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Sommaire du n° 193 Juillet-Septembre 2015

 



Dossier

LE ROYAUME DE DIEU AU QUOTIDIEN

John Piper


Piper,John

John Piper est un prédicateur américain, auteur de nombreux livres. Docteur en théologie, il est à l’origine du ministère Desiring God. L’autorisation de publication de cet article a été aimablement donnée par John Piper. © 2015 Desiring God Foundation (www.desiringGod.org).

« Que votre privilège ne soit pas un sujet de calomnie. Car le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit. Celui qui sert Christ de cette manière est agréable à Dieu et approuvé des hommes. Ainsi donc, recherchons ce qui contribue à la paix et à l’édification mutuelle. »

Romains 14.16-19

Le but principal de Romains 14 est d’appeler les forts à aimer les faibles… et aussi l’inverse ! Le v. 3 illustre ces devoirs réciproques : « Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne juge point celui qui mange, car Dieu l’a accueilli. » Ainsi, à la fois ceux à qui leur conscience permet de manger et ceux à qui elle ne le permet pas doivent apprendre à s’aimer l’un l’autre, et à ne pas se juger ou se mépriser l’un l’autre.

Des exhortations aux forts

Toutefois ce chapitre est surtout adressé aux forts qui sont en danger d’afficher leur liberté, faisant ainsi trébucher les faibles. Les exhortations aux forts ponctuent tout le chapitre :

– « Pensez plutôt à ne rien faire qui soit pour votre frère une pierre d’achoppement ou une occasion de chute. » (v. 13)

– « Ne cause pas, par ton aliment, la perte de celui pour lequel Christ est mort. » (v. 15)

– « Pour un aliment, ne détruis pas l’œuvre de Dieu. » (v. 20)

– « Il est bien de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, et de s’abstenir de ce qui peut être pour ton frère une occasion de chute, de scandale ou de faiblesse. » (v. 21)

– « Cette foi que tu as, garde-la pour toi devant Dieu. » (v. 22)

Les raisons pour lesquelles il faut obéir à ces exhortations

Outre ces exhortations à aimer et à ne pas détruire, adressées principalement aux forts, Paul donne tout au long de ce chapitre des raisons pour les mettre en pratique :

– Christ est mort pour être le Seigneur à la fois des morts et des vivants, d’autant plus des forts et des faibles (v. 9) !

– Nous ne devons pas juger notre frère, car Dieu l’a accueilli (v. 3b).

– Nous ne devons pas juger, car nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Dieu (v. 10).

– Nous ne devons ni juger notre frère, ni mépriser notre frère, parce que l’on peut glorifier Dieu en mangeant tout comme en s’abstenant (v. 6b) : « Celui qui mange, c’est pour le Seigneur qu’il mange, car il rend grâces à Dieu; celui qui ne mange pas, c’est pour le Seigneur qu’il ne mange pas, et il rend grâces à Dieu. »

Dans les v. 16 à 19 que nous étudions, Paul donne une raison supplémentaire pour laquelle le fort ne devrait pas afficher sa liberté, mettant ainsi des pierres d’achoppement sur le chemin des faibles :

– sous un angle négatif : « Que votre privilège ne soit pas un sujet de calomnie. » (v. 16)  – sous un angle positif : « Recherchons ce qui contribue à la paix et à l’édification mutuelle. » (v. 19)

Entre ces deux exhortations, Paul donne au verset 17 une raison qu’il n’a pas encore citée dans ce chapitre, mais qui s’enracine profondément dans son développement des chapitres 1 à 8 de l’Épître aux Romains : la manifestation de l’Esprit dans la vie chrétienne. Paul affirme que le royaume de Dieu n’est pas manger et boire, mais justice, paix et joie dans l’Esprit Saint. Puis au verset 18, il confirme que servir Christ ainsi est effectivement une manifestation du royaume de Dieu parce que cela plaît à Dieu et remporte l’adhésion des hommes.

Quand le bien peut devenir mal (v. 16)

Paul vient de dire : « Si, pour un aliment, ton frère est attristé, tu ne marches plus selon l’amour : ne cause pas, par ton aliment, la perte de celui pour lequel Christ est mort. » (v. 15) Puis il ajoute : « Que votre privilège ne soit pas un sujet de calomnie. » (v. 16) En d’autres termes, si vous prenez votre bonne foi, votre bonne liberté et votre bonne et saine nourriture, et que vous les utilisiez d’une manière telle qu’un frère en soit peiné, et peut-être même détruit, alors votre « bonne » foi, votre « bonne » liberté et votre « bonne » et saine nourriture ne seront pas louées. On en dira du mal. En fait, elles seront devenues mauvaises : vous ne marchez plus selon l’amour (v. 15). Et le manque d’amour doit être traité comme un mal.

Paul nous donne au verset 17 une raison supplémentaire pour laquelle cette conduite ne rime à rien. Comment pourriez-vous penser que votre liberté de manger et de boire est tellement importante, au point de blesser votre frère ? Ne savez-vous pas que le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie par le Saint-Esprit ?

