L’église locale : autonome et en réseau

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Pourquoi il est bon pour une église de ne pas rester isolée

Ce texte est une version légèrement condensée d’un article publié par l’auteur en allemand 11 . Son intérêt particulier est de poser la question de l’individualisme non au niveau des personnes mais des églises locales. (NDLR)

Tôt ou tard, même dans les jeunes églises, la question des « autres » s’impose. Qui peut nous apporter quelque chose qui nous fait défaut ? Qu’en est-il des autres chrétiens des environs ? Où peut-on trouver un groupe de jeunes qui accueillerait les nôtres, pas assez nombreux pour former un groupe ? Ou préférons-nous essayer de tout faire nous-mêmes ?
Aucune communauté humaine n’est totalement autonome — même une communauté chrétienne : beaucoup de nos chants sont écrits par des chrétiens d’autres groupes ; nous ne sommes pas les seuls à envoyer des missionnaires ; nous consultons tous avec intérêt des livres de divers éditeurs et des articles sur Internet. Cela nous amène à nous interroger : quelle part de « l’extérieur » est bonne pour nous ? Comment faut-il comprendre « l’unité du corps » ? Les « autres » peuvent-ils aussi recevoir quelque chose de nous ?

La pensée de Dieu pour l’Église

1. L’autonomie de l’église locale

Le livre des Actes nous montre comment des groupes de disciples de Jésus appelés « églises » se forment dans les décennies qui suivent la Pentecôte. Elles sont chacune dirigées par plusieurs anciens (Act 14.23), parfois épaulés par des diacres (Phil 1.1). Elles prennent des décisions de manière autonome sur place (Act 11.29 ; 13.1-3). L’idée d’une direction centrale de l’ensemble du mouvement n’apparaît nulle part dans le N.T., même pas par des communautés éminentes comme Jérusalem ou Antioche, bien que des impulsions importantes soient venues de là au début. Les apôtres du Seigneur — en particulier Pierre et Paul — exercent une influence sur plusieurs communautés par leurs visites et leurs lettres. Mais leur parole est également mise à l’épreuve (Act 17.11) et rejetée par certains (2 Cor 10). Peu à peu, ils sont remplacés par des anciens (Act 11.30 ; 15.13 ; 1 Pi 5.1 ; 2 Jean 1). Cette impression apparait clairement au travers des Actes et des Épîtres jusqu’à l’Apocalypse de Jean à la fin du 1er siècle ; dans celle-ci le Seigneur s’adresse directement à sept de ces communautés. Aucune instance intermédiaire, ni même l’ « Église-mère » d’Éphèse, ne joue un rôle particulier : Jean voit le Seigneur de l’Église en relation directe avec chacune de ses églises locales (Apoc 2 ; 3).
Nous retenons que l’indépendance des églises locales faisait partie intégrante de la pratique du N.T. Beaucoup de textes y décrivent le service et la responsabilité mutuelle des membres de ces communautés, notamment la responsabilité des anciens devant Dieu pour le bien-être du « troupeau » (Act 20.28 ; Tite 1.5 ; Héb 13.17).

