L’impôt du temple (Matthieu 17.24-27)

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Promesses n° 232, Avril-juin 2025

Parmi les commentaires de l’Évangile selon Matthieu publiés en français, nous recommandons particulièrement celui de Christophe Paya, en deux volumes (Comprendre Matthieu 1‑13 et 14‑28), dans la collection Excelsis‑Édifac « La Bible et son message ». Ce commentaire, très clair et actuel, comprend trois parties différentes pour chaque section :
•  « Structure et contexte » remet la section dans le contexte global de l’Évangile et en donne les principaux éléments et les enchaînements.
• « Commentaire » est, comme son nom l’indique, un commentaire verset par verset, pas trop technique, mais qui présente cependant les principales options d’interprétation, avec quelques excursus pertinents.
• « Message » fait le pont avec les enjeux contemporains et ouvre des pistes d’application. En voici un extrait, avec l’aimable autorisation de l’auteur et des éditeurs.

24Lorsqu’ils arrivèrent à Capernaüm, ceux qui percevaient les deux drachmes s’adressèrent à Pierre, et lui dirent : Votre maître ne paie-t-il pas les deux drachmes ? 25Oui, dit-il. Et quand il fut entré dans la maison, Jésus le prévint, et dit : Que t’en semble, Simon ? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils des tributs ou des impôts ? de leurs fils, ou des étrangers ? 26Il lui dit : Des étrangers. Et Jésus lui répondit : Les fils en sont donc exempts. 27Mais, pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l’hameçon, et tire le premier poisson qui viendra ; ouvre-lui la bouche, et tu trouveras un statère. Prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi.

Le récit de l’impôt du Temple est encore un de ces moments où les pièces du puzzle doivent se mettre en place. La caméra va se tourner à nouveau vers Pierre, mais ce pourrait être vers nous : « qu’en penses-tu ? » Le Christ glorieux de la transfiguration (17.1-13), le Fils de l’homme de la croix et de la résurrection (17.22-23), le Fils royal (17.25) : vois-tu se dessiner son portrait ? Les diverses réactions possibles se sont succédé : perplexité/décalage (17.4), compréhension, au moins partielle (17.13) ; incapacité/incompréhension/peu de foi (17.17,20) ; affliction (17.23).
Ce qui est étonnant, dans l’histoire de l’impôt du Temple, c’est que la liberté des « fils », dont Pierre fait partie, se manifeste finalement par un geste en faveur de ceux qui ne le sont pas, geste guidé par le désir de ne pas scandaliser. L’étrange conclusion de cette péricope l’est donc à double titre : aller chercher la pièce de l’impôt dans la bouche d’un poisson ; et payer ce qu’on n’a pas à payer.
La forme littéraire du texte appuie probablement son message. La perplexité qu’on peut imaginer chez Pierre qui reçoit l’ordre de Jésus (mais le texte ne mentionne pas de réaction), la perplexité du lecteur qui prend connaissance de cet ordre, la perplexité du disciple d’aujourd’hui qui prend conscience de l’orientation que doit prendre sa liberté de fils ou fille. Néanmoins, l’acte attendu de Pierre, qui est suffisamment surprenant pour que le lecteur puisse se situer à distance et réfléchir à ce que lui-même est appelé à faire de sa liberté, est bien l’acte d’un « fils » ou d’une « fille » de roi. Le portrait du Fils comme le portrait des fils et des filles se précisent. Jésus et ses disciples sont situés par rapport à Dieu et par rapport aux autres.
Le fait de ne pas être volontairement une occasion de chute pour d’autres, par nos décisions, par nos paroles ou par nos actes, est intéressant pour des chrétiens qui, régulièrement, sont appelés à se distinguer des pratiques de leur environnement. La différence chrétienne n’est pas une différence contre le monde, mais une différence pour le monde. Elle ne vise pas à s’aliéner les gens, mais à leur faire entendre l’Évangile d’une manière aussi audible que possible. Pour les chrétiens, cette volonté de ne pas choquer inutilement peut s’accompagner d’un renoncement, pour le bien des autres et pour la cause de l’Évangile, comme Paul le développe longuement dans ses Épîtres. Le chrétien, conscient de ses droits et de sa liberté d’enfant de Dieu, peut y renoncer (voir 1 Cor 9, et même 8-10).
Puisque l’occasion de chute est liée au rapport au Temple, et donc au système religieux, ce récit peut nous amener à réfléchir à la manière dont nous nous situons par rapport aux « systèmes religieux » qui nous sont proches, mais dont nous nous distinguons. L’attitude de Jésus nous donne à voir quelqu’un qui, bien qu’en désaccord fort avec le Temple, n’en conteste pas systématiquement les tenants et les aboutissants. La critique, d’ailleurs, viendra en 21.12-17.
Il est d’ailleurs intéressant de noter comment les Épîtres appliquent ce principe de Jésus, par exemple dans le rapport entre « forts » et « faibles » (Rom 14-15 ; 1 Cor 8). Car cela peut nous montrer la manière de mettre en œuvre le message des Évangiles, en faisant passer le bien de l’autre avant notre liberté.  

L'Évangile selon Matthieu

Image de Christophe Paya

Christophe Paya

Christophe Paya, titulaire d’un doctorat en Nouveau Testament, est professeur de théologie pratique à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux- sur-Seine et pasteur de l’Union des Églises évangéliques libres de France. Il a écrit ou contribué à plusieurs ouvrages publiés aux éditions Excelsis.

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