Abonnement     Lettre de nouvelle

Sommaire du n° 72 jan - mar 1985

 



Notes sur
L' EPITRE aux HEBREUX

Jean Chopard

HEBREUX 5.11 - 6.20:
PROGRES ET PERSEVERANCE


Considéré comme notre grand souverain sacrificateur, Christ vient d'être comparé à Aaron (Héb 5.1-10), quant au service, mais déjà les v. 6 et 10 esquissent une comparaison avec Melchisédec, quant à la personne. Avant d'entamer ce sujet difficile, intervient le troisième avertissement (Héb 5.11 - 6.20): mise en garde et encouragement tout à la fois.
5.11 - 6.12: Le progrès du chrétien
6.13 - 20: La persévérance du chrétien.

1. Hébreux 5.11 - 6.12: Le progrès du chrétien

1.1. Comparaison (5.11 -14)

Les Hébreux sont en retard de croissance (vu le temps).

De petit enfant       à homme fait (adulte),
du lait (premiers éléments)       à la nourriture solide,
des oracles de Dieu       aux choses difficiles à expliquer,
de la paresse       à l'exercice,
de l'inexpérience       au discernement spirituel,

La vie chrétienne normale ressemble à celle des hommes, où tout se renouvelle (2 Cor 4.16).

1.2. Les bases fondamentales (6.1-3)
C'est le commencement indispensable de toute vie chrétienne; l'expérience ne suffit pas (Act 2.38).

1.3. Danger d'aspostasie (6.4-8, comp. 2.1.)

Les occasions offertes appelaient à la vie et non au rejet du salut en Christ, manifesté par des oeuvres sans rapport avec la foi, et qui conduit au jugement de Dieu (1 Cor 10.1-5).
Les termes des v. 4-6 ne décrivent pas vrai ment un authentique enfant de Dieu, mais conviennent à de simples professants religieux. Le jugement est déterminé non par l'expérience chrétienne initiale, mais par la fin et les fruits portés par la semence de la Parole de Dieu, tombée et retenue dans la bonne terre d'un coeur honnête et bon, selon 2 Pi 1.5-11.

1.4. L'évidence rassurante (6.9-10)

Le terme de bien-aimés (la seule fois ici dans toute l'épître) distingue les croyants des incrédules, par l'amour vécu jusqu'au bout (1 Jean 3.18-22).

2. Hébreux 6.13-20: La persévérance du chrétien

2.1. Exemple d'Abraham, père des croyants (6.13-15)

A la base de la foi d'Abraham: une promesse et un serment de Dieu (Gen 22.15-17).
Ensuite, la patience attend l'accomplissement.

2.2. Rôle du serment (6.16-18)

Il invoque un être plus grand, chargé de réprouver l'infidèle. Cette référence à une autorité clôt la dispute.
Dieu use de cette manière pour souligner et valoriser sa ferme détermination en faveur des héritiers de sa promesse (valable par elle-même déjà).

2.3. Conséquences d'un serment de Dieu (6.18-20)

- une ferme consolation ;
- une espérance offerte ;
- une "ancre de l'âme", sûre et ferme ;
- une certitude fondée hors de la vue (où est Jésus) - une relation avec un précurseur: l'ancre ne reviendra pas à nous, elle nous tirera vers lui ;
- un souverain sacrificateur présent en permanence dans le sanctuaire céleste, qui n'en sort plus et que la mort n'atteindra plus. C'est ainsi qu'il ressemble à Melchisédec "sacrificateur pour l'éternité".

HEBREUX 7.1-10 -
MELCHISEDEC ET CHRIST

Dans les 7 premiers chapitres, Christ est successivement comparé àdes personnages de l'Ancien Testament:

1. les prophètes (1.1-3), messagers terrestres de Dieu ;
2. les anges (1 .4-2), messagers célestes de Dieu ;
3. l'homme (2), dans le plan de Dieu ;
4. Moïse (3.1-6), conducteur d'Israël au désert ;
5. Josué (4.1-8), conducteur d'lsraél en Canaan ;
6. Aaron (4.15 - 5.10), souverain sacrificateur (sa fonction) ;
7. Melchisédec (7), souverain sacrificateur (sa personne).

Les 6 premières comparaisons établissent la supériorité de Christ; la 7ème souligne une ressemblance. Melchisédec, "assimilé au Fils de Dieu" (7.3), est un sujet abondant et difficile (Héb 5.11). C'est le thème central de l'épître (Héb 8.1).

L'Ecriture mentionne Melchisédec dans 3 passages:

- Gen 14.18,20           l'histoire ;
- Ps 110.4 la prophétie
- Hébreux 7 la doctrine (voir aussi 5.6,10 ; 6.20).

