Nous devons nous aimer les uns les autres

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(1 Jean 4.11)

« Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres. »

Parmi les multiples « les uns les autres » qui parsèment le N.T., le plus important est sans doute celui que Jésus a laissé à ses disciples comme commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres » (Jean 13.34-35 ; 15.12,17). Sous des formulations proches, il revient à maintes reprises dans le N.T., sous la plume de Paul (Rom 12.10 ; 13.8 ; Gal 5.13 ; Éph 4.2,32 ; 1 Th 3.12 ; 4.9), de Pierre (1 Pi 1.22) et surtout de Jean (1 Jean 3.11,23 ; 4.7,11,12 ; 2 Jean 5).

La Première Épître de Jean peut laisser l’impression d’un texte répétitif : avec un champ lexical limité, l’apôtre vient et revient sur les mêmes thèmes, entremêlant les trois tests qu’il propose pour discerner la vie divine authentique dans un être humain : le test doctrinal (qui est Jésus pour toi ?), le test moral (quelle est ta conduite dans le monde ?) et le test social (comment aimes-tu ton frère ?). Le verset que dissèque cet article est tiré de la troisième section de la lettre consacrée à l’amour. L’amour est la preuve que nous marchons dans la lumière (1 re section, 2.7-11) et la preuve de notre filiation divine (2 e section, 3.11-24). Dans cette 3e section, il est aussi la preuve que le Dieu qui est amour (4.8,16) a agi pour nous (4.9) et agit en nous et avec nous (4.12,17).

« 1. Ainsi » – comment Dieu nous a-t-il aimés ?

  • « Ainsi  » — c’est tels que nous étions par nature. Et le tableau n’était pas flatteur : « Nous étions autrefois insensés, désobéissants, égarés, asservis à toute espèce de convoitises et de voluptés, vivant dans la méchanceté et dans l’envie, dignes d’être haïs, et nous haïssant les uns les autres. » (Tite 3.3)
    Le prophète Ésaïe renchérit : « Depuis la plante du pied jusqu’à la tête, rien n’est en bon état. » (És 1.6) J’étais « ainsi » et Dieu m’a aimé « ainsi  » ! L’amour de Dieu est totalement indépendant de son objet : il aime souverainement — non pas comme nous, qui souvent aimons ce qui est aimable.
  • « Ainsi » indique aussi jusqu’où est allé cet amour. Le verset précédent précise que Dieu a envoyé « son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés  ». Qui pourra sonder ce qu’a été pour Dieu le don de son propre Fils (Rom 8.32) ? L’Écriture est très sobre sur les sentiments du Père quand il livre son Fils — sans doute parce que nous ne pouvons que très peu y entrer. Quant au Seigneur, par son sacrifice, il nous a aimés jusqu’à l’extrême (Jean 13.1) : Dieu le Fils y montre un amour qui « surpasse toute connaissance » (Éph 3.19).
    L’amour divin est allé jusqu’au bout, sans reculer.
  • « Ainsi » fait également penser à la place où l’amour de Dieu nous a mis maintenant. Peu avant, dans la même lettre, Jean s’est exclamé : « Voyez quel amour le Père nous a témoigné, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ! » (1 Jean 3.1) Et que de bénédictions découlent de cet amour paternel : Paul les appelle les « immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous » (Éph 2.7, Darby).
    L’amour de Dieu ne se satisfait pas de demi-mesures : si nous avions été « simplement » sauvés de sa colère et d’une condamnation éternelle, cela aurait déjà été magnifique.
    Mais Dieu fait bien plus : il nous adopte, nous comble de richesses spirituelles, veut nous faire partager jusqu’à « son royaume et sa gloire » (1 Thes 2.12).

2. « Devons » – l’amour se commande-t-il ?

