Pères, n’irritez pas vos enfants !

« Et vous, pères, n’irritez pas vos enfants, mais élevez-les en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur. » Éph 6.4

Quand j’étais enfant, j’aimais bien rappeler de temps en temps à mon père qu’il ne devait pas m’irriter ! Depuis quelques années, c’est à mon tour d’être père et d’élever mes enfants. Mes enfants ne m’ont pas encore enjoint de ne pas les irriter, mais cela ne saurait tarder…
À la suite de quelques discussions animées avec mes enfants après des réprimandes de ma part, j’ai repensé à cette parole de la Bible et me suis posé la question : « Mais en fait, qu’enseigne ce verset ? » Il faut bien reconnaître que je l’ai lu jusqu’ici de manière superficielle ! J’aimerais me plonger avec vous dans l’instruction que ce texte biblique veut donner.

Ma position en Christ doit influencer mon être et mes actions

Dans les chapitres 1 à 3 de sa lettre aux Éphésiens, Paul développe la position des croyants en Christ. Bénis, élus, saints, irréprochables, prédestinés, graciés, rachetés, connaissant la volonté de Dieu, scellés du Saint-Esprit, etc. : ils sont ainsi comblés en Christ !
Dans les chapitres 4 à 6, l’apôtre montre comment cette position en Christ doit influencer les croyants dans leur vie chrétienne, leur « marche » et avoir des effets dans l’Église et dans la famille. Le début du chapitre 4 donne bien le ton : exhorte donc, […] à marcher d’une manière digne de la vocation qui vous a été adressée, en toute humilité et douceur, avec patience » (Éph 4.1-2). Ma position en Christ devrait profondément influencer mon être intérieur.
De cette transformation intérieure, liée à la présence du Saint-Esprit en moi, découlent alors des actions et des paroles qui glorifient Dieu, notamment dans mon rôle de père.

À qui s’adresse l’instruction ?

L’instruction de ne pas irriter les enfants s’adresse aux « pères ». Le terme grec utilisé fait le plus souvent référence à Dieu le Père dans le Nouveau Testament, notamment dans l’Épître aux Éphésiens11. Ce terme est également utilisé pour les parents de sexe masculin22, et aussi pour le père et la mère ensemble33. Dans la lettre aux Colossiens, Paul répétera la même exhortation : « Pères n’irritez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent. » (3.21)
Aujourd’hui, bien des siècles après que ces textes ont été écrits, il nous est difficile d’imaginer ce qu’était la vie de famille à Éphèse ou à Rome. Dans la société romaine fortement présente à Éphèse au 1er siècle, les pères de famille jouaient un rôle central et autoritaire. Ils avaient le droit de vie et de mort sur leurs enfants, pouvant même s’en débarrasser à la naissance s’ils ne paraissaient pas suffisamment vigoureux44. Le rôle des pères grecs était similaire puisqu’ils avaient l’autorité légale sur leur femme, leurs enfants et leurs esclaves, contrôlant les biens familiaux. Le commandement de ne pas irriter les enfants était donc complètement contre-culturel : c’était un concept complètement nouveau pour les pères autoritaires de ce temps-là. Le contexte de l’époque semble plutôt pointer les pères de famille. Mais, l’utilisation au verset 2 de « ton père et de ta mère » fait penser que cette instruction pouvait aussi s’adresser aux deux parents.

Quelle est l’instruction ?