1. Hébreux 7.1-3: Metchisédec semblable à Christ

1.1. Ses noms

- Roi de justice (v. 2), attribut essentiel de l'autorité.
- Roi de Salem (v. 1) ou Jérusalem (Ps 76.3), roi de paix.
Justice et paix sont associées dans cet ordre:
<
- Ps 85.11:       l'annonce de la croix
- Rom 5.1: l'effet de la croix
- Rom 14.17:  le royaume de Dieu actuel.

1.2. Ses fonctions

a) Roi d'une ville,
b) Sacrificateur du Dieu Très-Haut.
Seul exemple, avec Jésus-Christ, d'une personne cumulant les 2 fontions (comp. Saùl et Samuel: 1 Sam 13).

Roi de justice, roi de paix et sacrificateur (cf. v. 1) sont dans l'ordre:
- Christ crucifié, établissant son règne de justice par la grâce (Rom 5.21)
- Christ ressuscité, donnant sa paix aux siens (Jean 20.1 9,21)
- Christ glorifié, grand souverain sacrificateur au ciel (Héb 8.1).

1.3. Sa mystérieuse origine

En Gen 14.18-20, Melchisédecapparaiten effet saris père, ni mère, ni généalogie, contrairement aux autres hommes. Christ non plus ne reçoit pas le sacerdoce par filiation naturelle humaine, mais dans la résurrection (Rom 1.4).
Melchisédec est-il une "christophanie" ? Ailleurs dans l'AT, l'ange de l'Eternel, qui a les caractères divins, fait beaucoup plus penser à des apparitions fugitives du Christ, avant sa naissance à Bethléhem. Pris àla lettre, Héb 7.3 conduirait à des conséquences insoutenables. Il faut plutôt voir la réflexion de l'auteur de l'épître face aux textes de Gen 14.18-20 et Ps 110.4.

2. Hébreux 7.4-10: Melchisédec supérieur à Abraham et Lévi

2.1. La dîme

a) En Gen 14.18-20, bien avant la loi de Moîse, elle apparaît comme un acte volontaire de reconnaissance.
b) Elle consacre la supériorité de Melchisédec sur Abraham et ses descendants, en particulier Lévi lui-même et les Lévites, qui la perçoivent de leurs frères, aussi descendants d'Abraham.
c) Elle signifie le droit de Christ sur tout ce qui est nôtre, y compris nous-mémes (Rom. 12.1).

2.2. La bénédiction

a) En Gen. 14.18-20, elle apparaît sous la forme du pain et du vin, apportés en réconfort au vainqueur Abraham, père des croyants. Elle préfigure le repas du Seigneur offert à ceux qui ont vaincu par la foi (Rom 8.37).
b) Elle aussi consacre la supériorité de Melchisédec sur Abraham (v. 7).

2.3. Melchisédec "vivant" (v.8)

Argument de texte (l'Ecriture ne mentionne pas sa mort) et non-réalitéé terrestre. Ps 110.4 souligne cette durée sans fin, contrairement à la succession des sacrificateurs sur la terre.
C'est dans sa fonction de sacrificateur, et non celle de roi, que Melchisédec "demeure à perpétuité".
En Christ au ciel, nous avons déjà, et pour toujours, le vrai Melchisédec de tous ceux qui ont fait alliance avec Dieu par le sang de la croix.

HEBREUX 7.11-28 -
CHRIST ET MELCHISEDEC

Plus et mieux que tout autre texte du NT, Hébreux 7 décrit l'importante fonction du sacrificateur, comme indispensable intermédiaire entre Dieu et les hommes. Le début du chapitre (v. 1-10) insiste sur Melchisédec préfigurant le Fils de Dieu dans ce rôle. Latin (v. 11-28) fait éclater la supériorité de notre Seigneur comme souverain sacrificateur, sur tous ceux d'autrefois qu'il remplace désormais, dans l'ordre nouveau inauguré par sa résurrection.

1. Hébreux 7.11-19: Christ évince Aaron et la foi

En Héb 5.1-10 déjà, la comparaison avec Aaron a souligné la supériorité de Christ, dans le service de souverain sacrificateur. Maintenant apparaissent 4 changements apportés par lui dans les relations de Dieu avec son nouveau peuple, l'Eglise.
1.1. Changement de sacrificature (v. 11)

L'ancienne sacrificature, celle d'Aaron et ses fils, a mis en évidence les exigences de Dieu et le moyen de s'approcher de lui. Mais elle n'était que provisoire et figurative, ni complète ("parfaite"), ni définitive. Déjà l'AT lui-même annonçait son remplacement (Ps 110.4).

1.2. Changement de loi (v. 12)

Puisque la sacrificature devait changer, la loi de Moïse, qui l'avait instituée, elle aussi devait faire place à une nouvelle base des relations de Dieu avec l'homme. La loi ne procurait pas la justice au pécheur; il fallait pour cela la mort du Christ (GaI 2.21).

