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Sommaire du n° 89 jul - sep 1989

 



EDITORIAL

On est ce que l'on pense

Henri Lüscher

La bataille de la pensée n'est pas nouvelle. C'est une affaire capitale. Le diable séduisit nos premiers parents d'abord à ce niveau-là pour dominer ensuite sur toute leur personne. D'abord, il sème le doute: Dieu a-t-il réellement dit? Ensuite il profère un mensonge: Vous ne mourrez point. Enfin, il les incite à l'autonomie, à leur propre indépendance envers Dieu: Vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal (Gen 3.1-6). Par sa chute, l'homme a introduit le péché dans le monde, entraînant toute la création à la servitude de la corruption (Rom 8.18-22). Ainsi par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort s'est étendu sur tous les hommes, parce que tous ont péché (Rom 5.12). Satan est encore le prince de ce monde (Luc 4.6; Jean 12.31; 14.30). Deux royaumes s'affrontent désormais jusqu'au retour de Christ pour introduire la justice éternelle sur la terre (Dan 9.24) en établissant le royaume du Messie (1 Cor 15.24; Ps 2).

Le point central de l'Histoire: Christ a triomphé sur les dominations et les autorités, les ayant livrées publiquement en spectacle à la croix (Col 2.15). Ceux qui sont régénérés par l'Esprit de Dieu ont passé du royaume de la puissance des ténèbres à celui du Fils de son amour (Col 1.13). «De jure» le Seigneur a vaincu les puissances des tènèbres; «de facto» il manifestera publiquement sa victoire lors de son retour. Jusque là, la bataille reste gigantesque que le chrétien doit livrer contre les puissances des ténèbres dirigées par Satan et ses démons (Eph 6.11-20). Deux mondes invisibles se combattent.

Il est capital de savoir que toutes les grandes batailles se jouent au niveau de l'esprit, de la pensée. Ce sont les philosophies et les idéologies qui ont influencé, modelé, changé les hommes et les peuples au cours de l'histoire. L'apôtre Paul en était conscient quand il écrivait que l'aveuglement de l'intelligence des incrédules est opéré par le dieu de ce siècle, afin qu'ils ne perçoivent pas la splendeur de l'Evangile de la gloire de Christ (2 Cor 4.4). En revanche, l'homme qui se repent devant la Seigneur, change de mentalité face à Dieu, au monde et à lui-même, car le terme «metanoia» signifie «transformation de pensée, de mentalité». L'Esprit de Dieu opère un changement radical dans l'entendement de l'homme régénéré. Dépouillé du vieil homme, il doit maintenant revêtir l'homme nouveau... créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité. Dès ce moment, il doit être renouvelé par l'Esprit dans son intelligence (Eph 4.22-24).

Nous avons reçu les avertissements et les instructions nécessaires pour déjouer les subterfuges et les desseins du diable (2 Cor 2.11) déguisé en ange de lumière (2 Cor 11.14) et qui présente ses mensonges sous différentes formes de pensées et de philo­sophies néfastes au travers d'hommes qui sont de faux apôtres, des ouvriers trompeurs, déguisés en apôtres de Christ (2 Cor 11.13). Dieu nous a munis de ses armes spirituelles puissantes dont nous devons nous servir pour renverser les raisonnements et toute hauteur qui s'élèvent contre la connaissance de Dieu et amener toute pensée captive à l'obéissance au Christ (2 Cor 10.4-5).

