Seigneur. La Parole écrite nous permet en effet de suivre cet itinéraire, d’en saisir les tenants et les aboutissants, ainsi que sa valeur unique. Et, comme les deux serviteurs qui, après l’accomplissement du sacrifice, continuent de regarder vers Morija, puis se réjouissent du retour d’Abraham et d’Isaac, nous continuons de nous souvenir de la Croix, et nous nous réjouissons de la résurrection de Jésus.

Un Souverain exigeant, mais qui pourvoit

Isaac est impressionnant dans sa soumission à son père. Il réussit particulièrement bien le test auquel il a été soumis. À la fin du chapitre 22, Abraham reçoit un rapport au sujet de sa famille restée à Charan. Suit une liste des noms de garçons venus enrichir la famille du patriarche. Seule une fille est mentionnée : Rébecca, qui deviendra l’épouse d’Isaac. Dieu bénit abondamment encore aujourd’hui celui qui réussit le test divin.

Abraham a été fortement marqué par l’épisode de Morija. L’intensité des émotions et des sentiments a été si inhabituelle qu’il donne un nom à ce lieu : Yahvé-Jiré ou Adonai-Jiré, « à la montagne de l’Eternel, il y sera pourvu ! ». Nous pouvons comprendre cela ainsi : « À la colline de la croix, grâce au sacrifice du Seigneur, Dieu pourvoit à nos besoins. » Entre autres : notre besoin de pardon, de salut, de vie, d’espoir, de bénédiction… Si nous sommes en Christ et des disciples fidèles, cette promesse nous concerne. Elle est grandiose. Sachons la saisir !

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