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Sommaire du n° 195 Janvier à Mars 2016

 




Recension de livre

Erreurs d’exégèse

Donald Carson


Don Carson Donald Carson, professeur de Nouveau Testament à la Trinity Evangelical Divinity School et auteur prolifique, est un des théologiens évangéliques les plus reconnus. Parmi les dernières traductions de ses ouvrages en français, notons un commentaire de l’Évangile selon Jean et Le Dieu qui est là (dont deux chapitres traitent de l'Apocalypse).
Erreurs d’exégèse se présente comme un guide pratique et concis qui nous fait réfléchir sur notre manière d’approcher le texte biblique. Don Carson met à jour plusieurs travers courants d’interprétation et les explique avec sagesse et clarté. L’auteur enseigne une véritable méthode d’étude biblique qui se base sur une analyse à la fois grammaticale, lexicale, culturelle, théologique et historique. Erreurs d’exégèse repère ainsi les erreurs courantes dans lesquelles ceux qui étudient la Bible peuvent tomber. Au final, ce livre permettra à toute personne désireuse d’interpréter droitement la Parole de vérité de mieux comprendre comment bien le faire. Le texte qui suit est extrait de cet ouvrage paru aux éditions Impact. Ce livre est disponible dans votre librairie chrétienne, ou vous pouvez le commander sur le site web de La Maison de la Bible (http://maisonbible.ch/) ou d'Excelsis (http://www.xl6.com/).

Anachronisme sémantique

Cette erreur se présente quand l'usage récent d'un mot est employé dans la lecture d'un texte plus ancien. Au niveau le plus simple, cela se passe dans une même langue, comme quand les premiers pères grecs de l'Église utilisent un mot d'une manière que l'on ne peut démontrer avoir été prévue par les auteurs du Nouveau Testament. Il n'est pas évident, par exemple, que leur utilisation de  έπίσκοπος (episkopos, évêque) pour désigner un conducteur d'église qui a la surveillance de plusieurs églises locales ait une quelconque justification dans le Nouveau Testament.

Mais le problème a une deuxième facette quand nous y ajoutons un changement de langue. Notre mot dynamite est étymologiquement tiré de de  δύναμι (dynamis, pouvoir/puissance, ou même miracle). Je ne sais pas combien de fois j'ai entendu des prédicateurs proposer une interprétation de Romains 1.16 qui ressemblait plus ou moins à cela : « je n'ai pas honte de l'évangile, car il est la dynamite de Dieu pour sauver quiconque croit » — souvent avec un hochement de tête, comme si quelque chose de profond ou même d'ésotérique avait été prononcé. Ce n'est pas uniquement la vieille erreur de racine que l'on rencontre à nouveau. C'est pire : c'est un appel à une sorte d'étymologie inverse, l'erreur de racine aggravée par l'anachronisme. Paul a-t-il pensé à la dynamite quand il a écrit ce mot ? Et, quoi qu'il en soit, la mention même de la dynamite comme une sorte d'analogie est singulièrement mal venue. La dynamite fait sauter, démolit, arrache la roche, creuse des trous, détruit. La puissance de Dieu, dont parle Paul, est souvent identifiée avec la puissance qui a ressuscité Jésus de la mort (par exemple en Éphésiens 1.18-20) ; et quand elle agit en nous, son but est εις σωτηρίαν (eis soterian, « pour le salut », Romains 1.16, NEG), visant à l'intégrité et à la perfection implicite dans la consommation de notre salut. Donc, même en dehors de l'anachronisme sémantique, la dynamite apparaît inadéquate comme moyen de ressusciter Jésus d'entre les morts ou comme moyen de nous rendre conforme à la ressemblance de Christ. Bien sûr, ce que les prédicateurs essayent de faire quand ils parlent de la dynamite est de donner une certaine indication sur la taille de la puissance en question. Cependant, la mesure de Paul n'est pas la dynamite, mais le tombeau vide.

Exactement de la même manière, c'est de l'anachronisme sémantique pur de remarquer que, dans le texte « Dieu aime celui qui donne joyeusement » (2 Corinthiens 9.7), le mot grec pour « joyeux » est  ίλαρόν (hilaron) et de conclure qu'en réalité Dieu aime celui qui donne en étant hilare. Peut-être devrions-nous faire passer des rires en play-back pendant que circule la corbeille des offrandes.

Un troisième niveau du même problème a été malheureusement donné en exemple dans trois articles sur le sang, dans Christianity Today1. Les auteurs ont fait un excellent travail en expliquant les merveilles découvertes par la science, que le sang peut faire — en particulier son rôle purifiant quand il nettoie les impuretés cellulaires et transporte la nourriture à chaque partie du corps. Quelle merveilleuse image (nous dit-on) de la manière dont le sang de Jésus Christ nous purifie de tout péché (1 Jean 1.7). En fait, cela ne se passe pas du tout de cette manière. Pire, cela conduit de façon irresponsable à une erreur mystique et théologique. L'expression « le sang de Jésus » se réfère à la mort violente, sacrificielle de Jésus2. En général, les bénédictions que l'Écriture déclare comme étant accomplies ou réalisées par le sang de Jésus sont aussi déclarées comme étant accomplies ou réalisées par la mort de Jésus (par exemple la justification, Romains 3.21-26 ; 5.6-9 ; la rédemption, Romains 3.24 ; Éphésiens 1.7 ; Apocalypse 5.9). Si Jean nous dit que le sang du Seigneur Jésus Christ nous purifie de tout péché, il nous indique que notre espoir d’être continuellement purifiés et pardonnés ne repose pas sur nos prétentions à être bons si, en même temps, notre vie est une imposture (1 Jean 1.6 est probablement dirigé contre des proto-gnostiques) mais sur une marche continuelle dans la lumière et sur une dépendance continue de l'œuvre que Christ a achevée sur la croix.

1 Paul Brand and Philip Yancey, « Blood : The Miracle of Cleansing », CT 27/4, 18 février 1983, p. 12-15 ; « Blood : The Miracle of Life », CT 27/5, 4 mars 1983, p. 38-42 ; « Life in the Blood », CT 27/6, 18 mars 1983, p. 18-21.
2 Cf. Alan Stibbs, The Meaning of the Word ‘Blood’ in the Scripture, London, Tyndale, 1954.


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