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Sommaire du n° 186 Octobre-Décembre 2013

 




Dossier

LA MISSION DE L’ÉGLISE

Henri Blocher


Henri Blocher

Henri Blocher est ancien professeur de théologie systématique au Wheaton College aux États-Unis et à la faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine en France. Il est l’auteur de très nombreux articles et plusieurs ouvrages.

Au cours des dernières décennies, au sein de la chrétienté, certains ont beaucoup insisté sur la mission de l’Église, au point de dire : « l’Église, c’est la mission », ou « l’être-même de l’Église consiste en sa mission ». Cette thèse, bien que sympathique au premier abord comme elle met l’accent sur l’ordre missionnaire, est cependant fortement critiquée en raison de cette façon de confondre l’Église et la mission. L’Église a une mission, et c’est un point d’importance primordiale, mais on ne peut pas dire que l’Église est la mission.

Le piège est que, si « l’Église est la mission », nous mettons l’accent sur la tâche que nous avons à accomplir. Nous oublions alors que c’est l’œuvre de Dieu en notre faveur qui compte premièrement. L’Église est le fruit de ce que nous n’avons pas fait, mais que Dieu a accompli en Jésus-Christ.

Il faut donc considérer l’Église comme le résultat de l’œuvre de Dieu, c’est-à-dire son peuple racheté. Et dire ensuite que ce « résultat » de l’œuvre de Dieu, que nous sommes, reçoit de lui un mandat, un ordre ou une mission à accomplir. Cette mission de l’Église est d’ailleurs une grâce supplémentaire, car, ainsi, Dieu nous associe à son œuvre. La première mission a été celle de Dieu : Dieu le Fils, puis Dieu le Saint-Esprit a été envoyé, et c’est ainsi que nous sommes devenus le peuple de Dieu. La mission de l’Église est seconde, lorsque Dieu nous accorde d’œuvrer à notre tour avec l’aide de son Esprit pour réaliser ses plans.

Lorsque nous parlons de « mission », nous entendons toute la tâche qui nous est confiée, sans forcément impliquer un déplacement local ou lointain, qui conduirait à traverser les mers. Chacun est « envoyé » là où il vit : au bureau, dans l’école qu’il fréquente.

On peut distinguer deux volets principaux de la mission de l’Église dans le monde. Ils sont bien résumés par les deux images que le Seigneur utilise dans les paroles du Sermon sur la Montagne (Mat 5.13-16) : « Vous êtes le sel de la terre » ; « Vous êtes la lumière du monde. »

1. Vous êtes le sel de la terre

Comment comprendre cette image ? Pour nous, le sel évoque sans doute essentiellement le condiment ajouté aux aliments et qui donne soif. Mais ce n’est sans doute pas ce rôle du sel qui est en cause dans la parole de Jésus. Que le sel donne soif n’est indiqué nulle part dans la Bible, et le rôle d’assaisonnement n’est en cause qu’une ou deux fois seulement. Le sel avait pour rôle principal la conservation des aliments pour éviter leur pourrissement.

« Vous êtes le sel de la terre » veut dire : « Vous êtes mêlés à la pâte de ce monde humain pour en freiner le processus de corruption. Vous êtes là pour que le monde ne grouille pas trop vite de tous les vers démoniaques qui corrompent la masse humaine, pour qu’il subsiste encore un reste de vie à peu près saine pendant le temps où le plan de Dieu se déroule. C’est vous qui, sur la terre, devez empêcher la progression du mal, et devez promouvoir le bien. » 

Les chrétiens sont dans la cité terrestre, dans la société qui elle-même n’est pas chrétienne, en mission en faveur du bien, comme continuant la guerre de Dieu contre le mal. En Jérémie 29, le prophète parle au nom de Dieu aux exilés de son peuple qui sont en Babylonie et dit au verset 7 : « Recherchez la paix de la ville où je vous ai exilés et intercédez pour elle auprès du Seigneur, car votre paix dépendra de la sienne. » Ce mot paix (shalom) suggère aussi la prospérité, la bonne santé. La situation des chrétiens, dans le monde aujourd’hui, est assez semblable. En effet, ce verset ne s’adresse pas à Israël dans son pays, avec un état spécialement construit par le Seigneur. Il est donné aux Judéens, membres du peuple de Dieu, au cœur d’une société païenne. Or, nous sommes le peuple de Dieu dans une société païenne, et le Seigneur nous dit : « Recherchez la paix, la prospérité de cette société même. » C’est le rôle de « sel de la terre ».

