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Sommaire du n° 116 avr - jun 2010

 



S’AFFRANCHIR DU DIEU SOUVERAIN : UNE OPTION COMME UNE AUTRE ?

J.M. Boice

.J.M. Boice.

James Montgomery Boice (1938-2000), théologien réformé et enseignant de la Bible, fut aussi pasteur de la Dixième Église presbytérienne de Philadelphie (É.-U.) de 1968 jusqu’à sa mort. Il fut également Président du Conseil international sur l’inerrance biblique, dont les travaux eurent pour fruits les Trois Déclarations de Chicago (1978, 1982, 1986), qui réaffirment les doctrines de l’inspiration et de l’infaillibilité de l’Écriture, tout en rappelant les conditions d’une saine interprétation et application de celle-ci. Bien que nous n’adoptions pas toutes les positions calvinistes de cet auteur, nous croyons utile de publier ici quelques extraits de son livre, Le Dieu Souverain, (éd. Emmaüs, CH-1806 Saint- Légier, 1981), tirés du chapitre : « La providence de Dieu », p. 214-217.

Dieu fixe les règles du jeu

… ce qui nous intéresse [ici] de la façon la plus directe n’est pas l’autorité que Dieu exerce sur la nature ou sur les anges. C’est l’action de sa providence auprès des hommes, en particulier lorsqu’ils lui désobéissent.

Lorsque nous lui obéissons, bien sûr, sa providence agit de la manière la plus simple. Dieu dit ce qu’il lui plaît que nous fassions, et la chose est faite, sans nulle hésitation. Mais que se passe-t-il lorsque nous désobéissons ? Et que se passe-t-il dans le cas du grand nombre des pécheurs endurcis qui, selon toute apparence, n’obéissent jamais à Dieu de plein gré ? Est-ce que Dieu dit : « Allons, je t’aime malgré ta désobéissance et je ne veux surtout pas te faire de peine en insistant ; mettons que je n’aie rien dit » ? Ce n’est pas du tout ainsi que Dieu agit. S’il le faisait, il ne serait pas souverain. Mais il est vrai aussi que Dieu ne dit pas toujours : « Tu vas le faire tout de suite, sans quoi j’abattrai ma main sur toi et il faudra bien que tu le fasses ! » Qu’est-ce qui arrive, en fait, quand nous décidons que nous ne voulons pas faire ce qu’il veut que nous fassions ?

L’essentiel de la réponse est que Dieu a établi des lois qui régissent la désobéissance et le péché, tout comme il a établi des lois qui régissent le monde physique. Quand les gens se mettent à pécher, ils s’imaginent d’habitude qu’ils vont le faire à leur guise. Mais, en fait, Dieu dit ceci : « Quand vous désobéirez, les choses se passeront selon mes lois et non selon les vôtres. »

Nous trouvons dans le premier chapitre de l’Épître aux Romains, tracé en termes généraux, le schéma de ce qui se passe. Après avoir montré comment l’homme naturel refuse de reconnaître en Dieu le Dieu véritable, ou d’adorer en lui le Créateur et de lui rendre grâces, Paul montre que cet homme se trouve ainsi engagé sur un chemin qui l’éloigne de Dieu, avec des conséquences funestes, au nombre desquelles est l’avilissement de son être : « Se vantant d’être sages, ils sont devenus fous ; ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en images représentant l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles. » (Rom. 1.22-23)

Ce qui suit est du plus haut intérêt. Trois fois au cours des quelques versets suivants, il est dit qu’à cause de leur révolte « Dieu les a abandonnés ». Mots terribles. Mais quand le texte dit que Dieu les a abandonnés, il ne dit pas qu’il les a abandonnés au néant, comme s’il s’était contenté de retirer sa main et de les laisser partir au fil du courant. Dans chaque cas, il est dit que Dieu les a abandonnés à quelque chose : dans le premier cas, à l’impureté, en sorte qu’ils déshonorent leur corps (v. 24) ; dans le second cas, « à des passions infâmes » (v. 26) ; et dans le troisième cas « à leurs sens réprouvés, pour commettre des choses indignes » (v. 28). En d’autres termes, Dieu laissera les impies suivre leur propre voie, mais il a décidé dans sa sagesse que, lorsqu’ils s’éloigneront, ce sera selon ses règles à lui et non selon les leurs.

