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Sommaire du n° 79 jan - mar 1987

 



ASSUMER NOTRE HUMANITE: LA NATURE DE L'EXPERIENCE

Ranald MACAULAY

      Toutes les fois qu'on me parle de quelqu'un comme étant "très spirituel", j'ai envie de demander: "Qu'entendez-vous par là ?"Je suis en effet profondément sceptique à l'égard de certains modèles de spiritualité adopté par l'Eglise aujourd'hui. Par exemple, est-ce une marque de "spiritualité" de refuser d'être mêlé au "monde" ? de passer la plus grande partie de son temps libre dans 1'Eglise ou dans des activités liées à l'Eglise ? d'insister sur le fait que chacun devrait avoir "un temps de méditation" chaque matin ? de ne lire que des livres chrétiens? d'essayer de "mourir à soi-même" comme si le Moi n'avait pas la moindre valeur? surtout de ne pas s'engager dans les grands "débats intellectuels" ?

      J'aimerais suggérer que le modèle que la Bible nous propose est très différent. C'est ce point que je voudrais tenter de clarifier, point qui me semble d'importance évidente. Si notre vision de la spiritualité est fausse sur ce point, notre expérience spirituelle est vouée à l'échec ou du moins risque d'être sérieusement limitée, car ce qui est spirituel recouvre l'ensemble de l'expérience humaine. C'est comme si nous avions une fausse technique pour jouer au tennis: imaginez quelqu'un qui tiendrait sa raquette par la tête ou qui n'aurait que la moitié des cordes à sa raquette. Le jeu entier en serait fâcheusement affecté. C'est pourtant bien ce qui s'est passé tout au long de l'histoire de chrétiens attachés à la Bible: nous avons utilisé un modèle de spiritualité erroné. C'est pourquoi, en dépit de nos efforts bien intentionnés, des diverses techniques censées promouvoir la croissance de l'Eglise ou la croissance individuelle, en dépit des campagnes, des séminaires et de tout le reste, notre expérience présente néanmoins de graves carences.

      Malheureusement, certains chrétiens engagés conscients de cette situation, ont réagi d'une manière puérile. Ils se sont fâchés, de sorte qu'ils sont devenus injurieux à l'égard de leur "parent" comme un jeune enfant qui donne libre cours à sa colère. C'est regrettable. Leur diagnostic sur la mauvaise santé du patient (pour changer la métaphore) est fréquemment juste; c'est le remède qui est inefficace. Car très rapidement ils en viennent à remettre en cause les fondements de leur foi, et l'on sait à quoi aboutissent leurs révoltes: au naufrage de leur foi ou du moins, de la foi de ceux qui suivent leur exemple.

      Il nous faut courageusement réagir contre ces deux tendances. Il n'est guère facile de "confesser nos fautes", comme nous le savons tous.

      La nécessite de réexaminer un élément de notre vie aussi fondamental que notre vision de la spiritualité exige de notre part un degré d'honnêteté dont nous préférerions nous passer.

      Car nous cabrons devant le brisement qui est le prix de la reconstruction. Nos amis méprennent nos intentions, d'autres repoussent les conclusions que nous tirons des textes bibliques impliqués, ce qui nécessite des efforts supplémentaires pour trouver la vérité. Et, ce qui est encore plus difficile, c'est de rester des instruments de paix tout en recherchant une meilleure spiritualité. Après tout, cela ne nous coûte rien de critiquer. Par contre, il peut être très coûteux d'être constructif, ainsi que l'exprime si clairement ce commentaire sur le déisme au 18e siècle : "Sa puissance à critiquer surpasse largement sa capacité constructive." C'est un avertissement à tous ceux qui veulent amener un changement - pour le meilleur évidemment - car le changement n'est jamais invoqué pour le pire!

      Si nous aspirons à un changement, il doit être constructif. Je crois que la base en est fort simple et évidente et qu'elle s'inscrit dans la trame de la Bible toute entière.

      Commençons par Genèse 1, qui nous dit que Dieu créa une réalité physique. Il créa une variété infinie: chacune bonne, s'harmonisant de manière remarquable avec le tout. L'homme fut créé à l'image de Dieu, aussi bien l'homme que la femme, de sorte que tous les êtres humains furent créés selon notre ressemblance, dit Dieu (v.26-27). Tout comme la création entière, l'homme a été décrit par Dieu comme très bon (v.31).

