Techno-dépendant ou théo-dépendant ?

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Addiction technologique

Je l’avoue, je suis assez accro à mon smartphone. Ce petit appareil est devenu comme le prolongement de ma main, et si le symbole de sa batterie est rouge, je ne me sens pas très bien : un chargeur, vite !
Nos téléphones regroupent tant de fonctionnalités qui nous accompagnent du matin au soir : réveil, météo, musique, bibliothèque de livres, actualités en temps réel pour passer le temps sur un quai de gare ou aux toilettes, téléphone, messagerie, réseaux sociaux, applications professionnelles, jeux, toute la connaissance d’internet à portée de pouce, GPS, vidéos, et j’en passe.
Il existe même des applications pour nous aider à gérer le temps que nous passons sur les autres applications. J’en ai acheté une, il y a tout juste un an. Devoir se faire aider par la technologie pour maîtriser la technologie, c’est le comble ! Grâce à cette application, j’ai limité d’abord le temps quotidien que je pouvais passer sur certaines applications, en particulier les réseaux sociaux et YouTube. Remarquant que je continuais à cliquer plusieurs fois machinalement sur les applis même
après avoir dépassé le temps permis, j’ai finalement complètement bloqué ces applications sur le smartphone.
De plus, j’ai bloqué toutes les applications la nuit, sauf les appels/sms, le réveil et la Bible !
Seule cette radicalité m’a permis de modifier vraiment mon comportement numérique.
J’ai mis longtemps à m’avouer que je passais trop de temps sur mon téléphone, mais il faut regarder la réalité en face. Les créateurs des applications, en particulier celles des réseaux sociaux, cherchent à nous garder le plus longtemps possible sur leur plateforme. Ils ont travaillé pour nous rendre addict, et nous pousser à « scroller 1  » à l’infini.
En France, en 2024, le temps moyen d’écran (sur smartphones) est de 3 h 30 par jour, et il a augmenté d’une heure en 2 ans. Au Brésil, il est de 5 h 30, et les deux tiers du temps passé concernent les réseaux sociaux 2 . De plus en plus d’études montrent que les réseaux sociaux ont un impact négatif sur la santé mentale de beaucoup d’utilisateurs intensifs, et cela est encore accentué pour les adolescents (baisse d’estime de soi, pression à la perfection, impulsivité, cyberharcèlement, hyper sexualisation, etc.). Les algorithmes nous poussent aussi vers ce qui nous attire, aggravant les dépendances. Par exemple, un adolescent fragile peut se retrouver pris dans une spirale de contenu déprimant, voire être poussé jusqu’au suicide 3 .
Comme pour les autres addictions, les notifications et les contenus des applications déclenchent des réactions chimiques dans notre cerveau qui nous poussent à aller chercher la « récompense ». Lorsque l’on reçoit une notification et que l’on y résiste, il se passe un combat dans notre cerveau entre la noradrénaline (contrôle) et la dopamine (incitation). 4

Ne nous comportons pas comme des robots

Pourtant nous ne sommes pas que matière. Ce sont bien nos choix qui font «  se tracer  » de manière toujours plus forte des chemins dans notre cerveau jusqu’à ce qu’ils deviennent des habitudes, voire des addictions. Nous avons toujours le choix d’obéir à Dieu plutôt qu’à nos penchants, et Dieu n’attend que cela pour nous libérer de nos dépendances. C.S. Lewis décrit bien notre situation :
« [Dieu] peut opérer un tel changement et l’opère effectivement, mais seulement si l’homme le laisse agir. En réalité, il a limité son propre pouvoir dans ce sens. Parfois nous nous demandons pourquoi il l’a fait et allons jusqu’à souhaiter qu’il ne l’eût pas fait. Mais apparemment, il semble penser que cela en vaut la peine. Il préfère certainement un monde d’êtres libres, avec tous les risques que cela implique, qu’un monde d’êtres semblables à des robots. Plus nous parvenons à imaginer ce que serait un monde de parfaits automates, plus nous apprécions, me semble-t-il, la sagesse de Dieu. 5  »
Dieu nous place encore aujourd’hui devant la responsabilité qu’il a présentée à Caïn : « le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui. » (Gen 4.7).
En plus du combat chimique qui se joue dans notre cerveau, il y a donc un combat spirituel à tenir. Dieu nous a donné toutes les armes, défensives et offensives, pour être victorieux (Éph 6.10-18). Mais pour cela il faut être prêt à se couper la main si elle nous pousse à chuter  ! (Mat 5.29-30) Et sûrement que pour plusieurs, comme moi, se couper la main signifie «  lâcher son smartphone  ». C’est moins douloureux mais ce n’est pas rien !
Cela nécessite de prendre du recul sur la gestion de son temps numérique. Vais-je sur mon smartphone de manière intentionnelle, pour un objectif précis, ou bien pour nourrir une habitude ? Ai-je l’impression d’avoir fait quelque chose d’utile et de bon après mon utilisation  ? Prend-il trop de place sur mon temps familial ou spirituel ?
Après la prise de conscience vient l’action : couper les notifications, mettre son téléphone de côté, désinstaller des applications, utiliser des limiteurs ou bloqueurs d’application si on n’arrive pas à se raisonner, demander de l’aide si besoin.
Surtout, remplaçons le vide ainsi créé par de bonnes choses. Se challenger à prendre plus de temps pour la lecture de la Bible ou d’un bon livre, pour la prière, la vie de famille, les relations amicales directes  ; choisir aussi ses loisirs de manière consciente.