Une dualité avec ses deux pôles affecte cette mission quant à la cité où nous nous trouvons. Car nous sommes en relation avec nos prochains de deux façons : les relations courtes et les relations longues.

Nous sommes engagés dans des relations interpersonnelles, de prochain à prochain (relations courtes). C’est par exemple, le Samaritain qui, voyant l’homme qui gît au bord de la route, s’arrête, le prend en charge, panse ses plaies et le conduit à l’auberge. L’amour du prochain s’exprime là de manière immédiate. Cette relation courte au prochain, pour laquelle nous sommes appelés à faire les œuvres qui glorifieront notre Seigneur et être ainsi sel de la terre, se prolonge dans les œuvres caritatives qui expriment la charité pour le prochain.

Mais notre relation avec ce prochain se réalise aussi dans la vie de la société entière, dans le cadre de toutes les structures qui déterminent notre façon de vivre : ce sont les relations longues, indirectes à bien des égards. Elle s’exprimera, par exemple, en favorisant une politique anti-chômage, en votant une loi en faveur des exclus.

2. Vous êtes la lumière du monde

Jésus l’a d’abord dit de lui-même : « Je suis la lumière du monde » (Jean 8.12). Recevoir cette affirmation première est, pour nous, à la fois « sainement humiliant » et soulageant. Car entendre : « Vous êtes la lumière du monde » pourrait nous enorgueillir ou à l’inverse nous écraser. Jésus est la lumière du monde et nous le sommes en lui, par lui et dans la mesure où nous le présentons.

Il s’agit là du rôle de l’évangélisation qui échoit aux chrétiens dans le monde : « Faites de toutes les nations des disciples ». C’est la mission de l’Église, des chrétiens, de communiquer la Bonne Nouvelle : Jésus a porté nos péchés qui peuvent être maintenant effacés si nous nous tournons vers lui ; il a triomphé du péché et de la mort, il est vivant aux siècles des siècles, il nous communique sa vie. Communiquer cette nouvelle avec un effort de persuasion, et l’espoir que ceux qui l’entendront mettront en Jésus leur confiance pour être sauvés pour l’éternité : voilà ce qui fait la mission de « lumière du monde ».

Cette mission de l’Église est remplie, sous divers aspects et de manière plus ou moins explicite, lors de réunions ou de simples conversations de un à un. Bien que le ministère spécial d’évangéliste (avec ses dons spéciaux) ne soit pas donné à tous (attention au « matraquage » !), elle est la mission de tous les chrétiens. Nous devons tous être « comme des flambeaux dans le monde au milieu d’une génération perverse, portant la Parole de vie » (Phil 2.15s). Comment le serons-nous, dans les ténèbres de tous les mensonges de publicité et autres propagandes ? C’est en portant la Parole de Vie. Nous sommes les témoins du Seigneur, nous qui l’avons rencontré. Nous avons reçu la Bonne Nouvelle, nous pouvons donc en faire état auprès de ceux que Dieu met sur notre route.

3. Les rapports entre « sel » et « lumière » 

Il y a une distinction irréductible entre la responsabilité comme « sel » dans la cité terrestre et celle d’évangéliser comme « lumière du monde ». Cette distinction ne doit pas être effacée, ni les deux missions confondues.

La mission d’être « sel » correspond à l’œuvre de création de Dieu et à son maintien. Dieu a construit le grand bâtiment du monde et le maintient. Il assure que ses lois continuent d’opérer en dépit des souillures et des dégâts causés par le péché des hommes. Il fait en sorte que ce monde subsiste encore. La fonction de « sel de la terre » qu’il nous attribue s’insère dans cette œuvre. Le monde est certainement soumis à l’influence du Malin, mais il reste malgré tout la création de Dieu. La fonction de sel se rapporte donc à l’œuvre de création et à son prolongement.

La fonction de « lumière du monde », quant à elle, se rapporte à la rédemption. Elle concerne l’œuvre du salut, la nouvelle création. C’est une œuvre nouvelle que Dieu accomplit par rapport à la première création et à son maintien, et le témoignage que nous donnons est rendu à cette nouveauté que Dieu opère.

