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Sommaire du n° 89 jul - sep 1989

 



Dieu sépare - Dieu rassemble

André Aellen

Mises en évidence dès la première page de la Bible (Gen 1.4-9), ces deux actions de Dieu, apparemment contradictoires, s'avèrent au contraire complémentaires.

I. Dieu sépare

(Lire Lév 20.26; Jér 15.19; 2 Cor 6.14 -18)

1. La lumière

Au début des actes créateurs de Dieu intervient une séparation: la lumière est séparée des ténèbres. Au-delà de l'institution du premier jour, apparaît ici la révélation fondamentale que Dieu est lumière. Il veut se faire connaître comme tel, intrinsèquement lumière, seule source de lumière. Cette pensée rejoint le prologue de l'évangile de Jean, où le Fils éternel du Père est présenté comme la véritable lumière (Jean 1.9), que les hommes n'ont pas reçue, pas comprise (v. 5).

Ainsi, dès le commencement, apparaît l'incompatibilité absolue entre les ténèbres et la lumière. En dehors du royaume de la lumière instauré par le Père des lumières, de qui descend tout don parfait (Jac 1.17), il existe un royaume des ténèbres. Face au royaume de la lumière, dans lequel nous sommes introduits par la foi, se trouve donc un royaume des ténèbres, dont le but est d'entraîner la créature de Dieu dans «les ténèbres du dehors», loin de la lumière divine. C'est, avant tout, ce que suggère la séparation divine, au premier jour de la création.

Outre le symbole, cette séparation dégage un grand principe, qui se vérifie tout au long de l'Ecriture, selon lequel:
1) Dieu a toujours en vue le bonheur de l'homme;
2) la séparation selon Dieu est toujours une mesure de protection et de bénédiction.

En effet, en séparant la lumière des ténèbres, l'Eternel ne prépare-t-il pas (comme dans tout son oeuvre créatrice) les conditions terrestres idéales pour cet homme qu'il va créer à son image? L'alternance des jours et des nuits, des soirs et des matins, n'offre-t-elle pas à l'homme des conditions de vie agréables, bienfaisantes et harmonieuses, un équilibre entre le temps réservé à l'activité et celui du repos? Que serait une vie entière passée dans l'obscurité? Un jour perpétuel, sans nuits réparatrices aurait tôt fait d'exténuer l'homme. Sans doute, dans la cité céleste illuminée par la gloire de Dieu et de l'Agneau, nous jouirons de la lumière éternelle sans plus de nuit, mais alors dans des corps glorieux!

A remarquer encore que la nuit voulue par Dieu pour l'homme n'est pas comparable aux «ténèbres du dehors», profondes, inimaginables qui régnaient à la surface de l'abîme. La lune et les étoiles en atténuent l'obscurité; la nuit ne manque ni de beauté, ni de charme, ni de poésie, en été surtout. Pourtant la nuit reste l'opposé du jour. L'obscurité favorise la dissimulation, le développement du péché, puisque propice à l'action de ceux qui se cachent. Ceux qui s'enivrent, s'enivrent la nuit;... nous qui sommes du jour, soyons sobres (1 Thes 5.7-8).

2. Les eaux

Dans cette même perspective d'un séjour agréable pour l'homme, sont séparées les eaux au-dessous de l'étendue et celles au-dessus (1), ainsi que les mers et la terre ferme, grâce aux lois naturelles, merveilleuses et admirables, établies par le Créateur, qui régissent l'échange des eaux et des vapeurs dans l'atmosphère.

Cet équilibre fut rompu au déluge, quand toutes les sources du grand abîme jaillirent et les écluses des cieux s'ouvrirent (Gen 7.11). Alors fut interrompue la séparation des eaux, par le jugement de Dieu. A Noé l'Eternel promet qu'il n'y aura plus de déluge, tant que la terre subsistera (Gen 9.11). Cette alliance, attestée par l'arc-en-ciel, met l'humanité à l'abri, grâce au décret divin, d'un futur déluge.

3. Un peuple

A la séparation dans la création succède la séparation dans l'humanité.

Dieu honore la foi d'un homme qui accepte sa grâce dans l'obéissance: Abraham, appelé le père des croyants. Il lui promet une descendance dont il fera un peuple témoin, (distinct du reste de l'humanité détournée de Dieu), par l'effet d'une séparation protectrice, lui permettant d'être béni. Toute l'histoire d'Israël se déroule en fonction de ce thème conforme à la pensée divine: Je vous ai séparés des peuples, afin que vous soyez à moi (Lév 20.26). Propriété de Dieu, peuple élu, béni, choyé, Israël connut des «temps forts» et des temps difficiles. Chaque fois qu'il perdit de vue la séparation, la mise à part dont il était l'objet, il en subit les conséquences tragiques et douloureuses (après l'intervention de Balaam, par exemple). Par les prophètes, le peuple était averti, exhorté, repris. Dieu les suscitait pour engager le peuple à marcher dans l'obéissance à sa Parole, dans la séparation.

