Cet article a été écrit dans le cadre d’une réflexion sur la pauvreté au sein de la société humaine mais son application est plus large et peut concerner de nombreuses autres situations
Comment pouvons-nous réellement nous rendre forts les uns les autres face aux défis de la vie ? Si la Bible invite à la force et au courage, elle souligne aussi le paradoxe d’une force qui se reçoit plutôt qu’elle ne se possède. Entre responsabilité individuelle, entraide et dépendance à Dieu, cet article explore le sens profond du fait de « se rendre forts ».
Chercher à se rendre forts les uns les autres est certainement un objectif qui peut nous servir de boussole quand nous essayons de contribuer au mieux à la vie de la société humaine et en particulier d’agir face à la pauvreté. Dieu nous a créés avec un potentiel qui est appelé à se réaliser pour la gloire de Dieu et nous avons besoin les uns des autres pour cela. Si l’un (cf. Lév 25.35) et inversement ne pas fortifier la main du malheureux et du pauvre alors qu’on en a largement les moyens est une faute grave (cf. Éz 16.49). Dans les vicissitudes de la vie sous le soleil, nous sommes tous faibles à un moment ou sous un aspect et avons besoin de ceux qui sont plus forts. Parfois aussi, de façon paradoxale, c’est celui qui est (ou paraît ?) le plus faible qui va faire l’apport décisif (cf.
Ecc 9.13‑15).
Un impératif aux multiples facettes
Car l’idée de « se rendre forts » est pleine de paradoxes. Arrêtons-nous, pour le montrer, sur une parole qui revient très souvent dans la Bible, sous une forme ou sous une autre, à savoir l`impératif : fortifie-toi ! C’est ce que Dieu dit à Josué : « Fortifie-toi et prends courage… » (Jos 1.6) C’est ce que le Psalmiste
se dit à lui-même : « Espère en l’Éternel ! Fortifie-toi et que ton coeur s’affermisse !
Espère en l’Éternel ! » (Ps 27.14) C’est ce que l’apôtre Paul écrit aux chrétiens : « Au reste, fortifiez-vous dans le Seigneur et par sa force souveraine. » (Éph 6.10) Les références seraient innombrables.
« Sois fort ! » est un impératif ! Il y a une responsabilité personnelle à être fort. Ce n’est pas si facile que cela à entendre. Dans certaines circonstances cela paraît même impitoyable. Est-ce que celui qui est faible a vraiment besoin qu’on lui dise : « Sois fort ! » ?
N’a-t-il pas plutôt besoin qu’on prenne soin de lui, quitte plus tard à lui apporter ce qu’il lui faut pour le rendre fort ?
La vraie force
En un sens, oui l Le Bon Samaritain n’a pas regardé le blessé le long du chemin en lui disant : « Fortifie-toi et prends courage l » Il l’a pris en charge et il a bien fait. Il faut plutôt comprendre qu’au sens le plus profond, il
n’y a que Dieu qui rende fort. Les gens qui se fortifient eux-mêmes selon la parole biblique le font dans la dépendance de Dieu, par la foi en Jésus, sous l’action du Saint-Esprit.
Leur force est une force reçue à tout instant, souvent au sein de la plus grande faiblesse comme David qui, dans une grande détresse et en danger de mort, « se fortifia en l’Éternel son Dieu » (1 Sam 30.6) ou Paul qui disait que c’était lorsqu’il était faible qu’il était fort (2 Cor 12.10).
Quand l’Écriture parle de se fortifier, elle ne désigne pas une force que l’on possèderait comme un pouvoir plus ou moins magique à notre disposition. Ce n’est pas une capacité dont on serait le propriétaire et que l’on pourrait transmettre aux autres. On peut éventuellement aider quelqu’un à se fortifier en l’encourageant, comme Jonathan qui vient voir David en fuite devant Saül « pour affermir son courage en Dieu » (1 Sam 23.16) mais on ne peut pas le rendre fort en mettant en œuvre une technique et encore moins en essayant de l’obliger à accepter nos paroles.
À un moment donné, il y a quelque chose qui se passe entre la personne et Dieu, et le seul intermédiaire possible est Jésus.
Deux horizons, un chemin
Rien de tout cela n’empêche qu’au niveau des réalités terrestres, de l’organisation de la société, du souci des pauvres, nous devions nous atteler à nous rendre forts les uns les autres. Il nous faut simplement nous rendre
compte que les deux niveaux sont appelés à aller ensemble : les humains sont faits pour devenir de plus en plus forts dans le développement des potentialités qui leur viennent du Créateur, et en même temps pour vivre de manière de plus en plus profonde la dépendance radicale par laquelle ils se fortifient dans le Seigneur — à l’image de Jésus enfant /jeune qui « grandissait et se fortifiait », « croissait en sagesse, en stature et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (Luc 2.40 et 52) et dépendait totalement de son Père. Si nous nous rendons forts les uns les autres sans cultiver en même temps la dépendance à l’égard de Dieu, nous risquons de faire un mauvais usage des progrès que nous aurons accomplis. C’est ainsi qu’il arrive que le pauvre d’aujourd’hui devienne le mauvais riche de demain et l’opprimé d’aujourd’hui l’oppresseur de demain.
C’est pour ces raisons que Tim Chester contrastait l’engagement social qui devrait consister « à renforcer les ressources communautaires » et le message de l’évangile qui dit : « nous ne pouvons rien et ne pouvons pas participer à notre salut ». Nous avons besoin des deux : rendre fort le pauvre et plus généralement nous rendre forts les uns les autres — et écouter et nous dire les uns aux autres le message de nous fortifier dans le Seigneur.