Commentant Éphésiens 3.14-151, John Stott écrit : « Paul ne veut peut-être pas simplement dire que toute la famille chrétienne a reçu son nom du Père, mais que la notion même de paternité découle de la paternité divine. Dans ce cas la vraie relation entre la paternité humaine et la paternité divine n’est ni analogique (« Dieu est un père semblable aux pères humains »), ni projetée (la théorie de Freud qui prétend que nous avons inventé Dieu parce que nous avions besoin de l’image d’un père céleste), mais plutôt dérivée (la paternité de Dieu étant le modèle, la source de toute paternité concevable). »2
Pour comprendre ce qu’est une paternité au plein sens biblique du terme, examinons donc quelques aspects de Dieu comme notre Père.
Pour ce faire, nous nous tournerons essentiellement vers le N.T. En effet, si Dieu est Père dans le sens étendu où il est à l’origine de tout être humain (cf. Act 17.28-29 ou Luc 3.38), si Dieu peut, à l’occasion, être appelé le Père de son peuple Israël collectivement (És 63.16 ; 64.7), ce n’est vraiment qu’avec l’irruption de Jésus sur la terre que le nom de Dieu comme Père est pleinement introduit. Jésus est cet homme qui a eu l’outrecuidance de parler du Dieu d’Israël comme « son » Père — plus que cela, qui l’a révélé de façon unique (Jean 1.18 ; 14.8-10). Ce fut une source de rage pour certains de ses interlocuteurs (Jean 5.18) et le motif final de sa condamnation à la crucifixion (Marc 14.61-64). Jésus ressuscité introduit ses disciples dans une relation comparable à la sienne en annonçant à Marie de Magdala : « Dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » (Jean 20.17) Désormais l’Esprit assure chaque chrétien dans la réalité de cette filiation (Rom 8.15-16).

1.Le Père nous a adoptés (Éph 1.5)

Nous étions initialement des « enfants de colère » (Éph 2.3), des fils du diable (Jean 8.44). Mais Dieu « nous a prédestinés dans son amour à être ses enfants d’adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté » (Éph 1.5).
On a parfois donné l’illustration suivante : un père avait un fils unique qui est tombé un jour dans un traquenard où un voyou l’a tué. Le meurtrier a été arrêté et le père de la victime a dû venir témoigner au procès. À la surprise générale, il a annoncé qu’il pardonnait au meurtrier de son fils. Plus que cela, qu’il avait décidé d’adopter celui qui avait tué son enfant ! Voilà ce que Dieu a fait pour chacun de nous ! Nous sommes passés d’une famille dysfonctionnelle, divisée, remplie de haine, à la famille du Dieu de paix, d’unité et d’amour. L’adoption divine nous donne une totale sécurité. Le droit romain permettait à un père de renier et déshériter un fils naturel, mais lui interdisait de le faire pour un fils adopté. Nous sommes enfants de Dieu pour le temps et pour l’éternité !

2.Le Père nous communique sa propre nature (2 Pi 1.4)

Tout enfant adopté bénéficie des droits juridiques d’un enfant naturel, mais un test ADN révélera immédiatement qu’il n’est pas du même sang, de la même nature que son père adoptif. Mais quand il s’agit de la paternité divine, il en va différemment : « Sa divine puissance nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété, au moyen de la connaissance de celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa vertu ; celles-ci nous assurent de sa part les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine. » (2 Pi 1.3-4)
Un enfant de Dieu passe par une nouvelle naissance (Jean 3.5). L’Esprit de Dieu vient habiter en lui et lui communique une nouvelle nature, conforme à celle de son Père céleste. Naturellement, il ne devient jamais « dieu » et ne partage pas les attributs incommunicables de Dieu (il ne sera jamais omniscient, omnipotent ou omniprésent), mais il partage les attributs moraux de son Père : sa justice, sa sagesse, sa bonté, son amour… Fils du Dieu qui est lumière, il est désormais « lumière dans le Seigneur » (Éph 5.8).