Nous réduisons la mission au seul « sel de la terre » lorsque ce qui nous importe est uniquement l’expression de l’amour du prochain, par un zèle actif, direct ou indirect. C’est la tendance du christianisme social. Réciproquement, nous ne pouvons pas nous contenter de vouloir être uniquement « lumière du monde », en disant que seul compte le salut éternel, et sans nous sentir responsables d’une cité livrée à Satan. La Parole de Dieu est claire : « Recherchez la paix, la prospérité de cette cité païenne. »

L’amour du prochain nous conduit à remplir la mission sur ces deux plans. Si nous réduisons notre service du prochain au soin de ses besoins physiques et temporels, nous le frustrons de ce qui compte suprêmement. Nous lui refusons la chance de l’éternité : ce n’est pas de l’amour ! Mais il n’est pas question non plus de tout réduire à l’évangélisation : à l’exemple du bon Samaritain, si l’on aime véritablement son prochain, si l’on n’est pas simplement en train de se déculpabiliser soi-même en se disant : « Il faut que je témoigne », on va aussi prendre soin de lui dans ses besoins immédiats, selon sa souffrance. On s’intéressera alors aussi aux questions indirectes.

Nous avons ainsi le modèle de la double citoyenneté. En tant que chrétiens nous sommes d’abord citoyens de la Jérusalem céleste, et comme une « colonie » de la Jérusalem céleste sur la terre (Gal 4). Mais nous restons aussi citoyens de la cité terrestre. L’apôtre Paul a bien montré que le fait d’être citoyen du ciel n’avait pas aboli sa citoyenneté romaine, avec ses droits et ses devoirs.

Les deux volets de la mission sont donc liés l’un à l’autre. Il ne faut pas séparer le rôle de « sel » du rôle de « lumière ». Lorsque nous jouons notre rôle de sel de la terre, nous accréditons le message du témoignage à Jésus-Christ. Nous contenter de parler, ne pas prendre nos responsabilités, ou afficher une indifférence totale à la vie de ceux qui nous entourent, c’est décrédibiliser le message que nous portons et donner une image de fanatique aux idées bizarres. C’est lorsque les œuvres des chrétiens attirent l’attention par leur qualité que ceux qui nous entourent peuvent s’intéresser au témoignage qui est rendu. Les deux volets sont inéluctablement liés.

Réciproquement, cette activité dans la cité terrestre qui nous est confiée n’a de sens que par rapport au projet rédempteur de Dieu. Dieu maintient encore le vieux monde parce qu’il est le théâtre et l’objet du travail de reconstruction salutaire qu’il accomplit. Notre action de sel de la terre serait complètement dilapidée si ce n’était pas dans la perspective de la rédemption, et du salut par Jésus-Christ du plus grand nombre possible.

Y a-t-il une prééminence entre ces deux volets ? Le sujet a été assez vivement débattu. Il a même abouti à des querelles. Le débat a particulièrement animé les évangéliques qui avaient mis l’accent sur la responsabilité du chrétien dans la cité, tout en maintenant la mission de témoignage et d’évangélisation. Nous pouvons considérer que la prééminence demeure à la mission d’évangéliser. L’éternité l’emporte sur le temps. C’est le sens de la mission même de Jésus-Christ sur la terre. La mission de l’Église dans le monde est de porter la parole de la vie éternelle, et qu’un grand nombre la reçoive. Il ne faut pas que cela conduise à éliminer les autres responsabilités, mais il y a quand même une hiérarchie.

4. De quelle manière accomplir cette double mission ?

Pour notre action en faveur du prochain et dans la cité terrestre, quel modèle suivre, quelles orientations choisir, qu’essayer d’obtenir ?

Dans les relations directes personnelles : ce sont l’honnêteté, la véracité, la compassion, l’assistance. C’est facile à comprendre, mais bien plus difficile à mettre en pratique, car cela contrarie notre égoïsme spontané !

Dans les relations indirectes, c’est plus difficile, car elles mettent en jeu les structures d’un monde perverti par le péché. Il s’agira donc, souvent, de moindre mal.

La bonne volonté et les bons sentiments ne suffisent pas. Nous ne pouvons nous contenter des apparences. Le Seigneur veut nous faire grandir en sagesse et en discernement. Nous devons donc les exercer : il faudrait, par exemple, des équipes de chrétiens évangéliques avec des compétences professionnelles, scientifiques sérieuses, qui dans une optique conforme à la Bible, traitent des questions délicates et difficiles comme la fiscalité, le chômage, etc.

