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Sommaire du n° 116 avr - jun 2010

 



LA PROVIDENCE DE DIEU

Jean Calvin

Le réformateur Jean Calvin (1509-1564) a longuement réfléchi aux implications de la souveraineté de Dieu. Ses recherches bibliques l’ont amené à développer les doctrines qui établissent que notre salut ne doit rien aux mérites ni aux œuvres de l’homme, mais tout à la grâce de Dieu. Ses positions l’ont mis en opposition ouverte avec le système catholique romain, dont les ministres s’étaient arrogé les prérogatives de Christ, et marchandaient un salut conditionné par les bonnes œuvres, par des tributs en tous genres et par d’innombrables pénitences. Mais en menant ce combat, Calvin a poussé des millions d’individus à ouvrir eux-mêmes la Parole de vie, et à y trouver la paix avec Dieu. Une nouvelle transcription en français moderne de l’œuvre majeure du réformateur, L’Institution de la Religion chrétienne, permet d’en goûter de larges extraits. Nous remercions les éditeurs de nous autoriser à publier ces quelques pages (p. 46-49). Nous pouvons pleinement souscrire aux propos qu’elles contiennent, bien que, sur d’autres points, nous soyons réticents à adopter les développements calviniens (double prédestination, baptême des enfants, par exemple).

Extraits du Livre 1, chapitre 16

La providence opposée à la fortune, au destin, au hasard

1. Imaginer un Dieu qui aurait créé le monde en peu de temps et aurait terminé son ouvrage d’un coup serait une conception froide et étriquée. ... La foi doit aller plus loin et comprendre que le Dieu créateur gouverne aussi, et maintient perpétuellement son ouvrage, non seulement en maîtrisant jusque dans le détail le mouvement de l’univers, mais aussi en soutenant et nourrissant toutes ses créatures, en prenant constamment soin d’elles. ... Tout ce qui existe est animé par l’intervention secrète de Dieu.

2. La providence de Dieu, telle que 1’Écriture nous la montre, est à l’opposé du hasard et des événements fortuits. Mais comme les hommes ont été de tout temps, et sont aujourd’hui encore persuadés que les événements sont l’effet du hasard, ce qui devrait mettre en lumière la providence de Dieu se trouve non seulement voilé, mais presque enseveli. Si quelqu’un tombe entre les mains des brigands, ou sous la griffe des fauves, s’il est jeté à la mer par la tempête, s’il est écrasé par la chute d’une maison ou d’un arbre ; si un autre, par contre, étant perdu dans le désert trouve de quoi ne pas mourir de faim, ou si les vagues le jettent au port après qu’il a frôlé la mort, notre raison charnelle attribuera au hasard ces événements, bons ou mauvais. Mais tous ceux qui auront appris de la bouche du Christ que les cheveux de notre tête sont comptés, chercheront la cause plus loin ; ils auront la certitude que les événements, quels qu’ils soient, sont conduits par le dessein caché de Dieu.

8. Bien que nous n’aimions pas les querelles de mots, nous ne saurions admettre l’emploi du mot « destin », si cher aux anciens. Nous n’imaginons pas dans la nature, comme les Stoïciens, une fatalité résultant d’un enchaînement perpétuel de causes et d’effets. Pour nous, Dieu est maître et arbitre de toute chose. Il a dès le commencement déterminé dans sa sagesse ce qu’il devait faire et il exécute maintenant, aujourd’hui, par sa puissance tout ce qu’il a résolu. « Fortune », « destinée », « hasard » sont des mots païens. Ce qu’ils représentent ne doit point entrer en un cœur fidèle.

9. Toutefois, parce que notre esprit pesant à grand peine à s’élever jusqu’à la haute providence de Dieu, il convient de l’aider en faisant ici une distinction. Nous dirons donc que bien que toutes choses soient en réalité conduites par la volonté de Dieu, à nos yeux elles sont fortuites. Non pas que nous estimions que le hasard gouverne les hommes et met aveuglément tout sens dessus dessous (un cœur chrétien doit bannir une telle extravagance), mais parce que, du fait que l’ordre, la raison, le but et la nécessité des événements sont souvent cachés dans la volonté de Dieu, nous ne pouvons les discerner. C’est ainsi que le hasard paraît gouverner les faits que nous savons de la façon la plus certaine être régis par la volonté de Dieu.

Extraits du Livre 1, chapitre 17

Signification spirituelle de la providence

1. L’esprit humain étant enclin aux subtilités frivoles, ceux qui ne maîtrisent pas cette doctrine de la providence sont exposés à bien des pièges. Nous dirons donc brièvement en quel sens l’Ecriture nous enseigne que tous les événements obéissent à la volonté de Dieu.

Il faut noter en premier lieu que la providence de Dieu concerne à la fois le passé et l’avenir ; en second lieu qu’elle agit tantôt par moyens interposés, tantôt sans moyens, tantôt contre tous les moyens ; enfin qu’elle tend à montrer que Dieu se préoccupe des hommes et qu’il veille sur son Église avec une sollicitude particulière.

Mais restons modestes. Ne prétendons pas demander des comptes à Dieu, mais ayons un tel respect pour ses jugements secrets que sa volonté nous soit une raison légitime de tout ce qu’il fait. Au-delà du tumulte et de la confusion du monde, sachons voir la sereine et parfaite volonté de Dieu.

2. Celui qui veut avoir la vision claire, et profitable, de la providence de Dieu doit se souvenir que cette doctrine concerne son créateur, celui qui a édifié le monde, et se pénétrer de la plus profonde humilité.

3. Ceux qui se seront pliés à cette modestie ne feront pas reproche à Dieu de leurs malheurs passés et ne rejetteront pas sur lui la faute de leurs péchés. Ils ne s’abandonneront pas au désespoir et n’attenteront pas à leur vie. Ils n’attribueront pas leurs actions honteuses au fait que Dieu conduit souverainement toute chose. Mais ils sonderont l’Écriture pour y trouver ce qui est agréable à Dieu et ils s’efforceront de l’accomplir sous la conduite du Saint-Esprit.

4. Celui qui a fixé les bornes de notre vie nous a aussi commandé d’en prendre soin, et nous a donné les moyens de la conserver. Il nous a donné de prévoir les périls pour nous mettre à l’abri des surprises et nous a donné les remèdes pour y parer. Notre devoir est donc évident. Puisque le Seigneur nous a remis la garde de notre vie, ayons-en soin ; puisqu’il nous a donné les moyens de la préserver, sachons en user ; puisqu’il nous montre les dangers, n’allons pas follement nous y jeter ; puisqu’il nous offre des remèdes, ne les méprisons pas.

Dieu a doué les hommes des vertus de prudence et de réflexion pour qu’ils les mettent au service de sa providence en préservant leur vie. À l’inverse, la paresse et la négligence attirent sur eux les misères que Dieu leur destine.

5. Obéir à Dieu, c’est, lorsque nous connaissons sa volonté : nous hâter de la suivre. Dieu ne nous demande pas autre chose que de nous conformer à ses préceptes Si nous allons contre ce qu’il nous commande, ce n’est jamais obéissance, c’est toujours révolte et transgression. On viendra me dire que nous ne pouvons rien faire contre la volonté de Dieu. Sans doute. Mais la vraie question est celle-ci : ce que nous faisons, le faisons-nous pour lui plaire ?

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