Quand Dieu conduit vers d’autres formes de parentalité…

Il est normal de penser avoir des enfants lorsque nous fondons un foyer à travers le mariage ; c’est notre cas lorsque nous nous marions en 1992. Si certains font le choix délibéré de ne pas avoir d’enfants, beaucoup plus souvent, c’est quelque chose de subi, comme le célibat. Quelques années passent et le projet de devenir parents devient nôtre ; puis, au bout d’une poignée de mois, la difficulté apparaît. La magie et la spontanéité de la relation physique prennent un petit coup de canif. Car s’y immisce l’arrière-pensée : « Est-ce que cela aboutira ce mois-ci ? » Puis vient le moment compliqué des examens cliniques dans lesquels la relation sexuelle peut risquer d’être « déshumanisée ». Dans ces moments-là, combien la complicité et la solidarité dans le couple sont précieuses ! Et combien l’ancrage en Dieu porte ses enfants ! Car ce n’est un secret pour personne, on voit des unions partir à la dérive à cause des difficultés à procréer. Pour nous, avec le temps qui passe, le terme de « stérilité » se dessine dans nos esprits. Et commence une période d’espoirs et de déconvenues, d’attente, d’interrogations comme dans toute forme d’épreuve, avec les souffrances qui l’accompagnent : « Qu’est-ce que Dieu veut nous dire ? » « Quel est son chemin pour nous ? » Nous guettons les réactions l’un de l’autre. Parfois, les pleurs nous gagnent, mais a posteriori nous témoignons modestement que les moments d’abattement ne se sont jamais prolongés, peutêtre à cause de nos tempéraments respectifs plus enjoués que moroses. En outre, lorsque l’un est découragé, c’est l’autre qui le relève ! Et cela marche dans les deux sens, merci Seigneur !
C’est un sujet de prière pour nous, porté un peu plus tard dans la discrétion par nos familles respectives lorsqu’elles sont mises au courant.
Très tôt, nous nous forgeons la conviction que, si Dieu n’a pas pour nous le plan que nous ayons des enfants biologiques, son plan sera néanmoins pleinement épanouissant pour nous. Après tout, la norme évangélique « Ils se marièrent et eurent des enfants » n’est pas si évangélique que ça ! Si le plan de la rédemption de Dieu commence avec un couple stérile (Abraham et Sara), devenu fertile grâce à Dieu, cette fertilité peut prendre d’autres formes. Nos familles sont rassurées de voir que nous ne nous effondrons pas en en parlant : le sujet n’est pas tabou. Nous devenons conscients que chaque parcours de couple face à la stérilité est personnel et nous ne regardons pas le nôtre comme une forme de norme. Le temps passe, la conviction que Dieu est souverain ne nous abandonne pas.
Se présente la question de s’engager dans des traitements de la stérilité (fécondation in vitro). Dans un premier temps, nous n’avons pas la même réponse à ces solutions proposées. En d’autres termes, l’un y est favorable, l’autre non. Comment faire ? Nous comprenons bien que nous devons nous rejoindre pour une telle décision : pas question que l’un se range à la pensée de l’autre, simplement par amour pour lui ou elle, ou par renoncement, sans que la conviction soit personnelle et profonde ; c’est le meilleur moyen pour se faire « resservir » plus tard dans un moment de relâchement : « Souviens-toi, je me suis rangé à ton avis sur cette question par amour pour toi. » Ce qui est acceptable lorsqu’il s’agit de choisir la couleur des rideaux ne l’est pas pour un choix de vie crucial. Alors nous remettons cela à Dieu par la prière et, de manière extraordinaire, il fait converger nos pensées dans les mois qui suivent.
La question se pose ensuite de s’engager dans la voie de l’adoption ou de devenir famille d’accueil. La réflexion se prolonge, nous recherchons des panneaux indicateurs à travers les avis, les vécus des uns et des autres, avant que nous considérions cette « porte » comme fermée pour nous. Parallèlement, notre statut de « couple sans enfants » nous permet de disposer de temps que nous n’aurions pas si nous étions parents : plus de temps à disposition, c’est plus de temps donné à son conjoint, plus de temps donné pour l’église, plus de temps donné pour le prochain, plus de temps pour soi aussi, à ne pas utiliser de manière nombriliste. Comme pour tout un chacun, quel défi de bien utiliser le temps donné par… Dieu ! Notre statut professionnel de travailleurs indépendants nous permet de nous investir dans des voyages humanitaires et missionnaires. Ce faisant, en s’ouvrant à d’autres horizons, nous commençons un processus de deuil ; il faut se rendre à l’évidence : nous ne serons pas parents (ni grands-parents). Selon les personnes, leur caractère, leur relation avec Dieu, cette étape peut-être plus ou moins douloureuse. N’avons-nous pas dans nos gènes quelque chose qui nous porte à perpétuer la vie, nous qui sommes faits à l’image de Dieu, du Dieu de la vie ? Le désir de maternité et de paternité peut être tellement fort chez l’être humain !
Le temps passant, nous en venons à cesser progressivement de prier pour ce sujet. Nous restons profondément convaincus à ce moment-là que Dieu est encore tout puissant pour « débloquer » la situation ; mais nous réalisons concrètement sa souveraineté dans nos vies : « Il y a dans le cœur de l’homme beaucoup de projets, mais c’est le dessein de l’Éternel qui s’accomplit. » (Pr 19.21) Faire le deuil de la parentalité n’a pas toujours été facile, mais la conviction que Dieu avait ses raisons pour permettre cette épreuve dans notre vie, et qu’il avait un plan meilleur pour nous deux, pour que sa gloire brille davantage au travers de nos chemins, nous a portés. Par la grâce de Dieu, la stérilité ne nous a pas éloignés de lui, ni l’un de l’autre. Nous aura-t-elle conduits vers une autre forme de parentalité, une parentalité spirituelle ? Nous l’espérons, mais c’est surtout le regard de Dieu sur notre vie qui pourra le dire avec justesse.

Le défi de la parentalité

Image de Cédric et Odile Chambron

Cédric et Odile Chambron

Cédric et Odile sont mariés et se rattachent à l'église du Pras à la Mulatière (69).

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