Il ne suffisait pas qu'Israël se tienne à l'écart des autres peuples (ce qui aurait pu devenir simple ségrégation raciale); il devait en connaître la raison. Il fallait donc distinguer ce qui est saint de ce qui est profane (Jér 15.19). Ainsi seulement le prophète pouvait être comme la bouche de l'Eternel, c'est-à-dire son oracle. Le prophète était le porte-parole de Dieu, avec toute la puissance correspondante, à la condition qu'il sépare, lui-même au préalable ce qui est précieux de ce qui est vil.

A l'Eglise, Paul ne rappelle rien d'autre; il faut se séparer de tout ce qui se rapporte au culte des idoles. Dieu est saint et le temple du Dieu vivant (que nous sommes) ne supporte pas des contacts avec ce qui est impur. Mais il ne nous est pas demandé de vivre en reclus, à l'écart de nos semblables, retranchés dans un isolement sectaire. Le Seigneur l'a dit: Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les garder du Malin (Jean 17.15). Restons sur nos gardes; il y a des contacts extrêmement dangereux et des proximités redoutables à éviter absolument. Séparez-vous, dit le Seigneur; ne touchez pas à ce qui est impur (2 Cor 6.17).

Sur la séparation dans la vie du chrétien, il y aurait certes encore beaucoup à dire...

Il. Dieu rassemble

(Lire Jean 11.52; Marc 13.27; Eph 1.9-10)

Si Dieu sépare d'abord, en fin de comte son plan est de rassembler ses enfants, de réunir même toutes choses, au temps fixé par lui. Séparer et rassembler ne sont contradictoires qu'en apparence. Avant de pouvoir entrer dans un alliage à usage industriel, l'or brut doit subir l'affinage. Cette opération consiste à séparer l'or des autres métaux qu'il contient (argent, platine, cuivre, par exemple) par voie chimique ou électrolytique. Alors seulement l'or fin (or pur) peut subir une deuxième opération: l'alliage, par la fonte de cet or pur avec une quantité déterminée de métaux d'appoint, eux-mêmes préalablement purifiés. On obtient ainsi un or allié, au titre exact désiré répondant aux exigences techniques requises, pour entrer dans le circuit de fabrication. On ne saurait parler d'alliage sans affinage préalable. Dieu, d'abord, sépare, ensuite seulement il allie (voir Mal 3.3). Dans son plan le Seigneur apparaît comme le grand rassembleur. Par sa mort, Jésus réunit en un seul corps les enfants de Dieu dispersés. Le fils de l'homme rassemblera les élus des quatre vents, de l'extrémité de la terre jusqu'à l'extrémité du ciel. Enfin, quand les temps seront accomplis, le Seigneur réunira toutes choses en Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre.

Rappelons-nous que, si Dieu nous veut séparés, à certains égards, il veut aussi, compte tenu du grand rassemblement qu'il prépare, que nous cherchions à nous rassembler. Ne promet-il pas sa présence à ceux qui se réunissent au nom de Jésus Christ?

Avant de conclure, il importe encore de ne pas confondre:

séparation et division
 
La séparation est l'oeuvre de Dieu. La division est l'oeuvre du diable (Satan est le diviseur).
 
Dieu sépare ce qui est incompatible, discordant, disparate. Le diable divise ce qui est uni.
 
La séparation voulue de Dieu est une mise à part. La division, oeuvre du diable, est coupure, morcellement, mutilation.
 
La séparation La division
- délimite - déchire
- protège - fragmente
 
La séparation est La division est
- bienfaisante - douloureuse
- sanctifiante - traumatisante

Satan s'oppose constamment à l'oeuvre de Dieu. Il cherche à diviser tout ce que Dieu unit. Inversement (danger peut-être plus grand encore), quand Dieu sépare, Satan s'ingénie à empêcher la séparation; il prône le mélange, la confusion, l'équivoque, l'ambiguïté:

- sur le plan doctrinal et spirituel voir les églises de Pergame et Thyatire
- au plan physique: l'unisex
- au plan moral: la notion du péché disparaît

Notre séparation, voulue de Dieu, notre mise à part, comme pour Israël, atteste que nous sommes la propriété de Christ qui a donné sa vie pour nous.

La séparation est un titre de propriété.

Appartenant à Christ, et avec lui cohéritiers, nous attendons, avec son retour (vraisemblablement très proche) la grande réunion qui rassemblera en lui tous les enfants de Dieu aujourd'hui encore dispersés.

André Aellen
1) «Les eaux au-dessus»: il s'agit de l'hydrosphère qui protégeait des rayons radio-actifs, assurant la longévité des êtres vivants, et qui produisait un effet de serre, assurant une température similaire sur toute la terre; au déluge, cette eau en suspension descendit sur la terre sous forme de pluie pendant 40 jour et 40 nuits (N.d.l.r.)
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