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Sommaire du n° 195 Janvier à Mars 2016

 




Dossier

Combien j’aime ta loi !

(Psaume 119.89-112)

Joël Prohin


Prohin,Joël Joël Prohin travaille dans la finance, tout en s’impliquant activement dans son église locale en région parisienne et en collaborant à diverses revues ou commentaires bibliques. Il est membre du Comité de rédaction de Promesses.

Le Psaume 119 est une hymne magnifique qui exalte la grandeur de la Parole de Dieu. Dieu a permis que le plus long chapitre de la Bible soit celui qui encourage le plus à lire cette Parole, à la méditer et à la mettre en pratique.

Dans ce Psaume 119, comme dans d’autres Psaumes et plus encore dans les Proverbes, il n’est pas toujours aisé de saisir le lien entre les versets successifs. Cet apparent désordre fait écho à la diversité de notre vie, où nous passons d’une circonstance à une autre, d’une occupation à une autre, d’un état d’âme à un autre — et, dans chaque situation, la Parole est là, pertinente, guide sûr auquel nous pouvons nous référer.

Rappelons que le Psaume 119 constitue un acrostiche élaboré, composé de 22 strophes de 8 versets chacune, chaque verset d’une même strophe commençant par la même lettre de l’alphabet hébraïque, dans l’ordre de cet alphabet. Cet agencement suggère que la Parole de Dieu est complète et couvre tous les domaines (de A à Z, dirions-nous aujourd’hui).

Dans cet article, nous allons chercher à glaner quelques enseignements sur l’importance de la Parole dans nos vies, au fil de trois des 22 strophes de ce Psaume1.

89 A toujours, ô Éternel ! Ta parole subsiste dans les cieux.

90 De génération en génération ta fidélité subsiste ; Tu as fondé la terre, et elle demeure ferme.

91 C’est d’après tes lois que tout subsiste aujourd’hui, Car toutes choses te sont assujetties.

92 Si ta loi n’avait fait mes délices, J’aurais alors péri dans ma misère.

93 Je n’oublierai jamais tes ordonnances, Car c’est par elles que tu me rends la vie.

94 Je suis à toi : sauve-moi ! Car je recherche tes ordonnances.

95 Des méchants m’attendent pour me faire périr ; Je suis attentif à tes préceptes.

96 Je vois des bornes à tout ce qui est parfait : Tes commandements n’ont point de limite.

Les trois premiers versets magnifient la grandeur et l’éternité de la Parole : elle est à la fois établie dans les cieux (v. 89) et agissante sur la terre (v. 90)2. C’est grâce à elle que les lois de la création restent valables. Le N.T. s’en fait l’écho quand l’auteur de l’Épître aux Hébreux affirme que la création, surgie à la parole du Créateur, est maintenue par sa même « parole puissante » (Héb 1.3). Et c’est le Fils, Parole vivante, artisan de la création, qui continue d’agir pour maintenir la cohérence de notre univers : sans lui et sa parole providentielle, il serait impossible de parler de “lois de la physique” !

« À toujours », dit le psalmiste : la fermeté éternelle de cette Parole a été attestée par Jésus lui-même : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » (Mat 24.35) Nous pouvons donc avoir une pleine confiance dans cette Parole, objective et permanente. Dieu s’est engagé par écrit — il ne reniera pas et ne se contredira jamais.

Cette Parole créatrice est aussi rédemptrice (v. 92). Comment échapper à notre « misère » fondamentale d’êtres marqués indélébilement par le péché, sinon en accordant foi à la Parole de Dieu (Rom 10.17) ? Dans sa grande diversité, elle possède la puissance de communiquer la vie (v. 93) et l’Esprit de Dieu a pu utiliser les textes les plus variés de l’Écriture comme moyen de salut.

Désormais j’appartiens à Dieu (v. 94). Pour autant, le salut initial reçu se prolonge par un salut au quotidien ; d’où l’exclamation : « Sauve-moi ! » Non parce que je pourrais perdre mon salut éternel, mais parce que j’ai chaque jour à mettre en œuvre ce salut, en particulier pour être délivré des ennemis du chrétien, les « méchants » (v. 95) — tout ce qui s’oppose à ma croissance chrétienne (cf. Éph 6.10-18). Et le moyen reste le même : rechercher les ordonnances, être attentifs aux préceptes de Dieu. J’ai donc un besoin vital de trouver dans la Parole le moyen d’être délivré et protégé, avant tout dans mes pensées.

