Recevoir une remarque, une forme d’intelligence

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Comme c’est difficile d’accepter ses torts ou d’accepter d’avoir tort ! La Bible nous y incite pourtant souvent, notamment dans le livre des Proverbes. « Qui aime l’instruction aime la connaissance, et qui hait la répréhension est stupide. » (Prov 12.1 – Darby)1
Le chrétien sait bien qu’il n’est pas parfait. Il a reconnu qu’il était pécheur et qu’il avait besoin d’un Sauveur. Et dans la suite de sa vie, il est appelé à se voir tel que Dieu le voit : parfait en Christ, mais ayant toujours une capacité de pécher.
Quant à ses capacités naturelles et à ses dons spirituels, il se voit tel que Dieu le voit : avec une juste estime de lui-même, ni trop haute, ni trop faible (cf. Rom 12.3) Ce faisant, il peut rester humble et regarder « les autres comme étant au-dessus de lui-même » (Phil 2.3-4.)
Pourtant, avez-vous constaté qu’on remarque toujours davantage les défauts des autres que les nôtres ? Jésus l’a tellement bien dépeint à travers l’image de la paille et de la poutre ! « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » (Mat 7.1-5)
Le but de cet article est de nous faire réfléchir à la difficulté que nous avons parfois à recevoir une remarque, qui relève un de nos travers ou une erreur commise 2.

Faire une remarque

Avant d’aborder le côté de la personne réceptrice d’une remarque, nous allons voir dans un premier temps le côté de l’émetteur.
Bien entendu, nos relations humaines, et surtout fraternelles, devraient être constituées essentiellement d’encouragements, de compliments, de valorisation de l’autre — bref, de positif.
Mais parfois la paille dans l’œil de notre ami(e)… nous saute aux yeux. Il a parlé avec mépris à un plus petit, il s’est agacé sans raison apparente, il a affirmé quelque chose de faux, il a été blessant envers nous — bref il a tort ou il a un tort. Ce peut être plus important : une décision engageante qui nous semble peu judicieuse, des fréquentations qui éloignent mon ami de Dieu, une mauvaise habitude qui devient addiction, etc.
Alors, quand nous voyons « quelque chose qui ne va pas » chez un de nos frères ou une de nos sœurs, que faire ?

  • Peut-être faut-il attendre car réagir « à chaud  » est parfois violent et contre-productif : La Bible nous parle de « parole dite en son temps » (Prov 15.23). Si on pense qu’on ne parlera pas avec assez de grâce, mieux vaut patienter avant de parler. Sans non plus laisser passer trop le temps et se taire, ce qui serait un manque de courage.
    Garder tout pour soi peut aussi faire naître une « racine d’amertume » et entraîner des conséquences fâcheuses plus tard.
  • Réfléchir à la pertinence de notre démarche et sonder nos intentions : Si nous faisons une remarque, est-ce pour le bien de notre ami(e) ? Ou est-ce pour nous venger d’un ancien différend non réglé avec lui ou elle ?
  • Regarder à nos propres défauts 3 : Bien sûr, si nous attendions d’être parfait pour faire une remarque à quelqu’un, nous nous tairions à tout jamais. En Matthieu 7, le Seigneur est sévère : « Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère. » (v. 5) Une introspection honnête peut nous amener à nous humilier devant Dieu (cf. Jac 4.9-10). De plus, réfléchir préalablement à nos propres manquements, nous « juger » nous-même, nous aidera à montrer davantage de bienveillance dans nos pensées, dans notre démarche envers notre ami(e) et dans nos paroles.
  • Réfléchir à l’impact potentiel de nos paroles : Les relations humaines sont complexes, les divers types de personnalités aussi 44. Une « petite » parole peut avoir un effet dévastateur, suivant la personne qui la reçoit, son vécu personnel, sa situation du moment ou le sujet abordé (cf. Jac 3.1-12).
    Par ailleurs, on dit qu’il faut cinq paroles positives pour compenser une parole négative…
  • Tenir compte de notre relation avec la personne : Nous ne parlerons pas de la même manière à notre enfant qu’à une personne âgée (cf. 1 Tim 5.1-2). Si nous sommes en position d’autorité, faisons attention à avoir des égards pour un plus faible (contrairement à la brebis grasse d’Éz 34.20-22).
  • Toujours distinguer la personne de ses actes : « Tu n’as pas bien fait » est très différent de « Tu es nul » !
  • Faire attention à l’effet boomerang : Jésus, en introduction de Matthieu 7, est clair : « Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. » (Mat 7.1-2)
    Mais attention, cette parole ne doit pas nous paralyser et nous empêcher de dire les choses.
  • Et surtout parler avec amour : Dans ce domaine, la forme importe autant que le fond. Que de notre bouche ne sortent pas des paroles acerbes mais des paroles constructives, empreintes de grâce (cf. Jac 3.1-12).