      Cependant, l'expérience de l'homme était d'ordre "spirituel". Dès l'origine, dès que l'homme fut créé, il se trouva dans un cadre religieux. L'homme était une entité physique, doté d'un corps comprenant une structure osseuse, un système sanguin, des nerfs, un tissu musculaire et le reste. Toutefois, l'homme était plus qu'une entité physique. L'homme était ce que nous appelons aujourd'hui une personne. En tant que personne, l'homme pouvait, dès l'origine, entrer en relation avec tout ce qui l'entourait, avec son semblable et également avec Dieu. Il pouvait penser, aimer, créer, communiquer par le langage, apprécier la beauté et ainsi de suite.

      C'était là l'expérience spirituelle de l'homme. Il était tout aussi spirituel en cultivant le jardin d'Eden qu'en communiquant avec le créateur, en donnant des noms aux animaux qu'en aimant sa femme. Ici, il ne faut pas que nous prenions nos distances (pas plus que ne le fit Paul dans le NT, 1Tim 4.3) : cette relation d'amour entre l'homme et sa femme comprenait leur union sexuelle. C'était là l'intention et le désir de Dieu. Il ne créa pas seulement l'homme pour dominer sur la création, mais aussi pour s'en délecter. Or, en régnant sur le monde et en y trouvant du plaisir, l'homme était spirituel. En fait, il vivait "l'expérience spirituelle" idéale. Pas d'églises, pas de chants, pas d'études bibliques, pas de lectures bibliques, pas d'évangélisation. Et pourtant, Adam et Eve étaient parfaitement spirituels.

      En d'autres termes, leur relation avec Dieu s'exprimait dans la totalité de leur expérience humaine. Etre spirituel consistait à être humain et réciproquement. Il n'y avait aucune divergence entre les deux. Adam n'avait pas besoin de sortir de son expérience d'homme ordinaire pour "être plus près de Dieu". Il était aussi spirituel que Dieu voulait qu'il le soit !

      Cependant, Adam et Eve choisirent de sortir du cadre moral établi par Dieu. Ce fut à ce moment là que leur vie commença à se désagréger, entraînant dans cette expérience tous leurs descendants, et même la nature entière.

      Le remède à cet état de choses nous est sans doute familier. Nous avons assez souvent entendu l'Evangile pour pouvoir le réciter par coeur (je pense surtout aux églises évangéliques). Mais malheureusement, la bonne Nouvelle - et assurément elle l'est - de la venue du Fils de Dieu lui-même pour nous sauver de la loi du péché et de la mort a été expérimenté d'une façon telle qu'elle rend sa capacité de guérir et de renouveler pratiquement inopérante. Car on a séparé ce qui est humain de ce qui est spirituel.

      Certains, par exemple ont pensé que la chute dans Genèse 3 signifiait pratiquement la fin du caractère humain de l'homme comme Si pour utiliser une illustration, Adam et Eve avaient sauté du bord d'une falaise et s'étaient trouvés totalement déchiquetés en bas. Certainement que le moment historique de la rébellion d'Adam et d'Eve eut des effets suffisamment dévastateurs pour mériter une telle description. Cependant, la Bible dit qu'ils continuèrent à exister en tant qu'êtres humains aussi après la chute, c'est-à-dire avec toutes les expériences qui caractérisent la vie humaine. Pour citer l'expression de Jésus : Comme aux jours de Noé ainsi en sera-t-il à l'avènement du fils de l'homme. Car.. les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants (Mat 24.37-38). Cela a toujours été ainsi depuis la chute et le sera jusqu'à la seconde venue de Christ.

      La continuité de l'expérience humaine suite à la chute peut paraître un fait si évident à certains qu'ils se demanderont pourquoi ce point mérite d'être souligné. Cependant, c'est dune importance, vitale car même si l'on doit reconnaître que tout a été bouleversé par la chute, que l'homme est devenu - pour utiliser le terme du livre d'office anglican - "un misérable pécheur", il n'a pas pour autant perdu sa nature propre d'homme. Il n'a pas perdu les qualités qui, depuis la création, le distinguent de ce qui l'entoure. En bref, il n'a pas perdu son attribut essentiel d'être à l'image de Dieu ,même si cette image a été horriblement déformée.

(à suivre)
Ranald MACAULAY
Tiré du livre "What in the World is Real?"
(copyright 1982 by l'Abri Fellowship)
avec la permission de l'auteur.
Traduction : Jocelyne de Bivic et
Jean Pierre Schneider.
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