Voici un peu d'anatomie pour mieux comprendre l'importance de la pensée. Le cerveau, le mécanisme le plus complexe du monde, est l'organe le plus influent pour penser et raisonner, mémoriser et imaginer, aimer et haïr. Comparable à un ordinateur complexe, il contient quelque 12 billions de cellules dont chacune peut être à son tour connectée avec 10 000 neurones, totalisant ainsi environ 120 trillions de connections intercellulaires. Les fonctions du cerveau desservent trois «compartiments» importants: la pensée, les émotions et la volonté. La partie de l'intelligence est la plus importante. Le cerveau est alimenté par ce qu'on voit, entend et pense. Ce que je programme ainsi par ces trois données dans ma pensée, affectera ensuite ma morale, mon travail, mon intégrité, ma consécration, mon engagement dans la vie. Le centre émotionnel réagit à ce qui a été filtré à travers mon esprit. Contrairement au mythe que «les sentiments sont spontanés», ceux-ci dépendent de ce qui a alimenté les pensées. Ainsi, par exemple, les mass médias, au nom de la liberté, ont pollué des millions d'âmes par la pornographie, et les esprits souillés ont transmis ce «programme» aux émotions. Il est donc de la plus haute importance que nos pensées, dont dépendent émotions et volonté, soient formées à l'école de Christ. Imprégnons-nous de la pensée de Christ (1 Cor 2.16). Sachons reconnaître les deux philosophies de vie diamétralement opposées l'une à l'autre: l'une séculière, l'autre chrétienne.

Voici les caractéristiques de la philosophie de vie séculière: Elle est humaniste, centrée sur l'homme. Dieu n'existe pas ou est impersonnel et limité. Le christianisme n'a pas de bases historiques. Il n'y a en conséquence pas d'absolu. Tout devient relatif, y compris la morale. Les origines et la finalité sont détachées de Dieu. Les faits existent par eux-mêmes, étant explicables par la raison seule. C'est l'athéisme, la foi en l'évolutionnisme, la déification de l'homme et son autonomie, la foi en sa «bonté innée», la foi en l'Etat-dieu providence ultime, la foi en une révolution permanente susceptible de transformer le monde en paradis. La belle utopie!

Tout autre est la philosophie de vie chrétienne: Dieu existe; il est infini et personnel. Le christianisme a des bases historiques et repose sur des faits. Il y a en conséquence un absolu: le Dieu de la Bible qui donne un sens à tout. La morale est absolue et ses normes sont révélées dans la parole de Dieu. Les origines et la finalité sont d'ordre divin. Les faits n'existent pas par eux-mêmes. Dieu en est la raison, la Création en est la source, et la Providence divine en explique son existence.

La culture moderne nous a imprégnés d'une quantité de fausses notions, telles celles de «l'égalité» (nivellement), de «l'autonomie» (on se gouverne soi-même, ne relevant de personne), de «la non-directivité», du «subjectivisme», du «relativisme», etc. Il s'agit de «reprogrammer» nos pensées en développant une mentalité qui corresponde à une vision chrétienne du monde sur la base de la Bible. En voici quelques points qui pourront nous aider à relever le défi dans l'arène du bon combat de la foi:

1. Consacrons-nous tout entiers au Seigneur. Ne nous conformons pas au monde actuel. Soyons transformées par le renouvellement de l'intelligence afin de discerner quelles est la volonté de Dieu (Rom 12.1-2).

2. Prions et lisons la Bible avec assiduité. Méditons et étudions cette Parole pour mieux connaître Dieu et communiquer avec lui par la prière.

3. «Développons un témoignage chrétien efficace qui s'enracine dans une mentali­té qui tire toute sa substance de la perspective biblique... On est ce que l'on pense» (1)

4. Formons des disciples dans nos églises sur ces bases, afin que l'Eglise suive le chemin de la sanctification, puis apporte la Bonne Nouvelle au monde, pour le salut de beaucoup.

5. Soyons le sel de la terre en nous engageant dans la bataille pour mettre en valeur les pensées de la culture chrétienne, en vivant l'Evangile authentiquement au milieu d'un monde hostile et sceptique. Que la puissance de Dieu nous secoure et nous rende capables en lui (2 Cor 3.5).

Henri Lüscher

(1)«La Révolution française: un regard protestant», lettre de Pierre Berthoud, doyen de la Faculté Libre de Théologie Réformée d'Aix-en-Provence (avril 89).
Nous recommandons également trois livres importants à ce sujet:
- «Démission de la raison» par Francis Schaeffet; éd. Maison de la Bible.
- «La Vision chrétienne du monde» par B. Walsh et R. Middelton, éd. Sator.
- «The Battle for the Mind» par Tim LaHaye. éd. Flemind H. Revell Co.

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