Jean ne s’arrête pas à constater l’amour de Dieu. « Puisqu’il 1 nous aima ainsi, nous aussi nous devons nous aimer l’un l’autre. » Le plus surprenant, dans la seconde partie de ce verset, est le verbe « devoir  ». Comment aimer par « devoir » ou sur commande (cf. Jean 13.34) ?
L’amour n’est-il pas un sentiment, qui ne se commande pas ? Se forcer à aimer, n’est-ce pas de l’hypocrisie ?
Un récit vécu pourra illustrer comment résoudre ce paradoxe : Christiane est une chrétienne engagée. Elle est enseignante et sa responsable d’établissement, une femme au caractère difficile, lui mène la vie dure. Christiane prie pour pouvoir la supporter, mais de temps à autre, elle ne peut se retenir d’exploser en salle des professeurs. Un jour, cette personne tombe gravement malade. Christiane a la pensée de lui écrire un mot d’encouragement mais elle se sent un peu retenue : que va-t-elle écrire à cette femme, envers laquelle elle ne ressent aucun sentiment d’amour, bien au contraire ? Pourtant, elle prie, puis se force à prendre la plume et, une fois la lettre terminée, elle se rend compte que ses sentiments envers sa responsable ont évolué : Christiane ressent maintenant envers elle une réelle affection et c’est avec de tout autres dispositions de cœur qu’elle l’accueille à son retour, quelques mois après.
C’est cela, l’amour de Dieu. Ce n’est pas l’amour romantique, sentimental, émotionnel, que décrivent à l’envi romans, films ou magazines.
Cet amour simplement humain dépend de son objet ; il est variable et fugace : il disparaît dès que la flamme intérieure s’éteint ou que l’autre ne nous paraît plus digne d’être aimé. Par contre, l’amour à l’imitation de Dieu est une décision volontaire qui se manifeste par une réaction aux besoins et à la condition de l’autre. Il se montre par des paroles, par des prières, plus encore par des actes concrets. Les sentiments ne sont pas là spontanément ? Aimons quand même « en action et en vérité » (3.18) et soyons sûrs qu’avec le temps, Dieu permettra que les sentiments viennent.

3. « Les uns les autres » – qui aimer ?

À l’image de Dieu, le chrétien est appelé à aimer tous les hommes (1 Thes 3.12). Toutefois, l’accent du N.T. tombe résolument sur l’amour intra-familial des enfants de Dieu. L’apôtre Jean donne un caractère familial à sa lettre où il s’adresse aux pères, aux jeunes gens et aux petits enfants.
Le premier cercle de notre amour est notre famille humaine 2 : « l’autre », pour ceux qui sont mariés, est d’abord notre conjoint (cf. Éph 5.25 ; Tite 2.4) ; puis nos enfants, nos parents, nos frères et sœurs biologiques, notre famille plus éloignée. Hélas, il arrive trop souvent que, sous prétexte de proximité ou d’indissolubilité des liens, on traite moins bien des proches que des étrangers ! L’intimité peut entraîner l’irrespect…
Le cercle suivant est celui de la famille de Dieu — et en premier lieu les frères et les sœurs de notre église locale. Francis Schaeffer a écrit un court traité sur l’amour, très percutant, intitulé La marque du chrétien. Commentant Jean 13.35 (« À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres »), il écrit : « En vertu de son autorité, Jésus accorde au monde le droit de juger si vous et moi nous sommes des chrétiens régénérés, en observant si notre amour pour tous les chrétiens est manifeste ou non3. Voilà pourquoi les conflits dans l’Église ou dans les églises locales sont si graves.

4. « Bien-aimés » — d’où peut venir l’amour de Dieu ?

La source de l’amour ne sera jamais en nous. « Quant à nous, nous l’aimons parce qu’il nous a aimés le premier. » (4.19, S21) Jean insiste : « L’amour est de Dieu.  » (4.7)
Heureusement que les chrétiens ne sont pas les seuls à aimer et que les non-croyants aiment aussi, sincèrement, activement, concrètement — parfois même de façon plus réelle que des chrétiens ! Nous sommes heureux d’y voir une trace créationnelle de Dieu qui a formé l’homme « à son image et à sa ressemblance ». Quelle joie de voir dans la rue un couple tendrement enlacé qui se regarde amoureusement !
Quelle reconnaissance pour tous les actes de philanthropie (d’amour pour les humains) accomplis sur toute la terre, parfois même « extraordinaires » (cf. Act 28.2).
Toutefois, le chrétien a le privilège d’être en relation directe avec le Dieu qui est amour et qui verse en lui son amour par l’Esprit (Rom 5.5).
De ce fait, son amour peut aller au-delà d’un amour purement humain (cf. Mat 5.46). Notre amour s’alimente :