Le v. 96 conclut cette strophe par une description magnifique mais paradoxale de la Parole de Dieu :

– D’un côté, la Parole, « parfaite », sans erreur, sans faute dans chacun de ses détails et toute ensemble, est « bornée » : elle contient un nombre fini (quoiqu’imposant !) de mots et des avertissements très sévères sont donnés à celui qui voudrait dépasser ces bornes en y rajoutant (cf. Apoc 22.18 ; Marc 1.1-13). Aussi ne nous laissons jamais imposer comme « parole de Dieu » ce qui ne s’y trouve pas.

– D’un autre côté, les commandements divins « n’ont pas de limite » : ces mots finis dans leur nombre sont susceptibles d’une infinité d’application dans leur faculté de répondre aux besoins de chaque croyant, au milieu de la diversité de ses circonstances propres. Laissons la Parole, toujours pertinente et vivante, nous parler, ici et maintenant ; laissons-nous saisir par tel verset, peut-être lu et relu déjà maintes fois, mais qui va prendre un relief nouveau.

97 Combien j’aime ta loi ! Elle est tout le jour l’objet de ma méditation.

98 Tes commandements me rendent plus sage que mes ennemis, Car je les ai toujours avec moi.

99 Je suis plus instruit que tous mes maîtres, Car tes préceptes sont l’objet de ma méditation.

100 J’ai plus d’intelligence que les vieillards, Car j’observe tes ordonnances.

101 Je retiens mon pied loin de tout mauvais chemin, Afin de garder ta parole.

102 Je ne m’écarte pas de tes lois, Car c’est toi qui m’enseignes.

103 Que tes paroles sont douces à mon palais, Plus que le miel à ma bouche !

104 Par tes ordonnances je deviens intelligent, Aussi je hais toute voie de mensonge.

Cette strophe commence par un élan d’amour du psalmiste pour la loi de Dieu. Cette expression résonne de façon étrange pour la plupart d’entre nous pour qui la « loi » est plus synonyme de contrainte, de texte aride, d’interdits, que de délices littéraires. Il est peu probable que les textes du Lévitique ou du Deutéronome fassent partie des lectures bibliques qui nous transportent le plus… Mais « c’est le langage d’un homme ravi par une beauté morale » car les lois de l’Éternel sont « les directions réelles, valides ou irréfutables ; elles sont fondées sur l’essence même des choses et sur la nature de Dieu ».3

Le paradoxe de la liberté chrétienne est d’aimer ce qui nous contraint car la loi de Dieu me libère du péché pour être soumis volontairement au Seigneur (Jac 1.22 ; Rom 6.17 ; 8.1-4). Ouvrir la Bible n’est alors plus un pensum mais une immense joie, un délice meilleur encore que le miel (v. 103 ; cf. Jér 15.16).

Cet amour pour la Parole n’est pas de la bibliolâtrie, mais l’expression de notre amour pour son Auteur. Comment prétendre aimer le Seigneur sans jamais ouvrir la lettre d’amour qu’il nous a envoyée ? Cette lettre nous permettra de le connaître, et de le connaître vraiment, non pas selon notre imagination ; car notre seule source de connaissance objective est l’Écriture sainte.

Cet amour du psalmiste se traduit par une méditation continuelle (v. 97b). Comme pour l’exhortation « priez sans cesse », nous avons de la peine à comprendre ce que les auteurs bibliques veulent dire par ces expressions qui nous paraissent excessives. Comment concilier nos occupations légitimes à une méditation ou une prière ininterrompues ? Cependant, même les plus occupés d’entre nous ont des « temps morts », des moments creux (trajets, attentes dans une file, etc.), qui peuvent être mis à profit pour « ruminer » un texte lu le matin… Méditer est différent d’étudier. Méditer, c’est laisser la Parole pénétrer profondément dans notre être intérieur ; c’est appliquer les mots du texte sacré à notre vie ; c’est laisser la Parole demeurer en nous dans toute sa richesse (Col 3.16) pour modeler nos actions, nos paroles, nos sentiments.

Les conséquences développées dans les v. 98 à 100 surprennent : le psalmiste semble avoir « pris la grosse tête » et être plus enflé qu’édifié dans l’humilité (1 Cor 8.1) ! Il s’agit en fait d’un raisonnement a fortiori : posséder la Parole donne un « plus » que même les gens les plus instruits (les « maîtres », v. 99), même les gens les plus expérimentés (les « vieillards », v. 100), même les gens les plus opposés (les « ennemis », v. 98) n’ont pas. Nous pouvons ainsi à juste titre nous glorifier dans cette Parole de Dieu qui nous a été révélée et, par elle, poser la seule base valable d’une vraie connaissance (cf. Prov 1.7 ; 9.10).