2. L’unité de l’Église de Dieu

Cela signifie-t-il pour autant que l’Église de Dieu ne se composerait que petits groupes indépendants les uns des autres ? Pas du tout ! Un autre aspect de la réalité de l’Église est au moins aussi explicitement décrit dans l’Écriture. Une vérité centrale extrêmement importante pour le Seigneur Jésus et ses apôtres y apparaît : l’unité. Jésus a affirmé l’unité du « troupeau » comme le but de sa mission (Jean 10.16) et il prie avec ferveur pour que « tous soient un » (Jean 17.11,21-23). Paul mentionne l’unité de l’Esprit (Éph 4.3) et de la foi (Éph 4.12-16) à préserver soigneusement.
L’unité étant donc l’essence même de l’Église, on ne s’étonne plus de ce que l’on observe ensuite lors de son expansion :
* Des apôtres travaillent ensemble (Gal 2.1-10), diffusent un évangile commun, une doctrine unique (Act 2.42 ; 1 Cor 4.17 ; Éph 2.20) ; ils luttent activement contre la propagation de fausses doctrines ; ils ne défendent pas leur autorité personnelle, mais veillent à former des collaborateurs et des responsables locaux (Act 20.28-32 ; 1 Cor 16.10-18 ; Act 6.1-6 ; 15.6-32 ; 16.10).
* Des lettres font le tour des églises, même si certaines ne sont adressées qu’à l’une d’entre elles (Gal 1.2 ; Col 4.16 ; Apoc 1.4).
* Des auteurs de lettres, malgré les préoccupations concrètes des églises locales, ne perdent jamais de vue le
contexte plus large du mouvement des églises (1 Cor 1.2 ; 14,33 ; 1 Pi 5.9).
* Différentes communautés d’une même région collaborent (2 Cor 9.1-2).
* Des églises sont un exemple et un encouragement pour d’autres (1 Thes 1.7-8 ; Rom 1.8), règlent ensemble les problèmes qui apparaissent (Act 15), se préoccupent de l’évolution de l’œuvre ailleurs (Act 8.14 ; 11.1-22).
* Des collaborateurs servent les églises lors de leurs voyages ou commencent un nouveau ministère ailleurs (Act 11.22 ; 18.18s ; 20.4 ; Rom 16.1s).
* L’hospitalité est offerte à ces collaborateurs itinérants (3 Jean 5-8).
* Une aide matérielle est apportée aux églises dans le besoin ; aide vécue comme un partage volontaire des ressources mais ressentie aussi comme un devoir réciproque (2 Cor 8.13s ; Rom 15,27).
* La communication passe par des lettres, avec des salutations fraternelles (Phil 4.22), des messages (Act 28.15 ; Rom 16.1-16), des lettres de recommandation (2 Cor 3.1 ; Act 18.27).
* Des louanges et remerciements sont adressés à Dieu pour ce qui s’est passé dans les églises d’autres pays (2 Cor 9.12s ; Act 11.18 ; 15.3 ; Rom 16.4).
* On prie les uns pour les autres (2 Cor 9.14 ; Éph 6.18).

Conclusion

Bien qu’aucune autorité humaine durable n’ait été établie au-dessus des communautés locales dans le N.T., les premiers chrétiens vivaient intensément l’unité donnée par Dieu.
C’est ainsi que Dieu a conçu les relations entre les églises : des églises locales autonomes, mais interdépendantes, parce que les chrétiens ont besoin les uns des autres, parce qu’ils s’aiment — et tout simplement parce que cela correspond à l’intention de Dieu.
En est-il de même aujourd’hui encore, après tous les développements de l’histoire de l’Église, avec la fragmentation de la chrétienté qui en a résulté ?
Bien sûr ! Dans le monde entier, un grand nombre d’églises vivent de manière autonome, responsables uniquement envers Dieu, mais en contact plus ou moins étroit avec d’autres églises.
Les églises qui recherchent la direction de leur communauté par le Seigneur et qui ont une identité et des convictions fortes, doivent éviter de tomber dans le piège de l’orgueil et du cloisonnement2 2 . Elles peuvent préserver la pureté de leur enseignement et de leur pratique tout en souhaitant participer à une coexistence d’églises inspirée du N.T.
La question qui se pose alors est la suivante :

Comment cela peut-il se développer concrètement ?

Au niveau local

La possibilité de prier ensemble, d’évangéliser, de défendre des valeurs éthiques ou de célébrer des cultes ensemble ne dépend pas seulement de nous, mais aussi de la situation dans les autres églises. Là où c’est possible en toute bonne conscience, on fait l’expérience de la beauté et de la force d’attraction de l’Évangile.
Nous sommes encouragés par le renfort de frères et sœurs qu’on ne connaîtrait pas autrement. Chaque fois que les circonstances deviennent plus rudes, les frontières entre les disciples de Jésus s’estompent de toute façon. Tant qu’il n’est pas question de faire des compromis sur des points essentiels, pourquoi attendre des temps difficiles ?

Au niveau régional

Des églises proches les unes des autres peuvent s’entraider en mutualisant leurs ressources.
L’une n’a que peu d’enfants mais plusieurs jeunes, l’autre beaucoup d’enfants mais peu de jeunes : elles peuvent alors regrouper les rencontres correspondantes pour quelques temps. L’une a des personnes à baptiser, l’autre a un bassin — on sait alors rapidement où aura lieu la prochaine joyeuse fête. Des camps d’été communs, des chorales régionales, un soutien ou des collaborations lors d’évangélisations, une assistance spirituelle dans des situations où l’on a besoin de quelqu’un en dehors de sa propre église, le soutien de petites églises avec des prédications… les possibilités d’utiliser et de développer l’unité de l’église de Jésus au niveau régional sont multiples.
Les échanges entre responsables sont un moyen de se côtoyer avec profit. S’ils s’entendent, ils pourront identifier et mettre en œuvre des actions nouvelles, ou mettre fin discrètement à des désaccords. En planifiant des formations communes ou des journées inter-églises, les « zones grises » locales s’éclairent mutuellement. Dans de tels échanges, les anciens trouvent les encouragements mutuels qui leur font parfois défaut dans leur propre église.