3.Le Père nous introduit dans sa communion (Jean 14.23)

Une fois adoptés, une fois que Dieu nous a donné son ADN (si l’on peut dire !), il est important d’entretenir une relation avec notre Père céleste. Un père ou une mère souhaite dialoguer avec son enfant : avec un nourrisson, cela passe par le regard et les câlins ; avec un adolescent ou un enfant adulte, par des discussions ou des activités partagées.
Notre Père recherche une relation avec nous, ses enfants. Dans le sens descendant, il nous a donné sa Parole par laquelle il nous parle ; dans le sens ascendant, nous nous adressons à lui par la prière et ce dialogue entretenu nous introduit dans sa communion, ce que Jésus illustrait par ce mot de « demeure » : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui. » (Jean 14.23) On raconte l’histoire d’un père absorbé dans son travail qui entend son petit garçon toquer à la porte de son bureau. « Que veux-tu ? » lui demande-t-il. « Rien, papa, répond l’enfant, juste être là avec toi. » Et il s’est installé pour lire au pied du fauteuil de bureau de son père, au grand plaisir de ce dernier. Le Père se délecte que nous ayons envie d’être dans sa présence — et lui est toujours prêt, toujours disponible, pour nous accueillir. « Mon fils, donne-moi ton cœur », nous dit-il avec tendresse (Prov 23.26).
La communion passe aussi par l’activité commune. Le Père nous introduit dans son œuvre. Le Fils aîné faisait le travail de son Père (Jean 5.17,19-20) et désormais nous pouvons être à sa suite des « collaborateurs de Dieu » (1 Cor 3.9, NBS). Notre communion passe par le partage de buts et de centres d’intérêt communs avec notre Père.
Le Père se réjouit aussi de la communion entre ses enfants. Nous sommes heureux de savoir que nos enfants s’entendent bien, qu’ils se voient même en dehors de notre présence. Combien plus notre Père céleste se réjouit-il des relations que nous avons avec le Premier-né (Jean 14.21) et entre enfants du même Père (1 Jean 1.3) !

4.Le Père nous montre un modèle à imiter (Mat 5.9)

La communion produit l’imitation. Les petits enfants imitent ce que font leur papa et leur maman. Les instructions des parents ne sont pertinentes que si elles sont accréditées par leur conduite. Or notre Père céleste nous invite à l’imiter, à refléter ses caractères moraux. « Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! » (Mat 5.9) — car notre Père est le Dieu de paix. « Devenez donc les imitateurs de Dieu, comme des enfants bienaimés ; et marchez dans l’amour » (Éph 5.1-2) — car notre Père est amour. « Séparez-vous, dit le Seigneur, ne touchez pas à ce qui est impur, et je vous accueillerai. Je serai pour vous un Père, et vous serez pour moi des fils et des filles » (2 Cor 6.17-18) — car notre Père est saint et pur. Refléter notre Père dans son amour, sa paix, sa sainteté, etc., c’est le rendre visible sur terre par nous. Jésus nous appelle à être « parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Mat 5.48) « Tel père, tel fils », dit-on ; qu’on puisse le dire de nous !
Les parents demandent souvent à l’aîné(e) de la fratrie d’être un modèle pour les plus jeunes — ce qui peut parfois devenir un fardeau pesant pour lui ou elle. L’avantage de la famille de Dieu est que le Fils aîné est parfait. Le Père a donné en son Fils, l’homme Jésus, l’exemple dont nous avons besoin pour refléter à notre tour sa manière d’agir, ses buts, ses sentiments.