1.3. Changement de tribu (v. 13-14)

En libérant Israël de l'Egypte, Dieu voulait s'en faire tout un peuple de sacrificateurs (Ex 19.6). Par la suite, ce service privilégié revint à la seule tribu de Lévi (voir Ex 32.26, Deut 18.1-2).
Né de la tribu de Juda, Jésus ne pouvait pas exercer la sacrificature lévitique sur terre (Héb 8.4) sans violer la loi de Moïse. Il ne pouvait entrer dans le rôle de sacrificateur que par la résurrection.
En lui, désormais, tout membre de l'Eg lise devient sacrificateur (Héb 13.15 ; 1 Pi 2.5,9). Ainsi s'accomplit enfin le voeu initial du Dieu d'Israël.

1.4. Changement de sacrificateur (v. 15-17)

Comme notre "grand souverain sacrificateur" (Héb 4.14), Jésus apparaît maintenant:
- à la ressemblance de Melchisédec, sans filiation terrestre (par la résurrection), ni prédécesseur quelconque dans ce service
- installé dans cette fonction: non en vertu d'une loi, qui fait appel àl'obéissance de l'homme pour se trouver accomplie; mais en vertu de la puissance de sa résurrection, dans une vie impérissable, hors de la présente création où tout passe.

1.5. Conclusion (v. 18-19)

Dans le rôle de chemin menant à Dieu, la loi de Moïse fut plutôt un obstacle, en montrant à l'homme pécheur qu'il est incapable de remplir les exigences posées, rien que par les 10 commandements déjà (Ex 20.1-17). Face à cette faillite de l'homme, la loi faisait désirer quelqu'un qui soit capable de l'accomplir à la place du pêcheur. Elle conduisait ainsi vers le Christ (GaI 3.24).
C'est pourquoi Dieu abroge ce commandement, pour nous qui croyons en celui qui a accompli ce qui nous était impossible à réussir (Act 15.10; Col 2.14). Ainsi seulement, mais alors pleinement, nous pouvons nous approcher de Dieu, par l'espérance "meilleure" placée en Christ, notre nouveau souverain sacrificateur.

2. Hébreux 7.20-28: Christ, parfait sacrificateur

Toujours d'après Ps 110.4, la fin du chapitre établit la perfection de Christ comme souverain sacriticateur, gràce à ses vertus propres, et par comparaison avec la sacrificature lévitique, désormais remplacée pour tout chrétien, en ce qui concerne le moyen d'approcher Dieu. En revanche, la loi de Moïse conserve intacte sa valeur intrinsèque (Rom 7.12).
Bases de comparaison     Sacrificateurs lévitiqes
(ancienne alliance)
    Christ, notre souverain
sacrificateur (nouvelle alliance)
 
1. Consécration au service :   sans serment (v. 21)   avec serment (v.21)
(cp. 6.13-17)
Remarque:
La royauté universelle terrestre est promise au "Fils" par décret (Ps 2.7-9), la sacrificature par serment, mais toutes deux en rapport avec sa résurrection (Ps 2.7 ; Héb 5.5).
 
2. Alliance:   ancienne, appelée à disparaître (8.13)   meilleure, garantie par Jésus (v. 22)
3. Nombre:   plusieurs (v. 23)   un seul (v. 24)
4. Nature:   mortels (v. 23)   toujours vivant (v.25)
5. Sacrificature:   transmissible   intransmissible(v. 24)
6. Qualifications:   sanctifiés (cf. Lév 8-9)
coupables (v. 27)
souillés (Zach 3.4)
parmi le peuple (5.1)
sur terre
  saint par nature (v. 26)
innocent
sans souillure,
séparé des pécheurs
élevé (cp. 8.4)
7. Sacrifices:   nombreux (v. 27)
chaque jour
(cf. Lév 9.7 1 6.6)
  "une fois pour toutes"
(v. 27 ; 9.12 ; 10.10)
(cf. 1 Jean 2.1-2)
8. Origine:   loi de Moïse (v. 28)   parole de serment (v. 28)
9. Personnes:   hommes limités (v.28)   Fils parfait (v. 28)
10. Durée:   leur temps (v.23)   éternité (v.28)

3. Réflexion et conclusion


Au terme des comparaisons de Jésus-Christ avec ses illustres devanciers, honorés en Israël,
- nous apparaît-il vraiment plus grand que tous ?
- est-il devenu, à nos yeux, plus que le crucifié qui a donné sa vie pour nous ?
- l'aimons-nous vraiment plus et mieux ?
- comment et quand le lui montrerons-nous ?
Que la vie de chacun des siens apporte au Seigneur la réponse convenable.


Jean Chopard



What is Promesses ? Accueil  |  Catalogue  |  Recherche  |  Liens  |  Impressum  |  La Bible