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Sommaire du n° 81 jul - sep 1987

 



PLAIDOYER POUR UNE CURE D'AME BIBLIQUE (2)

Roland ANTHOLZER

Nous vous rappelons que, sous ce titre, nous vous présentons, en traduction libre, l'essentiel du petit livre de Roland Antholzer paru en 1986 au Schwengeler-Verlag, intitulé "Plädoyer für eine biblische Seelsorge". Certains termes techniques sont, soit remplacés par des expressions plus courantes, soit expliqués où leur emploi s'avère indispensable. Nous espérons ainsi être à la portée de tous

2. LE CLIVAGE

      Il est proposé de préciser en quoi consiste le contraste entre psychothérapie et cure d'âme ou, pour utiliser un terme plus récent, relation d'aide. Pour ce faire, il est nécessaire d'éclairer l'arrière-plan anthropologique, car il serait naïf de vouloir analyser une méthode indépendamment de ses prémisses philosophiques. Le clivage entre les deux méthodes est dû aux différences d'origine, de procédé et de but.

A. ANTHROPOLOGIES IRRECONCILIABLES

1. L'anthropologie de la psychothérapie

      Trois grands courants psychologiques ont donné lieu à trois conceptions thérapeutiques: la psychanalyse, le béhaviorisme (1) et la psychologie humaniste. Ils présentent tous trois les caractéristiques suivantes: une idéologie matérialiste, un déterminisme (2) plus ou moins prononcé, une conception évolutionniste de l'origine de l'homme et une interprétation hédoniste (3) et eudémoniste (4) du sens et du but de la vie.

a) La psychanalyse

      Elle se base sur une conception matérialiste de l'homme. L'âme n'est comprise qu'en tant que fonction de la matière et devrait pouvoir s'expliquer par les lois de la physique et de la chimie. L'esprit de l'homme n'est pas objet de réflexion, du moins pas en tant qu'entité existante indépendamment du corps.

      La conception de Freud est typique pour l'adoration de la raison et de la science. Il est persuadé qu'on devrait pouvoir expliquer les manifestations de l'âme d'une manière strictement scientifique par les rapports biologiques de cause à effet, simplement en échangeant les termes psychologiques contre ceux de la physiologie ou de la chimie.

      D'après Freud, l'âme ou la psyché est un appareil qui fonctionne selon des principes énergétiques. Elle se constitue du "ça", de "l'ego" (ou du "moi") et du "sur-moi". Le "ça" représente l'ensemble des pulsions instinctives et inconscientes. Le "sur-moi" représente les motivations et actions formées par l'identification de l'enfant aux parents ou à leurs substituts. Le "sur-moi" exerce la fonction de censure contre les pulsions ou instincts du "ça" afin d'éviter la culpabilité. "L'égo" désigne la personnalité et se définit comme un équilibre entre les tendances élémentaires du "ça" et la censure sociale intériorisée du "sur-moi". La psyché est activée par la libido (5) dont le fonctionnement est conçu d'une manière mécanique. Mais ce n'est pas la volonté qui règle le mécanisme, c'est le principe du plaisir et du déplaisir.

      Le déterminisme biologique, que Freud approuve, est doublé d'une psychologie de motivation hédoniste. En fin de compte, l'homme est motivé par la recherche du plaisir et l'évitement du déplaisir. Les instincts innés déterminent davantage son comportement que le milieu ambiant.

      Freud a été fortement influencé dans ses théories par les ouvrages de Charles Darwin, qu'il vénérait beaucoup. Les hypothèses évolutionnistes de Darwin lui permettaient d'ignorer les réalités "Dieu" (en tant que vis-à-vis), "éternité", "esprit", entre autres. Freud niait toute destinée allant au-delà de la recherche innée de la satisfaction maximale des appétits sensuels allant de pair avec le souci de réduire au minimum toute source d'anxiété. Il y a conflit continuel entre les exigences du "ça" et les revendications du "sur-moi", entre le principe de la jouissance voluptueuse et celui de la réalité ambiante.

b) Le béhaviorisme

      Là aussi, la conception de l'homme est tributaire du matérialisme biologique. Comme on ne peut observer et mesurer ce qui se passe dans le domaine de l'âme et de l'esprit, on n'en parle pas. On ne se préoccupe que des réactions déclenchées par les stimuli sensoriels et psychiques.