Au niveau national

Pour beaucoup, la bénédiction d’appartenir à un réseau national n’est pas évidente.
Comme chez les jeunes générations, le lien institutionnel tend à s’affaiblir de toute façon, le manque ne se manifestera pas de sitôt.
Mais imaginez un réseau de communautés de taille petite à moyenne regroupant ceux qui partagent les mêmes convictions de base.
C’est informel, sans adhésion, sans cotisations régulières, sans contrôles ni instance supérieure. Peu importe que le but soit un simple échange avec des frères et sœurs, la fondation d’une nouvelle église, un livre de chants, de bonnes traductions de la Bible ou d’une littérature fidèle à la Bible, la recherche d’un intervenant pour le travail dans l’église, les conférences, les enfants, les jeunes, les femmes, l’évangélisation ou la diaconie, etc.
Vous n’êtes pas obligés de profiter de ces offres, mais elles vous sont toutes ouvertes.
Vous avez de nombreuses possibilités de vivre l’unité du N.T. et de promouvoir le Royaume de Dieu selon vos dons — on est plus fort ensemble que seul.

Au niveau mondial

Les chrétiens de Jérusalem ne se sont pas constamment occupés de ceux de Syrie ou de Grèce. Mais, à certaines périodes, il est devenu important pour eux de se connaître et de s’entraider.
Des églises locales indépendantes n’ont pas seulement leur mouvement en vue, mais le royaume de Dieu en général. De nombreux collaborateurs d’églises d’un réseau national travaillent dans de multiples œuvres et sociétés missionnaires internationales qui édifient et soutiennent les églises de façon biblique.

Pourquoi est-il bon de ne pas rester seul en tant qu’église ?

Y a-t-il donc des raisons pour une église de rester seule ? Le modèle du N.T. n’est-il pas convaincant ? Qui donc voudrait priver son église de la bénédiction de l’unité biblique et l’isoler des autres chrétiens ?
Tous ceux qui veulent rester seuls ne sont pas des Diotrèphe qui protègent leur pré carré en isolant leur communauté (3 Jean 9-11).
Certains sont simplement marqués par des années difficiles dans une union d’églises ; ils ont finalement résolu de la quitter et chérissent désormais leur liberté par-dessus tout. D’autres retiennent surtout les mauvaises nouvelles concernant les autres chrétiens et se privent de la joie de voir d’abord « la grâce de Dieu » (Act 11.23).
Certes, il ne s’agit pas d’un choix entre « non, avec personne !  » ou « oui, avec tout le monde ! » Nous souhaitons la bénédiction de Dieu pour que chaque église locale réfléchisse à l’attitude que Dieu considère comme sage et utile pour elle.

    1. /www.gesunde-gemeinden.de/artikel/selbstaendig-und-vernetzt-1/ ↩︎
    2. Pour ceux qui pensent pouvoir se passer des autres dans le corps de Christ, Alexander Strauch propose un résumé assez sombre des résultats d’un isolement des églises locales (Strauch, Alexander, The Interdependence of Local Churches, in Understanding the Church Emmaüs Journal, Loizeaux Brothers, 1999, p 189-212). ↩︎

    Vivre les différences dans l'Église

    Image de Marco Vedder

    Marco Vedder

    Né en 1969, marié à Stefanie et père de quatre enfants adultes, Marco Vedder est infirmier de formation. Il a participé à l'implantation d’une église à Bingen (Allemagne), puis a œuvré comme missionnaire en République Démocratique du Congo, participé à une formation d'implantation d'église à Salzbourg et développé du matériel de formation pour un mouvement d'implantation d'églises en Zambie. Depuis, il intervient principalement en Allemagne par des conférences et des formations, tout en s’impliquant dans une église à Giessen. Il est directeur de l’œuvre de www.gesunde-gemeinden.de parmi les églises des Frères en Allemagne.

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