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Sommaire du n° 178 Octobre-décrmbre 2011

 



Promesses 178 – Dossier

HEBREUX 13

Daniel Argaud


Daniel Argaud

Daniel Argaud est historien de formation et a enseigné l’histoire au lycée. Il est actif dans son église locale et a été à l’origine de la série Sondez les Écritures, pour laquelle il a rédigé les commentaires de Luc, du Lévitique et d’Esther. Il est marié, père de trois garçons et plusieurs fois grand-père.

Dans la dernière partie de l’Épître (12.14-13.19), les croyants hébreux sont exhortés à poursuivre la paix et la sainteté. Ces deux mots résument toute la vie chrétienne. Après une mise en garde contre le danger de revenir à la condition religieuse ancienne, l’auteur insiste une fois encore sur les privilèges de l’ordre nouveau dans lequel la grâce les a introduits. Il rappelle le thème central de l’Épître : rendre « à Dieu un culte qui lui soit agréable, avec piété et avec crainte » (12.28).

L’auteur encourage d’abord ses lecteurs à persévérer dans une vie sainte (13. 1-6). Il évoque ensuite le sacrifice de Christ et en tire des enseignements pour la vie chrétienne et plus spécialement pour le culte (13.7-19). Enfin, il prononce une bénédiction et conclut par des salutations (13.20-25).

Persévérez dans l’amour, la fidélité et la foi ! (13.1-6)

Trois injonctions brèves introduites par « que » (13.1,4,5, TOB, Darby) présentent la nécessité de poursuivre la paix avec tous et la sanctification personnelle.

L’amour fraternel (13.1-3)

– L’amour fraternel accueille celui qui est dans le besoin. Cet acte d’hospitalité, habituel dans l’Antiquité, peut prendre une dimension qui échappe à l’hôte qui, sans le savoir, loge peut-être des anges (par ex., Genèse 18 et 19). Sans aller jusque-là, la présence de croyants a souvent été en bénédiction pour le foyer qui les recevait. Pour autant, l’hospitalité ne relève pas du principe de réciprocité, aujourd’hui en vogue, appelé le « donnant-donnant ». Elle est motivée par le désir d’honorer Dieu et de partager ce qu’il nous a donné avec le prochain.

– L’amour fraternel montre de la sympathie envers les prisonniers. Peu nourris, maltraités physiquement, ils ne pouvaient survivre sans secours matériel, affectif et spirituel. Les Hébreux sont encouragés à persévérer dans ce service (cf. 10.34).

D’une manière très générale, le Seigneur se préoccupe des besoins des humains et l’auteur de l’Épître rappelle que nous sommes appelés à « aimer Dieu et le prochain », l’un ne pouvant aller sans l’autre. Nous avons une responsabilité particulière envers toute personne en situation de fragilité : les veuves, les orphelins, les prisonniers, les étrangers, les exclus… Un langage que les destinataires de l’Épître, familiers de l’Ancien Testament, comprenaient facilement.

La fidélité dans le mariage (13.4)

Elle n’est pas une option. Dans le monde gréco-romain, la fidélité était considérée comme déraisonnable et injustifiée. Chez les Juifs, le statut de la femme restait fragile, souvent lié à sa capacité à assurer la descendance. L’auteur invite les conjoints à un attachement exclusif qui construit une barrière autour des époux, mais détruit toutes les barrières qui se dresseraient entre eux.

La confiance en Dieu (13.5-6)

Elle se traduit par le contentement. Les richesses sont passagères et Dieu ne peut abandonner les siens (citation du Ps 118.6).

Le sacrifice de Christ (13.7-19)

L’unité interne de ce paragraphe n’est pas évidente au premier abord tant les sujets évoqués semblent disparates : le souvenir des conducteurs, les doctrines étrangères, les rites alimentaires, la foi, la louange, la bienfaisance, l’obéissance. Pourtant, tout ce paragraphe s’ordonne autour d’un point central (voir schéma)1 : le sacrifice de Christ « hors de la porte » (13.12).