Si la colère et le ressentiment ne sont pas dominés, ils causent des ulcères ou de l’hypertension. L’incontinence sexuelle désagrège les foyers et mène aux maladies vénériennes. L’orgueil se détruit lui-même. Ces lois spirituelles sont l’équivalent des lois de la science pour le monde physique.

Ce principe joue pour les incroyants, mais il se vérifie également pour les croyants. L’histoire de Jonas montre qu’un croyant peut désobéir à Dieu : dans le cas présent, avec une telle obstination qu’il faut une intervention directe de Dieu dans les événements pour l’obliger à rebrousser chemin. Il subit alors les conséquences des lois que Dieu a établies pour maîtriser la désobéissance. Jonas avait reçu la mission de porter à Ninive l’annonce du jugement de Dieu. Cette mission était analogue à la grande mission qui a été confiée à tous les chrétiens, car Dieu lui avait dit :

« Lève-toi, va à Ninive la grande ville et crie contre elle, car sa méchanceté est montée jusqu’à moi. » (Jon 1.2) Mais Jonas refusa d’obéir à l’ordre de Dieu, comme beaucoup de chrétiens le font aujourd’hui. Il prit donc la direction opposée et s’embarqua à Joppé, sur la côte de Palestine, pour aller à Tarsis, qui était probablement en Espagne. Cela ne lui réussit pas. Nous savons ce qui lui arriva. Il connut bien des misères, Dieu ayant pris des mesures extrêmes pour le contraindre à revenir. Après trois jours passés dans le ventre du grand poisson, Jonas se décida enfin à obéir et devint le messager de Dieu.

Le cours de l’histoire

Notre étude a fait ressortir plusieurs traits typiquement chrétiens de l’idée de providence. En premier lieu, la doctrine chrétienne est une doctrine de la personne et de la responsabilité morale, et non une doctrine abstraite et amorale. Ceci l’oppose à l’idée païenne de la fatalité. En second lieu, la providence intervient spécifiquement. Dans le cas de Jonas, elle a agi spécifiquement sur un individu, un bateau, un être marin, au service d’une révélation concernant une mission pour Ninive.

Il faut encore dire une autre chose sur la providence de Dieu : elle est orientée. Ceci veut dire qu’elle est dirigée vers un but. L’histoire est une réalité cohérente. Le cours des événements humains a un sens et un objet. Rien, ici, qui soit statique, ou dépourvu de sens. Dans le cas de Jonas, le cours de l’histoire l’a conduit, pour finir, à accomplir, bien qu’à contrecœur, la tâche missionnaire qui a abouti à la conversion du peuple de Ninive. Si on regarde les choses de plus haut, c’est l’histoire du monde qui se déroule en vue de la glorification de Dieu dans tous ses attributs, récapitulés en la personne de son Fils, notre Seigneur Jésus-Christ. Cette idée est bien exprimée dans la définition de la providence que l’on trouve dans la Confession de Foi de Westminster : « Dieu, créateur de toutes choses, soutient, dirige, dispose et gouverne toutes les créatures, toutes les actions, toutes les choses, de la plus grande à la plus petite, par sa très sage et très sainte providence, selon sa prescience infaillible et selon le conseil libre et immuable de sa volonté, à la louange de la gloire de sa sagesse, de sa puissance, de sa justice, de sa bonté et de sa miséricorde. » (V, 1)

Le cours de l’histoire, qui conduit à la glorification de Dieu, a également pour objet notre bien. Car « nous savons que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. » (Rom. 8.28) Quel est donc notre bien ? Il y a certainement beaucoup de bonnes choses dont nous pouvons jouir ici-bas, et ce verset les inclut toutes. Mais notre bien, au sens le plus plein, est d’entrer dans le destin pour lequel nous avons été créés : être façonnés à l’image de Jésus-Christ, et ainsi de « glorifier Dieu et nous réjouir en lui éternellement ». La providence de Dieu ne manquera pas de nous y conduire.

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