      Comme la psychanalyse, le béhaviorisme est caractérisé par le déterminisme. Le comportement humain est expliqué à partir des mécanismes du conditionnement. De nouveau, c'est le principe hédoniste du plaisir et du déplaisir qui règle le comportement. Ce principe exclut pratiquement le libre arbitre.

      Le béhaviorisme ne se prononce pas sur la nature de l'homme. La conscience est considérée comme un réflexe conditionné. Le comportement n'est pas bon ou mauvais, mais simplement adapté ou inadapté. Mais si l'homme n'est qu'un ensemble de conditionnements, on peut le "faire". J.B. Watson était persuadé qu'on pouvait faire de n'importe quel enfant bien portant un médecin, un artiste, un commerçant, ou alors un vagabond ou un cambrioleur, irrespectivement de ses aptitudes ou dispositions.

      L'homme étant, pour le béhavioriste, le produit d'une lente évolution, les expériences faites sur les animaux peuvent sans autre s'appliquer à des humains.

c) La psychologie humaniste

      En 1962, Abraham Maslow se proposait de fonder une organisation qu'il nommait "la troisième force", par où il entendait une pensée psychologique qui se différenciait de la psychanalyse aussi bien que du béhaviorisme dans le but de "ré-humaniser" la psychologie. Il s'agit d'un anthropocentrisme (l'homme est au centre de tout) qui ressent toute foi en Dieu comme une limitation de l'humanité de l'homme, dans le sens que cette foi le prive de son autonomie.

      Le fondement de la psychologie humaniste est une philosophie matérialiste qui ne tient compte que du visible et de l'immanent (un au-delà de la pensée est impensable). La psychologie humaniste se distingue de la psychanalyse et du béhaviorisme par un darwinisme social plutôt que biologique. Le déterminisme des humanistes est tempéré par une certaine liberté de décision qui permet à l'homme de "se réaliser". Mais comme seuls quelques privilégiés y parviennent, il y a un danger de considérer ceux qui sont "moins développés" comme étant "moins humains", pour citer le psychana­lyste C.F. Graumann.

      Tout cela n'empêche pas la psychologie humaniste d'adhérer au postulat de base de Jean-Jacques Rousseau: "L'homme est foncièrement bon." L'humaniste croit sincèrement en la capacité de l'individu d'extraire du significatif de l'absurde. La propension du psychologue humaniste à trouver du sens dans l'absurde est franchement phénoménale. Ainsi, malgré la prémisse que l'homme, constitué de matière uniquement, est le produit du hasard, l'humaniste va jusqu'à exprimer l'espérance d'une sorte de "salut". Charlotte Bühler et Melanie Allen, dans leur "Einführung in die humanistische Psychologie" (Introduction à la psychologie humaniste, Stuttgart 1973), à propos de l'exigence de créer des conditions de vie dignes de l'homme s'expriment ainsi: "Cette exigence est appuyée par la psychologie humaniste dans ses principes philosophiques, psychologiques et éthiques. Elle espère contribuer à effectuer les métamorphoses (transformations) nécessaires à la survie de l'homme." Il est ensuite question de "vivre une vie comblée", résultat d'un "renouvellement de la vie", selon certains principes qui nous aident à "trouver un sens à notre vie malgré le fait que la signification dernière de la vie nous échappe".

(à suivre)
Roland ANTHOLZER
(traduction adaptée par Jean-Pierre Schneider
avec la permission de l'auteur et des éditeurs)

(1) béhaviorisme: la psychologie consiste dans l'étude du comportement
(2) déterminisme: les actions humaines sont liées par la totalité des événements antérieurs
(3) hédonisme: le principe de la morale consiste en la recherche du plaisir
(4) eudémonisme: toute l'activité de l'économie repose sur la poursuite du maximum de satisfaction
(5) libido: énergie de la personnalité, plus particulièrement celle qui stimule les pulsions sexuelles.

 

NOTE :

Les équipes de Promesses sont heureux de répondre aux sollicitations pour animer des débats et donner des conférences dans diverses églises et réunions. Néanmoins, ils désirent se répartir les tâches selon leur secteur géographique, sauf arrangements particuliers.


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