A 7 Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu ; considérez quelle a été la fin de leur vie, et imitez leur foi.
B 8 Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement. 9 Ne vous laissez pas entraîner par des doctrines diverses et étrangères ; car il est bon que le cœur soit affermi par la grâce, et non par des aliments qui n’ont servi à rien à ceux qui s’y sont attachés.
C 10 Nous avons un autel dont ceux qui font le service au tabernacle n’ont pas le droit de manger.
D 11 Les corps des animaux, dont le sang est porté dans le sanctuaire par le souverain sacrificateur pour le péché, sont brûlés hors du camp.
E 12 C’est pour cela que JESUS
D’ aussi, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte. 13 Sortons donc pour aller à lui, hors du camp, en portant son opprobre.
B’ 14 Car nous n’avons point ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir.
C’ 15 Par lui, offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom. 16 Et n’oubliez pas la bienfaisance et la libéralité, car c’est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir.
A’ Obéissez à vos conducteurs et ayez pour eux de la déférence, car ils veillent sur vos âmes dont ils devront rendre compte ; qu’il en soit ainsi, afin qu’ils le fassent avec joie, et non en gémissant, ce qui ne vous serait d’aucun avantage. 18 Priez pour nous ;  car nous croyons avoir une bonne conscience, voulant en toutes choses bien nous conduire. 19 C’est avec instance que je vous demande de le faire, afin que je vous sois rendu plus tôt.

L’auteur de l’Épître en tire les conséquences pratiques : participer à ce sacrifice exige du chrétien qu’il sorte du camp (13.13). Associé à Christ, il ne peut retourner à la foi juive traditionnelle. En même temps, il est encouragé à entrer dans une compréhension plus complète de l’œuvre de Christ et à rendre un culte agréable à Dieu.

Accorder de l’importance aux aliments (13.9), se préoccuper uniquement de pureté rituelle, n’est pas conciliable avec la foi des premiers conducteurs (13.7), avec l’œuvre de Christ (13.12-13), avec l’obéissance aux dirigeants actuels (13.17).

« La fausse conception, formaliste, se cristallise autour de la question des aliments ; elle menace la foi et sape l’union des chrétiens. La vraie conception, au contraire, est celle qui tend à mettre la vie même, dans toute sa profondeur personnelle et toute son extension sociale, sous la mouvance de la grâce. […] Il y a séparation entre les chrétiens et ceux qui rendent le culte du tabernacle (v. 10) ; la raison s’en trouve dans la nature du sacrifice de Jésus (v. 11-12), auquel les chrétiens ont à participer (v. 10 et 13) ; elle s’en trouve aussi dans l’aboutissement de ce sacrifice qui donne aux chrétiens une orientation future (v. 14). »2

Ayant présenté les différences fondamentales entre les deux systèmes, l’auteur résume pour les croyants hébreux la nature du vrai culte fait de louanges envers Dieu (13.15) et d’actes d’amour envers le prochain (13.16). Un culte offert « par lui » (13.15a), « sans cesse » (13.15a), sans oublier « la bienfaisance » (13.16) qui se matérialise, entre autres, le dimanche par la collecte.

Ce culte chrétien — une vie de foi sous la grâce — facilite les relations interpersonnelles. Le respect des conducteurs, la soumission heureuse à leurs décisions, permettent l’harmonie de la communauté (13.17). Enfin, l’auteur invite clairement les fidèles à prier pour lui (13.18-19).

Bénédiction finale et salutations (13.20-25)

Avant de terminer ses « paroles d’exhortation » (13.22), l’auteur résume son message en deux points :

– l’œuvre de Christ, fondement de la nouvelle alliance,

– l’œuvre de Dieu en nous « pour faire sa volonté ».

Il invoque le « Dieu de paix » (13.20), un titre qui convient bien à des chrétiens vivant dans un environnement hostile. Victimes de persécutions à l’extérieur, de risques d’apostasie à l’intérieur, les Hébreux sont ainsi encouragés à voir en Christ le « bon berger », le « Berger d’Israël » annoncé dans les Psaumes (Ps 80.1 ; 79.13).

La référence explicite à la résurrection de Christ reprend le thème essentiel de l’Épître : l’aboutissement céleste de l’œuvre de Christ. L’alliance, scellée par son sang, est « éternelle » (13.20), en écho au « salut éternel » (5.9), à la « rédemption éternelle » (9.12) et à « l’héritage éternel » (9.15).

Au verset 21, l’auteur forme le souhait que Dieu réalise sa volonté dans les croyants. Il conclut par une doxologie solennelle à la gloire du Seigneur Jésus.

Les versets 22 à 25 prennent la forme d’une courte adjonction, un peu à la manière d’un « post-it » qu’on joindrait aujourd’hui à une lettre.

* * *

Aimer ses frères, honorer son mariage, obéir à ses conducteurs, rendre culte à Dieu — si notre lecture de l’Épître aux Hébreux nous amène à vivre davantage ces vertus chrétiennes pratiques développées dans ce chapitre final, cette « parole d’exhortation » n’aura pas été vaine pour nous.

1 Ce schéma est repris de A. Vanhoye, La structure littéraire de l’Épître aux Hébreux, DDB, Paris 1963. Les mots en gras permettent de mettre en évidence les correspondances.
2 A. Vanhoye, op. cit., p. 215, 213.

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