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Sommaire du n° 192 Avril-Juin 2015

 




Témoignage

L’illusion de la sécurité

Philippe Garzaro


Murry,Luke

Élevé au sein d’une famille chrétienne, diplôme d’études supérieures en poche, j’épouse une charmante jeune fille, trouve très rapidement un travail intéressant et découvre le confort d’un salaire mensuel régulier et des week-ends de repos, ce que mes parents – professions libérales tous les deux – n’ont jamais connu.

Dix-huit ans d’une carrière ascendante et une situation matérielle confortable. Quatre beaux enfants, une vie d’église agréable et simple, en somme une vie humainement considérée réussie et un avenir tout assuré... En 18 mois, tout bascule : investissement dans une entreprise contrainte de déposer le bilan, puis chômage avec son lot de perte de repères et d’abandons contraints en tout genre.

Les premières semaines me permettent de prendre le temps de faire les multiples petites choses que je n’ai jamais eu le temps de faire : accompagner les enfants à l’école, participer aux sorties scolaires, exécuter les travaux toujours remis à plus tard, participer aux tâches ménagères, etc., confiant que mes compétences reconnues et mon réseau relationnel me permettraient de retrouver rapidement un travail tout à fait convenable et même probablement meilleur puisque la Parole de Dieu nous assure que « toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom 8.28).

Les mois passant, les interrogations, les inquiétudes pour le lendemain, les difficultés de positionnement se font de plus en plus nombreuses : que suis-je capable de faire ? Serai-je encore capable de subvenir aux besoins de ma famille et de lui assurer un cadre de sécurité matérielle alors même que mon épouse prévoyante a mis un terme à son congé parental et repris une activité professionnelle ? Comment me situer socialement, comment me présenter ? Comment me comporter devant la gêne des proches qui n’osent plus me questionner sur mon activité professionnelle ? Puis-je accepter l’aide proposée par les uns ou les autres ?

Après 6 à 8 mois de non-réponses ou de refus répétés s’enclenchent des réactions d’incompréhension, de colère ou/et de révolte contre la société incapable de reconnaître mes compétences et de les intégrer, contre l’indifférence de ceux qui ont un travail et n’en apprécient pas le privilège – ce qui a été mon cas, mais aussi contre Dieu qui semble être fermé aux prières sans raison apparente... avant que je puisse admettre que les leçons à apprendre passent par ce chemin.

Première leçon : ce que je suis

Pendant des années à la question « Que faites-vous dans la vie ? » je répondais par un « Je suis comptable, directeur... », confondant mon activité professionnelle et ma personnalité. Ayant perdu mon statut social, il a fallu :

- redécouvrir ce que je suis vraiment : un enfant de Dieu, un époux, un père de famille, indépendamment de mon activité professionnelle,

- me laisser convaincre que Dieu m’aime pour ce que je suis et non pour ce que je fais et que cet amour inconditionnel est aussi versé par Dieu dans le cœur de mon épouse (ce qui n’est malheureusement pas le cas dans tous les couples),

- admettre que Dieu peut m’utiliser autrement que par les compétences que je suis persuadé d’avoir acquises.

Deuxième leçon : les choses vraiment importantes

Dès lors que j’ai accepté que la sécurité matérielle et la reconnaissance sociale ne sont pas essentielles car elles ne concernent pas la vie éternelle, j’ai pu abandonner dans les mains de Dieu tout ce que notre Père céleste sait nous être utile.

La pleine confiance en la bonté de notre Père est une chose importante. Or, pour vivre cette confiance sur le long terme, il m’a fallu accepter de ne pas rechercher un certain niveau de vie.

Un autre point crucial est de rechercher premièrement le royaume de Dieu (Mat 6.33), ce qui implique de rechercher non pas un travail rémunérateur, mais ce que Dieu a préparé pour moi. Cela peut aboutir au même résultat, mais comme souvent, ce qui importe pour Dieu, c’est la disposition de cœur.

Pour ma part, cette priorité m’a fait passer par des activités bénévoles dont je ne comprenais pas bien l’issue et considérais même qu’elles entravaient mes recherches d’emploi, mais qui se sont révélées être une formidable préparation pour ce qui m’attendait.

Après deux ans, j’étais – et suis encore – en situation de pouvoir aider des personnes écrasées par le fléau du chômage, à la fois grâce aux leçons apprises dans ma vie et par l’activité que Dieu m’a confiée au sein d’une entreprise d’insertion professionnelle.



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