  • De notre relation avec Dieu lui-même et de l’assurance d’être aimés : voilà pourquoi Jean débute son exhortation par l’interpellation : « bien-aimés », qui revient cinq fois en deux chapitres. Avant de quitter les siens, Jésus leur a assuré : « Le Père lui-même vous aime. » (Jean 16.27) Nos sentiments fluctuants pourraient parfois nous dire le contraire, mais la Parole affirme avec force que rien « ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » (Rom 8.39).
  • De la croix : Car c’est en effet en Jésus que Dieu a manifesté, démontré, son amour pour nous : en envoyant son Fils unique et en l’offrant en sacrifice pour nos péchés (cf. les deux versets qui précèdent le nôtre, 4.9-10). Voilà pourquoi il est capital de nous rappeler, dimanche après dimanche, jour après jour, l’œuvre de Jésus à la croix, le moment de l’amour « magnifié  » : « Mon Dieu, par quel amour, tu paies un si grand prix… Reçois l’amour du Christ, il vient comme un torrent… » 4
  • De la transformation de notre caractère par l’Esprit de Dieu : Jean lui-même en est l’exemple : le « fils de tonnerre » (Marc 3.17), jaloux de l’exclusivité de sa troupe (Marc 9.38), désireux de prendre les premières places (Marc 10.35), demandant que le feu descende sur un village peu hospitalier (Luc 9.54) est devenu le « disciple que Jésus aimait  », l’apôtre de l’amour, celui dont l’histoire ecclésiastique rapporte qu’il a terminé sa vie si faible qu’il se contentait de répéter : « Petits enfants, aimez-vous l’un l’autre. » Dieu peut opérer la même transformation en chacun de nous !

********

Nous sommes et nous resterons aimés indépendamment de la façon imparfaite dont nous aimons nous-mêmes. Ne pas être à la hauteur, ne pas aimer assez, cela pourrait générer de la crainte, mais l’amour parfait de Dieu la chasse (cf. 4.18). Regardons moins à notre amour qu’à l’amour dont Dieu nous aime en Jésus — et notre amour grandira sans que nous ne nous en rendions compte.
L’amour les uns pour les autres devrait donc être « la marque du chrétien ». Francis Schaeffer conclut son traité éponyme ainsi : « Nous devons aimer tous les frères chrétiens de telle manière que le monde s’en rende compte. Cela signifie qu’il faut manifester de l’amour pour nos frères même si cela nous coûte, les aimer même en période de tensions très fortes ; les aimer malgré nos différences, grandes ou petites. […] L’amour et l’unité qui l’atteste, c’est la marque que Christ a donnée aux chrétiens. » 55

  1. La conjonction « si » a le sens de « puisque », comme le rendent la S21, la Semeur, Parole de Vie, etc. ↩︎
  2. Et cela, que ses membres soient chrétiens ou non. Ne pas prendre soin des siens (ce qui est une preuve basique de l’amour) met en question la réalité de la foi (cf. 1 Tim 5.8). Maintenons un « pont d’amour » inconditionnel avec tout proche qui n’a pas encore accepté Jésus pour Sauveur, car c’est un des moyens que Dieu peut utiliser pour toucher son cœur. ↩︎
  3. Francis Schaeffer, La marque du chrétien , p. 11, Maison de la Bible, 2011. ↩︎
  4. Paroles extraites du cantique 129 de Reflets , écrit par Graham Kendrick. ↩︎
  5. Francis Schaeffer, La marque du chrétien , p. 31, Maison de la Bible, 2011. ↩︎

Individualisme et solidarité

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Prohin Joël

Joël Prohin est marié et père de deux filles. Il travaille dans la finance en région parisienne, tout en s'impliquant activement dans l’enseignement biblique, dans son église locale, par internet, dans des conférences ou à travers des revues chrétiennes.

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