« N’irritez pas » a également été traduit par « n’exaspérez pas » (BDS), « n’agacez pas » (PDV), « ne provoquez pas » (DBY) ou encore « n’aigrissez point » (OTV). Ce même terme est traduit par « provoquer la colère » dans l’Épître aux Romains (10.19). L’instruction est donc de ne pas pousser les enfants dans un niveau d’agacement ou d’aigreur important.
Comme parents, nous pouvons avoir des exigences démesurées vis-à-vis de nos enfants ! Par exemple, nous souhaitons qu’ils se comportent bien lorsqu’il y a des visiteurs à la maison, qu’ils réussissent à l’école, qu’ils jouent d’un instrument de musique, pratiquent un sport ou un art, qu’ils soient exemplaires lors des réunions de l’église, etc. Tant d’exigences qui peuvent ne pas sembler si importantes prises séparément, mais additionnées les unes ou autres, finissent par étouffer et agacer l’enfant. Reconnaissons que nos motivations à avoir de telles exigences ne sont pas toujours très spirituelles.
Une autre manière d’exaspérer nos enfants est de pratiquer le favoritisme. Il est relativement naturel de se sentir plus proche de l’enfant qui nous ressemble le plus ! Rebecca préférait Jacob alors qu’Isaac préférait Ésaü. Nous savons les conséquences désastreuses que cela a eu sur leur famille et ses descendants. Demandons au Seigneur son aide pour éviter le favoritisme si nous constatons que nous le pratiquons.
Nous pouvons parfois être particulièrement tracassiers et perfectionnistes à l’égard de nos enfants : ne leur imposons pas des exigences qui ne servent qu’à contenter notre goût immodéré de la propreté, de l’ordre ou de la tranquillité ! Les sources d’irritation envers nos enfants ne toucheraient-elles pas nos idoles ?
De plus, nous pouvons décourager nos enfants en ne les félicitant pas pour leurs réalisations. Ils ont besoin d’être encouragés, particulièrement dans ce qui est difficile pour eux. Nous pouvons avoir tendance à ne pas souligner leurs accomplissements positifs et à ne commenter que leurs points négatifs. Cela peut finir par les décourager et leur faire passer le message qu’ils ne sont bons à rien.
Malheureusement, une dureté excessive dans les paroles et dans les gestes peut conduire l’enfant à être aigri contre ses parents. Demandons à Dieu de garder notre bouche ! Et si nous nous rendons compte que nous avons utilisé des termes inadéquats, voire méchants, sachons leur demander pardon !
L’incohérence entre nos paroles et nos actes peut également profondément décevoir nos enfants : des promesses jamais réalisées, des conséquences à la désobéissance jamais appliquées, etc. Que Dieu nous garde de toute hypocrisie ou parole jetée en l’air.
Un autre danger qui peut nous guetter dans notre rôle de parents est le chantage émotionnel. Nous manipulons les émotions de l’enfant comme la culpabilité, la peur, l’anxiété ou la honte pour obtenir ce que nous désirons.
Si l’enfant sent que notre amour dépend de ses actions, il peut en concevoir de l’amertume. Même si nous disciplinons nos enfants, nous devrions le faire par amour, et non par colère, comme Dieu le fait avec nous-même (Héb 12.6). Et n’oublions jamais que l’amour de Dieu est inconditionnel !

