« Accompagne avec soin Zénas, le docteur de la loi, et Apollos afin que rien ne leur manque : et que les nôtres aussi apprennent à être les premiers dans les bonnes œuvres pour les choses nécessaires, afin qu’ils ne soient pas sans fruit. » Tite 3.13-14 (Darby)
Récemment, en étudiant la lettre de Paul à Tite, j’ai été frappé par ces deux versets qui n’avaient jamais vraiment retenu mon attention. Ils m’ont interpellé car ils dévoilent une belle manière d’honorer Dieu en portant du fruit
Pourquoi avons-nous été sauvés ?
Paul écrit cette lettre à l’un de ses fils spirituels, Tite, qu’il a laissé en Crête (1.5) pour mettre en ordre ce qui reste à régler, établir des anciens (1.5) et encourager les jeunes croyants à pratiquer les bonnes œuvres (2.7,14 : 3.1,8,14).
Auparavant, Paul était passé en Crête lors de son voyage vers Rome (Act 27.7-9,12-13,21). Il y était revenu avec Tite. La plupart des commentateurs conviennent qu’environ deux ans se sont écoulés entre ces deux voyages. La venue de Paul deux ans auparavant nous laisse penser que les églises de Crête étaient récentes et donc composées de croyants jeunes dans la foi.
Ceux-ci vivaient dans un contexte marqué par les nombreux faux docteurs dont l’attitude, les motivations, le discours et les actions étaient mauvaises (1.10-16). De plus, les Crétois étaient profondément menteurs et méchants, ce que l’un de leurs philosophes, Épiménide selon toute vraisemblance1 , reconnaissait volontiers (1.12).
Comment ces chrétiens de la première génération devaient-ils vivre désormais ? Vivant précédemment dans un mode de vie impie, adonnés aux désirs mondains (2.12), esclaves des plaisirs, remplis de jalousie et de haine, ils avaient été sauvés et avaient reçu une vie nouvelle par l’Esprit Saint (3.5). Lorsque la plupart de ceux qui t’entourent vivent d’une manière qui déshonore Dieu, tu as particulièrement besoin de repères bibliques et d’un bon exemple pour comprendre comment vivre comme chrétien, n’est-ce pas ? Tite devait être cet exemple inspirant par sa conduite irréprochable (2.7) et par son enseignement « pur et digne » (2.1,7,15 : 3.8).
Ainsi, les Crétois convertis devaient montrer une différence entre leur comportement d’avant la conversion et leur nouveau comportement : leur changement intérieur devait se traduire par des actes extérieurs conformes à leur nouveau statut d’enfants de Dieu. Et c’est souvent là tout le défi de la vie chrétienne : vivre en cohérence entre ce que l’on croit et ce que l’on pratique. Cette cohérence est un puissant témoignage pour gagner le respect des non-chrétiens, pour que la Parole de Dieu soit honorée, pour couper court aux critiques des opposants et pour encourager nos semblables (2.5,7,8,10) ! Ainsi, la pratique des bonnes œuvres est une conséquence logique de notre conversion. En fait, pratiquer des bonnes œuvres, « marcher en elles », est la raison pour laquelle nous existons et avons été sauvés (Éph 2.10). Ceux qui ont été touchés par la grâce de Dieu constituent son peuple, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres (1.14).
Paul propose une bonne œuvre
Selon toute vraisemblance, Zénas et Apollos étaient venus apporter la lettre de Paul à Tite en Crète. Ils étaient probablement partis de Nicopolis où Paul semble se trouver (3.12) pour amener la lettre à Tite. Nicopolis, située dans le nord-ouest de la Grèce actuelle, se trouve à plus de 700 kilomètres à vol d’oiseau de la Crète. Un long voyage !
Lorsque Paul demande à Tite d’accompagner Zénas et Apollos, de quel accompagnement parle-t-il ? Cela pourrait être simplement « escorter » Zénas et Apollos, ce qui est l’un des sens du mot original. Mais les précisions « afin que rien ne leur manque » et ensuite « pour les choses nécessaires » suggèrent que cet accompagnement consistait aussi à pourvoir à leurs besoins pour le voyage de retour. Cela comprend fort probablement le financement du voyage en bateau et des vivres ou une petite somme d’argent pour acheter de la nourriture.
Quelle prévenance de la part de l’apôtre pour ses compagnons d’œuvre ! Il souhaite qu’ils ne manquent de rien et charge une personne qui a toute sa confiance, Tite, de veiller à cela. En effet, Tite est la bonne personne pour gérer cet accompagnement car il avait été d’une grande aide aux Corinthiens pour les aider à concrétiser leur projet de collecte pour les frères et sœurs de Jérusalem (2 Cor 8-9).
Agir de la sorte, pourvoir aux besoins de Zénas et d’Apollos, veiller à ce qu’ils ne manquent de rien était une manière pour les croyants crétois d’apprendre la pratique des bonnes œuvres et de porter du fruit.
La recommandation de Jean à Gaïus
Cette prévenance à pourvoir aux besoins de ceux qui proclament Christ est également enseignée par l’apôtre Jean à Gaïus (3 Jean 6-8). Pourvoir aux besoins de frères qui visitent les églises pour les encourager, se préoccuper de leurs besoins pour accomplir leur voyage est une manière de travailler avec eux pour la vérité. Jean ne donne pas à Gaïus des instructions précises, mais il souhaite simplement qu’il pourvoie « à leur voyage d’une manière digne de Dieu ». Cela inclut sans doute les besoins pendant que ces frères demeurent avec lui, c’est-à-dire l’hospitalité et les frais de voyage. Si Gaïus ne prend pas cette recommandation au sérieux, le voyage et la mission de ces frères seront compromis. En suivant la recommandation de l’apôtre, Gaïus co-participe à sa manière à la grande mission.
Conclusion
Au cours des années et de mes voyages sur plusieurs continents, j’ai remarqué que les églises tombent facilement dans deux écueils opposés : soit elles insistent de manière lourde, voire légaliste, sur la nécessité de donner et d’accompagner les serviteurs de Dieu, soit elles n’en parlent quasiment jamais. Les exemples ci-dessus nous montrent que Paul et Jean ont encouragé Tite et Gaïus à se préoccuper de cette question. Ils nous encouragent aujourd’hui à nous en préoccuper aussi !
Le chrétien a été sauvé pour pratiquer des bonnes œuvres. Il existe mille et une manières de le faire, mais c’est en particulier sur le soin d’accueil ou d’accompagnement offerts aux serviteurs de Dieu que nous nous sommes arrêtés. C’est une manière de pratiquer les bonnes œuvres et de démontrer la maturité spirituelle d’un croyant ou
d’une église. Paul affirme que notre salut n’est pas une fin en soi, mais le début d’une nouvelle vie marquée par des bonnes œuvres, c’est-à-dire des actions concrètes, des gestes d’amour et de libéralité. Accompagner, pourvoir aux besoins et donner avec joie sont autant d’actes qui portent du fruit : cela exprime notre foi vivante et glorifie Dieu. Ainsi, pratiquer de telles bonnes œuvres n’est pas une obligation, mais une réponse sincère à la grâce que nous avons reçue.
- Il n’est pas cité nommément dans la lettre de Paul à Tite mais Épiménide a affirmé au VI e siècle avant J.-C. : « Tous les Crétois sont des menteurs. » ↩︎