Les v. 101 et 104 se complètent : d’un côté, la Parole nous aide à ne pas nous égarer (v. 104) ; d’un autre côté, c’est celui qui s’éloigne du mal qui peut garder la Parole (v. 101), car la connaissance est « selon la piété » (Tite 1.2). La causalité va dans les deux sens et engendre un cercle vertueux.

L’enseignement dispensé par la Parole est directement attribué à Dieu (v. 102) : quelle motivation pour la garder « dans la foi et dans l’amour » (2 Tim 1.13) ! L’autorité de la Parole vient de son origine, de celui qui parle par elle.

105 Ta parole est une lampe à mes pieds, Et une lumière sur mon sentier.

106 Je jure, et je le tiendrai, D’observer les lois de ta justice.

107 Je suis bien humilié : Éternel, rends-moi la vie selon ta parole !

108 Agrée, ô Éternel ! les sentiments que ma bouche exprime, Et enseigne-moi tes lois !

109 Ma vie est continuellement exposée, Et je n’oublie point ta loi.

110 Des méchants me tendent des pièges, Et je ne m’égare pas loin de tes ordonnances.

111 Tes préceptes sont pour toujours mon héritage, Car ils sont la joie de mon cœur.

112 J’incline mon cœur à pratiquer tes statuts, Toujours, jusqu’à la fin.

Le v. 105 est peut-être le plus connu (et le plus chanté !) des 176 versets du Psaume. La Parole est là, tant pour nous donner les indications très concrètes pour le détail immédiat de la journée (« à mes pieds »), que pour nous tracer des perspectives de vie à long terme (« sur mon sentier »). Elle est là tant pour les jours d’ombre (la « lampe ») que pour illuminer toute notre existence (Jean 8.12).

Les v. 106 et 112 marquent de forts engagements du psalmiste. Il a pris la ferme résolution dans son « cœur » de consacrer du temps à étudier la Parole et, surtout, à la mettre en pratique, dans la durée, avec constance. Voulons-nous les faire nôtres ? Décider de mettre à part du temps chaque jour pour la Bible, en dépit de toutes les occupations et les “pièges à temps” de notre vie moderne ?

Le v. 108 rapproche les « sentiments » des « lois ». Nos sentiments sont à passer au crible de la Parole de Dieu dans toute sa rigueur pour être approuvés par Dieu. Le croyant ne se laisse pas envahir par ses sentiments mais laisse l’Écriture les canaliser, car elle a la capacité de pénétrer entre âme et esprit (Héb 4.12).

Les deux derniers versets ouvrent une perspective vers l’avenir, marquée par la répétition de « toujours ». L’ « héritage » que Dieu nous a préparé est déjà là, présent dans le texte inspiré, qui en est pour ainsi dire l’acompte (v. 111). La Bible ranime en nous l’espérance d’un futur éternel. En dépit des oppositions (v. 110) et des circonstances de vie difficiles (v. 107, 109), elle suscite en nous une joie actuelle et qui un jour sera parfaite. Et pour fortifier cette attente, rien de tel que de mettre en pratique la Parole entendue (v. 112).

* * *

Dans ces 24 versets, nous avons vu :

– l’origine de la Parole : elle vient de Dieu ; par son moyen, nous sommes mis en relation avec lui, comme l’indiquent tous les « tu » de ces textes ;

– la nature de la Parole, à la fois finie et infinie ;

– les effets de la Parole, à la fois objectifs (la vie, la délivrance, la direction) et subjectifs (la joie, l’amour, la louange) ;

– l’exigence de la Parole, qui doit être méditée et mise en pratique.

L’expérience décrite par le Psaume 119 est avant tout personnelle (le psalmiste parle à la première personne du singulier). Si utiles que soient les aides apportées par la communion fraternelle autour de la Bible ou par l’enseignement dans l’église, le Seigneur nous demande un engagement personnel pour sa Parole, pour l’aimer et la vivre.

1 Le choix de ces 3 strophes parmi les 22 est un peu arbitraire. Toutefois, elles débutent la 2de moitié du Psaume et sont particulièrement riches d’expressions diverses sur la Parole. De plus, plutôt qu’une étude thématique de ce Psaume, plus fréquente, il est utile de se laisser enseigner aussi par les enchaînements des versets.
2 Le v. 90 est un des 7 versets parmi les 176 du Psaume qui ne mentionne pas explicitement la Parole sous une forme ou une autre (cf. v.
3 C.S. Lewis, Réflexions sur les Psaumes, p. 89.


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