Gérer son temps

Céder à des tentations sur internet est un péché important. Mais rester des heures à perdre du temps sur des choses plus ou moins utiles, et souvent futiles, est déjà un péché aux yeux de Dieu  !  Ce temps perdu est du temps en moins à servir notre
prochain. Jésus l’a affirmé très clairement : « toutes les fois que vous n’avez pas fait ces choses à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne les avez pas faites ». (Mat 25.45)
L’apôtre Paul nous dit aussi : « Rachetez le temps, car les jours sont mauvais ». (Éph 5.16) Cela signifie que le temps que Dieu nous accorde ne nous appartient pas. Comme avec l’argent, nous sommes simples gestionnaires du temps que Dieu nous donne et devons donc l’utiliser avec sagesse.
Dans Les 12 règles du prédicateur, John Wesley plaçait en première position la bonne gestion du temps :
«  1- Sois diligent. Ne reste jamais inoccupé, ne perds jamais ton temps à des futilités, ne passe nulle part plus de temps que cela n’est strictement nécessaire. »
Plus loin, Wesley rappelle que le prédicateur doit toujours garder son objectif en vue, ainsi son temps sera utilisé pour répandre le bien et l’Évangile :
« 11- N’aie rien d’autre à faire qu’à sauver des âmes.
Dépense ton argent et dépense-toi toi-même pour cette œuvre-là et va toujours non seulement à ceux qui ont besoin de toi, mais à ceux qui ont le plus besoin de toi. »
Le diable a tout intérêt à ce que nous passions le plus de temps possible occupé à des choses futiles.
Dans cette position passive, nous ne contrecarrons pas ses plans et restons bien dociles. Si nous ne remplissons pas notre cerveau et nos cœurs de bonnes choses, les divertissements combleront le vide en apparence. (Luc 6.45)
Pascal décrit bien les raisons et le piège du divertissement  permanent, qui est poussé à l’extrême à l’ère du numérique :
« Divertissement. Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser. » 6
« Misère. La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement. Et cependant c’est la plus grande de nos misères. Car c’est cela qui nous empêche principalement de songer à nous et qui nous fait perdre insensiblement. Sans cela nous serions dans l’ennui, et cet ennui nous pousserait à chercher un moyen plus solide d’en sortir, mais le divertissement nous amuse et nous fait arriver insensiblement à la mort. »7
Les humains « tuent le temps » par le divertissement pour éviter de réfléchir aux questions existentielles et pour ne pas penser à la mort qui sera l’aboutissement de leur chemin. Ils fuient leur responsabilité en tant qu’humain, créature capable de prendre du recul sur sa condition. Cette situation est triste et devrait nous pousser à réveiller nos semblables. Mais si les chrétiens vivent de la même manière que leurs contemporains, quel message renverront-ils  ?
Comment resteront-ils sel et lumière  ? Comment dirigeront-ils les regards vers le seul phare dans la nuit, Jésus ?
Il faut reconnaître que nous avons du mal à relever le défi. Le seul moyen de ne pas « se conformer au siècle présent », c’est de se laisser transformer par Dieu, qui veut renouveler notre intelligence pour discerner sa volonté. (Rom 12.2)

Reprenons le contrôle sur la technologie

Je ne suis pas en train de dire qu’il faut totalement arrêter d’utiliser le numérique, ce qui est d’ailleurs quasiment impossible. Mais nous devons reprendre le contrôle, en appliquant la recommandation de Paul  : « Tout m’est permis, mais tout n’est pas
utile ; tout m’est permis, mais je ne me laisserai pas asservir par quoi que ce soit. » (1 Cor 6.12)
Nous pouvons utiliser la technologie pour de bonnes choses, et même pour l’avancée de l’Évangile, grâce à Dieu. Profitons des avantages qu’elle procure. Mais ne partons pas la fleur au fusil, et prenons du recul sur nos usages. Restons « prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. » (Matt 10.16)

  1. Scroller : faire défiler un contenu sur un écran informatique
  2. Voir le documentaire Arte : Dopamine, comment les applis piègent notre cerveau https://www.youtube.com/watch?v=a4YDsz0h6B4
  3. https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/09/18/harcelement-scolaire-une-plainte-deposee-contre-tiktok-pour-provocation-au-suicide-une-premiere-en-france_6189873_3224.html, consulté le 17/08/2024
  4. Cf note 1
  5. Dieu au banc des accusés, Éditions Empreinte temps présent, p 107
  6. Blaise Pacal, Pensées, Fragment Divertissement n° 2 / 7
  7. Blaise Pacal, Pensées, Dossier de travail – Fragment n° 32 / 35
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Combe Silvain

Silvain Combe est membre de la rédaction de Promesses. Passionné par l’étude de la Bible, il aime discuter de la foi. Il s’implique dans son église à Grenoble ainsi que dans une implantation d'église à Voiron. Il est marié, père de trois enfants et travaille dans le domaine de l’énergie.

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