Une deuxième instruction

Après une première instruction négative, Paul donne une deuxième instruction, positive celle-ci : « élevez-les ». Le sens du mot est celui de nourrir jusqu’à maturité, de faire grandir. Bien entendu, cela comprend la responsabilité de nourrir physiquement les enfants. Mais il y a plus : le père a la responsabilité aussi de les nourrir spirituellement, affectivement, intellectuellement, pratiquement et socialement. Enfant, Jésus a vécu cette croissance : « Et Jésus croissait en sagesse, en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes » (Luc 2.52). Sans imposer à nos enfants un programme démentiel, avons-nous, comme pères, la vision de les faire grandir dans toutes ces dimensions ? Prenons-nous soin d’organiser régulièrement un culte familial ? Nous préoccupons-nous des progrès spirituels et du développement de la foi de nos enfants ? Que pouvons-nous faire pour y contribuer ? Suis-je conscient, comme père, du besoin affectif de mes enfants, notamment en temps partagé ? Que puis-je faire pour que cette croissance soit aussi intellectuelle et pratique ?
Est-ce que je prends également du temps pour les instruire intellectuellement ? Mon fils a un grand intérêt pour l’histoire. Cela vaut la peine que je lui partage quelques connaissances à ce sujet et l’oriente sur des bons livres ou émissions. De même, couper du bois, travailler au jardin, sortir les poubelles, balayer, etc. est aussi important pour leur apprendre à faire certaines tâches pratiques et contribuer à la bonne marche du ménage. Enfin, nos enfants ont besoin de contacts sociaux ; est-ce que nous recherchons pour eux le contact avec d’autres enfants chrétiens dans l’église, dans la localité ou dans des camps d’enfants ? Comme pères, nous avons souvent la fâcheuse tendance à laisser l’ensemble de la charge mentale du développement de nos enfants sur nos épouses. Leur contribution est absolument nécessaire, précieuse et utile, mais cela ne nous dédouane pas de faire preuve d’initiative et de leadership dans ces domaines ! La société occidentale actuelle a toujours plus tendance à laisser cette tâche à des structures sociales encadrant les enfants dès leur plus jeune âge (crèche, garderie, école pour la petite enfance, etc). Prenons nos responsabilités comme pères et ensemble avec nos épouses comme parents !
Le texte précise que cette éducation se fait en les « corrigeant » ou « disciplinant » et en les « instruisant » ou « avertissant » selon le Seigneur. Pratiquons une éducation juste et équilibrée, motivée par l’amour (Pr 13.24) et non par la colère. Une discipline aimante et équilibrée donne de l’assurance à l’enfant. La discipline comprend à la fois les avertissements et les réprimandes, mais fait aussi référence à toute l’éducation des enfants — la culture de l’esprit et la moralité. L’absence de discipline conduira nos enfants dans un gouffre, alors qu’une discipline trop pointilleuse les découragera : que le Seigneur nous donne la bonne mesure !
Combien de fois aurais-je dû attendre d’être plus calme et paisible avant de reprendre mes enfants… Notre responsabilité est également d’instruire et d’encourager dans le Seigneur. Le livre des Proverbes nous montre comment cette instruction peut se faire en apportant un soin particulier au cœur, à la bouche, aux yeux et aux pieds de nos enfants (Pr 4.20-27). La Parole de Dieu répond aux besoins les plus profonds des humains ; encourager et instruire nos enfants sur ce fondement est le plus bel héritage que nous pourrons leur laisser ! L’expression « dans le Seigneur » montre que, dans notre éducation, le Seigneur devrait être au centre, tant dans la relation avec nos enfants, que dans le contenu de l’instruction.
Tout ce que nous sommes et avons reçu en Christ peut donc profondément influencer notre vie familiale de telle sorte que nous n’exaspérerons pas nos enfants et nous prendrons très à cœur leur développement. La tâche n’est pas facile, n’est-ce pas ? Nous nous sentons si souvent limités ou incompétents… Mais malgré nos manquements, nous pouvons compter sur un grand Dieu et sur sa Parole, puissante, efficace et transformatrice ! La famille de Dieu, les discussions avec nos pairs, sans compter toutes les bonnes ressources chrétiennes, sont des moyens à notre disposition. L’éducation de nos enfants ne serait-elle finalement pas un moyen que Dieu utilise pour nous faire grandir, nous-mêmes, et nous conduire à une maturité encore plus grande ?

  1. Voir Éph 1.2,3,17 ; 2.18 ; 3.14 ; 4.6 ; 5.20 ; 6.23 ↩︎
  2. Voir Éph 5.31 ; 6.2 ; 1 Tim 5.1 ↩︎
  3. Voir par exemple Héb 11.23 ↩︎
  4. Sénèque dans les Lettres à Lucilius (lettre 104) : « Nous noyons les enfants qui naissent faibles ou difformes ». ↩︎

Le défi de la parentalité

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Bourgeois Nathanaël

Nathanaël Bourgeois est membre de la rédaction de Promesses et Président de la Fondation Promesses. Il est impliqué dans l’enseignement biblique au sein de son église locale à Ballaigues, auprès de la jeunesse et dans la formation biblique « Byblos » en Suisse romande. IL est marié et père de 2 enfants

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