Ces différents points ne doivent pas nous enlever toute spontanéité… De plus, ils ne sont en rien exhaustifs. Quoi qu’il en soit, souhaitons que notre remarque soit bien reçue. Et si ce n’est pas le cas, n’hésitons pas à demander pardon si nous avons manqué dans la forme ou dans le fond — pour le reste, c’est la responsabilité de notre ami(e).

Recevoir une remarque

Et quand nous-même sommes l’objet d’une remarque ou d’un reproche, ou si l’on nous donne juste un conseil, comment allons-nous réagir ? Revenons aux Proverbes : ne pas accepter la répréhension est une marque de stupidité — autrement dit, reconnaître d’avoir tort ou reconnaître ses torts rend plus sage !
Ce livre énumère de nombreuses conséquences positives pour celui qui écoute les conseils, les remarques, les reproches, les réprimandes… et des conséquences fâcheuses pour celui qui ne les écoute pas — il nous dit même que « le salut est dans le grand nombre de conseillers » (Prov 11.14).
Cela est valable bien sûr pour les enfants et les jeunes : « Écoute les conseils, et reçois l’instruction, afin que tu sois sage dans la suite de ta vie » (Prov 19.20) — mais aussi à tout âge de la vie. Tout être humain, dans un cercle de vie ou un autre, est appelé à se soumettre.
Si par exemple vous travaillez en entreprise, vous devez vous soumettre aux décisions de votre supérieur, même s’il ne suit pas votre avis pourtant bien meilleur que le sien 5 … selon vous.
Vous avez peut-être une fonction importante dans l’église, dans votre travail, dans votre famille ; vous êtes un « leader ». Pour vous aussi, reconnaître quand vous vous êtes trompé n’est pas un aveu de faiblesse mais la preuve que vous n’êtes pas « stupide » — et votre faculté d’écoute est un exemple pour ceux qui vous entourent ou qui vous suivent, de même que l’esprit de service dans lequel vous exercez vos fonctions.
Alors, tous, n’ayons pas peur d’avoir tort, acceptons de nous être trompés, déjà dans les petits détails du quotidien ; et cela nous sera plus facile dans les choses plus importantes.
Et même si la forme n’y est pas, si les paroles reçues ne font pas plaisir à entendre, écoutons. Prenons exemple sur David, qui a écouté Nathan et a confessé sa faute (2 Sam 12.1-15) ; n’imitons pas Saül qui a cherché à se justifier devant Samuel (1 Sam 13.8 -14).
Nous deviendrons plus sages, nous grandirons spirituellement, vers plus de maturité, nous grandirons « à tous égards en celui qui est le chef, Christ. » (Éph 4.15) — notre caractère se transformera pour la gloire de notre Dieu.

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Je ne peux pas clore cet article sans penser aux remarques reçues aux cours de ma vie, à celles qui m’ont blessée, à celles qui m’ont semblé injustifiées — alors que plus tard j’ai parfois compris qu’elles étaient pour mon bien —
mais aussi à celles qui ont été dites avec tact, qui m’ont fait grandir et m’ont fait apprécier davantage mon ami(e).
Et je ne peux pas non plus oublier mes silences — alors qu’il m’aurait fallu parler — ni mes remarques faites sans amour, consciemment ou inconsciemment, et qui ont pu blesser mes amis et pour lesquelles j’ai besoin de leur pardon.

  1. Autres références dans les Proverbes sur ce sujet : 10.17 ; 12.15 ; 13.1 ; 13.18 ; 15.5 ; 15.10b ; etc. ↩︎
  2. Nous ne parlerons pas ici de sujets plus graves, qui seraient de l’ordre d’un conflit ou qui justifieraient de faire intervenir une tierce personne. ↩︎
  3. Avant de parler, pensons à la chute de cette fable de La Fontaine : « Il fit pour nos défauts la poche de derrière Et celle de devant pour les défauts d’autrui. » Jean de la Fontaine, « La besace », Fables, livre 1.7. ↩︎
  4. Un perfectionniste qui relève tous les petits détails négatifs du quotidien et rend la vie impossible à son conjoint et/ou à ses enfants pourra se reconnaître et demander la grâce de Dieu pour changer. ↩︎
  5. ) Se soumettre ne veut pas dire accepter la tyrannie d’un chef sans rien dire, ni accepter la violence d’un conjoint, ni se taire devant une situation de violence intra-familiale, etc. ↩︎

Individualisme et solidarité

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Prohin Anne

Anne Prohin, mariée et mère de deux filles adultes, est collaboratrice de la revue Promesses. Orthophoniste de formation, elle a interrompu son activité professionnelle il y a 20 ans pour s’impliquer bénévolement auprès des immigrés dans une association locale ainsi qu’à la Gerbe (association humanitaire chrétienne) où elle donne des cours de français langue étrangère.

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