Il y a un modèle très intéressant pour nous guider, mais qu’il faut malheureusement transposer : c’est le modèle de l’A.T. Lorsqu’il a donné sa loi à Moïse, notre Seigneur a donné une législation, des structures, des institutions à un peuple pécheur. L’A.T. le souligne très fortement : c’est un peuple « au cou raide », rétif, dont le cœur se détournait sans cesse vers le mal. Dieu lui a donné une constitution et une législation qui certainement étaient les meilleures dans sa situation de peuple pécheur et non de peuple idéal. Cela implique des compromis : Dieu a baissé la barre. Jésus l’a clairement affirmé à propos de la question du mariage et du divorce : l’idéal de Dieu, sa volonté pour l’homme, est la monogamie jusqu’à la mort. Au commencement, Dieu a défini le mariage par la formule : « Ils seront une seule chair », une seule entité qui ne doit pas être disjointe. Mais dans la loi de Moïse, à cause de la dureté du cœur des hommes dont Dieu tient compte lorsqu’il fait une loi, Dieu a permis le divorce. Le mal pouvait être pire à refuser tout divorce (ce qui serait idéal), à cause de la dureté du cœur. Cet exemple nous montre comment comprendre la législation de l’A.T. : elle n’est pas l’idéal de Dieu, mais un modèle pour une nation faite de pécheurs. Nous pouvons en tirer des leçons pour ce qui est souhaitable au plan de la législation, de la constitution, des institutions pour notre société pécheresse. La transposition est aussi nécessaire dans cet exemple, car cette nation terrestre avait été choisie comme le peuple de Dieu. Il y avait un régime spécial pour préparer la venue de Jésus-Christ, qui a ensuite été aboli. Actuellement, ce n’est plus une nation particulière qui est le peuple de Dieu, mais le peuple de Dieu est dispersé à travers toutes les nations.

5) Distinction entre les rôles individuels et le rôle de l’Église

Selon que les chrétiens soient dispersés dans les lieux de vie les plus divers, dans leurs professions, dans les institutions d’enseignement, ils ont une mission de sel de la terre. Il s’agit toujours de la mission de l’Église, mais l’Église comme disséminée dans le monde. Les chrétiens ont chacun leur mission propre, et il y a des vocations particulières. Certains sont appelés plus spécialement à un rôle très actif dans la cité.

Cependant, il ne faudrait pas séparer radicalement la mission des chrétiens dans le monde. Elle doit être portée et instruite par l’Église qui a la responsabilité de développer dans la communauté les perspectives bibliques qui aideront ensuite chaque chrétien, là où il doit vivre, là où il est envoyé, à discerner le rôle que le Seigneur lui confie et l’action qu’il peut entreprendre.

Il peut même arriver que dans des cas extrêmes, vraiment très rares, l’Église elle-même comme corps rassemblé doive prendre position : il y a des iniquités extrêmes pour lesquelles il est juste et bon que les Églises protestent (pour certaines formes de racisme évident, face au problème de l’avortement, etc.)

6. Les signes et prodiges

La question de l’accompagnement éventuel par les « signes et prodiges » mérite l’examen, à propos de la mission de « lumière du monde ». Certains chrétiens évangéliques estiment indispensable pour l’évangélisation qu’elle soit accompagnée de miracles, comme l’était la prédication des apôtres dans le livre des Actes ou le ministère de notre Seigneur Jésus lui-même, qui guérissait un très grand nombre de malades tout en prêchant la parole.

D’autres chrétiens évangéliques sont « cessationnistes » : les miracles ont cessé, car réservés au temps des apôtres pour prouver qu’ils étaient mandatés par le Seigneur. Cette thèse n’est pas convaincante. Le Seigneur a d’ailleurs accordé à notre Église, au fil de son histoire, un certain nombre de guérisons miraculeuses !