5.Le Père nous discipline pour notre bien (Héb 12.4‑11)

La paternité ne se départ pas de l’autorité. Même si cette dernière est aujourd’hui battue en brèche, elle est l’attitude normale de parents vis-à-vis de leurs enfants. Éducative avant tout, préventive souvent, corrective si besoin, la discipline paternelle est au fond le privilège du fils et de la fille (Héb 12.7). Le Père, dans sa parfaite sagesse, permet par amour des circonstances difficiles qui sont parfois une marque de sa discipline, mais les corrections divines sont toujours appropriées, dans la juste mesure et avec une visée féconde : « le fruit paisible de justice » (Héb 4.11).
Pour autant, le Père ne le fait pas avec joie. Nombreux sont les textes et les exemples dans l’A.T. qui montrent que Dieu fut obligé, à contrecœur, de châtier son peuple désobéissant, mais toujours pour finalement lui faire du bien (Lam 3.32 -33 ; Deut 8.16). Pour un père, corriger son enfant doit toujours se faire avec tristesse, non sous le coup de colère ou de façon disproportionnée, mais en l’assurant en même temps de son amour qui doit aussi se montrer de cette façon.

6.Le Père nous prodigue ses soins au quotidien (Mat 6.31‑34)

Un père doit prendre soin des siens et leur fournir ce dont ils ont besoin, sur les plans physique, relationnel et spirituel. Et c’est bien ce que notre Père nous donne. Nous n’avons pas un Père absent ; il ne nous abandonnera jamais. Le seul fils qui ait jamais été abandonné est l’Aîné pendant trois heures terribles. Quant à nous, notre Père sera toujours là quand nous aurons besoin de lui. « Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas : Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi serons-nous vêtus ? […] Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. » (Mat 6.31-32) D’où notre prière : « Notre Père qui es aux cieux ! […] Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. » (Mat 6.9-11)
Repensons à tous les soins qu’il nous a prodigués dans le passé — et que ces marques de son amour nous donnent confiance pour l’avenir et nous incitent à répondre aux besoins de nos enfants.

7.Le Père nous a préparé un héritage (Rom 8.16‑17)

Notre relation avec Dieu comme Père est déjà riche de multiples facettes. Mais elle n’est jamais vécue ici-bas à 100 % et n’est qu’un avant-goût très partiel de l’avenir éternel qui s’ouvre devant nous. Nous attendons la pleine révélation des enfants de Dieu (Rom 8.19), le moment où nous entrerons en possession de toutes les bénédictions spirituelles que Dieu nous réserve — et en premier lieu une proximité immédiate avec notre Père.
Nous espérons ainsi vivement atteindre la « maison du Père », là où Jésus nous a préparé une place, là où la relation Père-fils, Père-fille, sera parfaite et sans aucun nuage. Et c’est cette perspective qui alimente notre espérance et transcende les souffrances actuelles (Rom 8.23-25).

Conclusion

Le vieil apôtre Jean écrivait à ses enfants dans la foi : « Voyez quel amour le Père nous a donné, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes ! » (1 Jean 3.1, NBS) Après 60 ou 70 ans de vie chrétienne, il gardait l’émerveillement de cette relation dans laquelle son Maître bienaimé l’avait introduit, de la paternité parfaite de son Dieu et Père. Et il ajoutait : « Bien-aimés, maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons ne s’est pas encore manifesté ; mais nous savons que, quel que soit le moment de sa manifestation, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (1 Jean 3.2, NBS) La paternité reste toujours un devenir, mais un jour la paternité « mère » de toutes les autres, celle du Dieu d’éternité lui-même, sera parachevée : nous verrons le Père et lui serons semblables.


  1. « À cause de cela, je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille dans les cieux et sur la terre tire son nom. » ↩︎
  2. John STOTT, Éphésiens, Vers une nouvelle société, Éditions Grâce & Vérité, 2010, p. 130. ↩︎

Le défi de la parentalité

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Prohin Joël

Joël Prohin est marié et père de deux filles. Il travaille dans la finance en région parisienne, tout en s'impliquant activement dans l’enseignement biblique, dans son église locale, par internet, dans des conférences ou à travers des revues chrétiennes.

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