N’accordez pas autant d’importance à la nourriture et à la boisson. Ce n’est pas primordial. Pourquoi ? Parce que le règne de Dieu en salut, en rédemption, en sanctification — son « royaume » — est apparu dans ce monde en Jésus-Christ, le Messie-Roi et la preuve de ce règne dans vos vies n’est pas manger et boire. Vous pouvez penser qu’avoir la liberté de manger de tout est un effet du royaume de Dieu. Mais cela n’est pas tout à fait vrai. Ce que produit le royaume est plus profond, plus grand et gouverne la manière dont vous utilisez votre liberté pour manger de tout.

Justice, paix et joie par le Saint-Esprit (v. 17)

Que veut dire l’apôtre lorsqu’il écrit que le royaume de Dieu est « la justice, la paix et la joie par le Saint-Esprit » ? La pensée de Paul n’est pas évidente, car il utilise au moins deux de ces termes dans plus d’un sens.

La « justice » peut signifier celle que Dieu nous impute lorsqu’il nous déclare justifiés par la foi, alors même que nous sommes des pécheurs coupables (Rom 4.5). Elle peut également désigner la justice qui, sur ce fondement, commence à œuvrer en nous (Romains 6.13,16,18-20).

La « paix » peut s’appliquer à celle que nous avons avec Dieu (Rom 5.1) ou celle que nous avons les uns avec les autres (2 Cor 13.11).

Je suis enclin à penser que Paul avait à l’esprit la seconde forme de justice et de paix, c’est-à-dire celles que Dieu opère en nous et dans nos relations les uns envers les autres. Mais peut-être désire-t-il que nous pensions aux deux et que nous nous souvenions qu’en pratique, notre justice et notre paix les uns envers les autres sont fondées sur la justice parfaite que Dieu nous impute sur la base de la foi seule, et sur la paix dont nous jouissons avec lui.

Cette succession justice — paix — joie rappelle remarquablement le fil conducteur de Romains 5.1-2 : « Ainsi, nous avons été rendus justes devant Dieu à cause de notre foi et nous sommes maintenant en paix avec lui par notre Seigneur Jésus-Christ. Par Jésus nous avons pu, par la foi, avoir accès à la grâce de Dieu en laquelle nous demeurons fermement. Et ce qui nous réjouit, c’est l’espoir d’avoir part à la gloire de Dieu. » (BFC) Paul veut probablement que nous ayons ce texte à l’esprit, comme base de son exhortation en 14.17.

Ce qui me fait penser que Paul fait probablement allusion à notre justice et à notre paix expérimentées et mises en pratique avec nos prochains, est l’expression : « par le Saint-Esprit ». L’Esprit saint opère maintenant en nous, afin de nous rendre plus justes, plus paisibles et plus joyeux. Il s’agit du fruit actuel de l’Esprit, pas d’un acte déclaratif remontant au début de notre vie chrétienne.

Voilà, écrit Paul, ce qu’est le royaume de Dieu. En d’autres termes, le travail du Saint-Esprit et l’avancement du royaume de Dieu sont la même chose. Jésus fait le même rapprochement entre l’Esprit et le royaume : « Si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu vers vous. » (Mat 12.28) Le travail de l’Esprit témoigne de la présence du royaume de Dieu, ou, en d’autres termes, le règne de Dieu s’exerce au moyen de son Esprit.

Alors, lorsque l’Esprit dirige et vainc notre égoïsme et notre orgueil pour le remplacer par un comportement juste, paisible et joyeux — semblable à celui de Christ — il crée son royaume et produit la justice, la paix et la joie. Et lorsque nous les manifestons, nous n’affligeons ni ne détruisons un frère plus faible pour de simples questions matérielles.

Servir ainsi Jésus-Christ plaît à Dieu (v. 18)

Au verset 18, Paul explique que ce qu’il vient d’exposer est ce qui plaît à Dieu et remporte la pleine adhésion des autres.

Il existe une manière de servir Dieu qui ne l’honore pas. Par exemple, ne pensons pas que Dieu ait besoin de nous ou qu’il dépende de nous : « Il n’est point servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, la respiration, et toutes choses », déclare Paul (Act 17.25). C’est nous qui dépendons totalement de lui, pour la vie, le salut et tout le reste ! Nous plaisons à Dieu lorsque nous montrons dans notre service pour lui qu’il est, lui, le donateur.

Celui qui dépend de l’Esprit saint pour le guider, sert avec la conviction profonde et heureuse que Dieu nous sert lorsque nous le servons (cf. Marc 10.45). Il est toujours celui qui donne, toujours !

Pierre exhorte chacun de nous à servir comme par la force que Dieu fournit, afin qu'en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus Christ (1 Pi 4.11). Nous servons parce qu’il nous donne la force pour le faire et pour qu’il en reçoive toute la gloire. Voulons-nous que notre ministère soit l’expression de son royaume, ou de notre propre puissance ? Dieu opère en nous ce qui lui est agréable, et son travail en nous fait partie de ce qui lui plaît (Héb 13.20-21). Lorsque notre ministère est un fruit de l’Esprit saint, il plaît à Dieu, et entraîne l’approbation des autres.

Alors, ainsi que nous y invite le verset 19, « recherchons ce qui contribue à la paix et à l’édification mutuelle. » Ce verset est une exhortation positive qui résume l’ensemble du passage. N’affichons pas notre liberté. Aimons nos frères et nos sœurs. Et ne le faisons pas avec nos forces, mais par le Saint-Esprit. C’est ainsi que nous vivrons au quotidien le royaume de Dieu, son règne au milieu de nous.


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