Cependant, l’Écriture suggère une liberté du Seigneur et une adaptation aux circonstances du nombre des signes et prodiges qu’il donne. Il est donc faux de dire que l’évangélisation doit être accompagnée de signes et de prodiges, et que ce serait une exigence biblique. C’est généralement dans les temps de « fondation » que Dieu permet qu’il s’en produise un grand nombre (on le voit dans l’A.T., mais aussi à certaines époques de l’histoire de l’Église : très souvent, au moment où l’Évangile s’implante dans une région nouvelle, Dieu accorde un grand nombre de signes et de miracles). Dans les moments de fondation, les signes et prodiges « accréditent » et « montrent » la Parole de Dieu ; ensuite, c’est à l’Église d’être le signe, en accréditant à son tour le message qu’elle apporte par la qualité de sa vie et de son activité.

Il ne faut donc pas se laisser fasciner par les signes et miracles. Jésus lui-même en a souffert : il a accompli des signes et des miracles pour montrer qu’il accomplissait les prophéties, mais en même temps, il frémissait en lui-même, affligé de ce que les gens voulaient des miracles. L’apôtre Paul, dans la 1re Épître aux Corinthiens, souligne que c’est le penchant des Juifs de chercher des miracles, et il oppose à ce penchant la puissance de la Parole.

7) La pluralité religieuse

De quelle manière affronter et rencontrer ce qui est devenu la situation courante autour de nous : la pluralité religieuse ? L’islam, le bouddhisme sont très présents en France. Beaucoup de nos contemporains réclament la tolérance, affirment que plusieurs chemins mènent à Dieu et que tous doivent être accueillis, que chacun voit Dieu comme il le pense : « Il n’y a pas de vérité absolue qui soit d’un côté ou de l’autre puisque toutes les religions sont bonnes et conduisent au Seigneur. » Que faire face à cette situation que nous rencontrons aujourd’hui ?

Ne pas lâcher ce qui est clair dans le N.T. : Jésus est le chemin. Il n’y a aucun autre nom par lequel les humains puissent être sauvés. « Nul ne vient au Père que par lui. » Nous sommes sensibles à la pression de l’opinion autour de nous, alors tenons bon et résistons en nous attachant à celui qui est la vérité !

Sachons que des nuances doivent être maintenues, et ne simplifions pas à l’excès. Rappelons-nous qu’il n’est pas nécessaire d’en savoir beaucoup sur Jésus pour pouvoir être sauvé par lui ; que les croyants de l’A.T. ont été sauvés par avance, par le moyen de Jésus-Christ, sans connaître beaucoup de lui. Dieu a sa manière de faire passer sa lumière par ses œuvres, par les expressions de sa grâce dans l’histoire humaine, mais aussi par des visions et révélations particulières qu’il peut donner. Ainsi, nous ne pouvons pas affirmer que les populations reculées qui n’ont pas été atteintes par des missionnaires sont perdues pour l’éternité, car Dieu a pu user de lumières pour les sauver par Jésus-Christ, sans qu’elles en sachent beaucoup.

Il nous faut prendre les gens là où ils sont pour cheminer avec eux : cela fait partie de la dimension d’amour du prochain qui doit demeurer première dans l’évangélisation. Il ne s’agit pas de leur asséner la vérité alors qu’ils ne sont pas encore prêts à l’entendre toute, ni de leur dire d’emblée qu’ils errent complètement et sont perdus. Mieux vaut mettre en lumière ce qui est unique dans le christianisme et que l’on ne trouve nulle part ailleurs : un salut qui est accompli, avant que nous fassions quoi que ce soit, qu’il faut simplement recevoir par le oui de la foi, dans la confiance.

8. Si le sel perd sa saveur…

Que signifie l’éventualité que le sel perde sa saveur et devienne fade ? C’est une manière de souligner la différence chrétienne. Il s’agit pour nous d’être mêlés à la pâte humaine, mais différents. Nous n’avons pas à nous retirer ou à nous retrancher dans notre « ghetto évangélique », ni dans un monastère quelconque. Il ne s’agit pas, avec de bons sentiments, de faire comme ceux qui paraissent (ou sont !) généreux. Il nous faut réfléchir en fonction de la pensée biblique pour agir avec efficacité. La tendance du christianisme-social a souvent correspondu à une perte de saveur du sel, mais la séparation qui ôte les chrétiens du monde (contrairement à la prière de Jésus en Jean 17) est aussi une démission, dé-mission.

Sachons, entre les pièges de gauche et de droite, que l’accomplissement de l’ensemble de la mission de l’Église dépend, non de nos efforts, qui sont à déployer, mais de la grâce de Dieu qui nous est promise et qui œuvrera avec nous.


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