L’individualisme est-il chrétien ?

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« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Éternel. »
(Lév 19.18)

Ce verset est à lui seul une réponse claire mais très condensée à la question du titre. Et cette réponse, exprimée par Dieu lui-même, est scellée par cette formule majestueuse : « Je suis l’Éternel. »
C’est bien suffisant pour établir son autorité, mais le N.T. formule aussi la même injonction à de nombreuses reprises.

1. L’individualisme, un libérateur

S’aimer soi-même ? Être individualiste ? Valoriser l’identité personnelle ? Cela semble contraire à l’humilité, grande vertu chrétienne. Et pourtant…

La valeur de chaque personne pour Dieu

Chaque personne croyante ou non, a été créée par Dieu 1 , à l’image de Dieu 2 . Cette origine donne la mesure de la dignité et de la valeur de chaque être humain, indépendamment de ses pensées et de ses actes. Elle justifie le respect des autres et aussi de soi-même, en tant que créatures de Dieu, chacune étant unique. Cette conscience d’être formé et façonné par Dieu ne me gonfle pas d’orgueil, elle me conduit à l’émerveillement envers mon Créateur.
David l’exprimait ainsi 3 : « Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. Tes œuvres sont admirables, et mon âme le reconnaît bien. » (Ps 139.14)
Cette valeur de chaque personne est confirmée par Jésus lui-même : il est le berger qui garde l’ensemble de son troupeau mais connaît chaque brebis par son nom ; il prend tout le temps nécessaire pour chercher et trouver celle qui manque à l’appel 4 .
La conscience de mon statut d’enfant de Dieu, en relation directe avec mon Père, me protège contre les pensées ou les accusations paralysantes de découragement, de dénigrement ou de mépris. Elle m’aide à rester confiant et à avancer, à utiliser toutes les capacités reçues de mon Père-Créateur.

Des objectifs personnels légitimes

L’apôtre Jean écrit à Gaïus : « Bien-aimé, je souhaite que tu prospères à tous égards et sois en bonne santé, comme prospère l’état de ton âme. » (3 Jean 2) Jean se réjouit de la prospérité spirituelle de Gaïus et souhaite que cette prospérité apparaisse aussi dans tous les aspects de sa vie personnelle (notamment sa santé). De même aujourd’hui entretenir sa santé, se lancer dans des projets personnels et viser une certaine réussite est légitime pour l’étudiant, l’agriculteur, le commerçant etc., tant que cela ne prend pas une place trop importante.

Un appel individuel au service

« À chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. » (1 Cor 12.7 ; cf. 1 Cor 1.1 ; 7.17). Ce verset précise que c’est bien l’Esprit qui appelle personnellement chacun. Il donne aussi un critère « garde-fou » contre les individualistes farouches : l’appel individuel vient vraiment de l’Esprit s’il est profitable pour la communauté. Et bien sûr c’est le rôle des pères et mères spirituels d’aider les plus jeunes dans la foi à entendre cet appel, mais avec prudence, sans manipulation.

2. L’individualisme, un danger

Le risque de confusion avec l’individualisme laïc

Pour éviter un malentendu sur l’idée d’individualisme, citons la définition du Dictionnaire de l’Académie française : « 1.  Doctrine ou attitude qui attribue la primauté à l’individu et qui affirme son autonomie ou son indépendance par rapport au groupe, à la société, à l’État. 2. État d’esprit ou comportement qui consiste à affirmer constamment ses valeurs ou intérêts propres, avec peu de considération pour ceux d’autrui. »
Il s’agit là d’une définition qui exclut tout lien entre l’homme et son créateur. Une telle attitude est compréhensible en cas d’abus d’autorité du groupe, mais elle ouvre la voie à l’égoïsme, l’égocentrisme, l’orgueil, le narcissisme, le nombrilisme, l’arrogance, l’irrespect, l’insoumission. S’il cherche d’abord son intérêt personnel immédiat et non l’intérêt commun durable, l’individu affaiblit le groupe, il génère frustrations et conflits.
Le chrétien convaincu vit un tout autre individualisme : il a une juste conscience de sa valeur d’enfant de Dieu 5 , il vit sa liberté comme le choix volontaire de se laisser guider par son Père du ciel, il s’épanouit en utilisant les dons reçus de Dieu, en renonçant aux pressions mensongères, celles du monde mais aussi celles des traditions légalistes, des « faux enseignements » ou des leaders toxiques. Cet individualisme sain et créatif est un antidote contre le conformisme et protège face aux personnalités dominatrices.

Les effets de l’individualisme dans l’Église

L’individualisme « laïc » tend à influencer l’Église.
Dans les cas extrêmes, la vie communautaire est pensée comme un choix « à la carte » parmi les activités proposées ; on participe à ce qui plaît, si et quand on en ressent vraiment le désir. C’est en fait une attitude de consommateur, qui cherche sur le « marché ecclésiastique » un « produit » attractif, notamment dans la prédication ou dans la louange. Il est prêt à quitter son église pour une autre qui propose des « prestations » correspondant davantage à ses goûts personnels.
Et il reste dans une attitude passive, soucieux de préserver toute sa liberté, il ne s’intègre pas vraiment et ne prend pas d’engagement dans la vie de l’église.
Le développement de l’individualisme en Occident au cours des dernières décennies pourrait aussi avoir influencé le contenu de la louange. Le texte des chants met souvent l’accent sur la relation personnelle du croyant avec Dieu. Les paroles utilisent abondamment la première personne du singulier : (“Je t’adore”, “Tu es mon Dieu”). De plus elles s’adressent plus souvent à Jésus, ressenti comme plus proche que le Père ; parfois leur contenu est approximatif et émotionnel. Jésus avait indiqué le sens de l’adoration (chantée ou non) : « Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité. » (Jean 4.23-24) Certes, la conscience de l’amour de Dieu et de sa grandeur suscite de l’émotion personnelle ; mais l’adoration de l’église est collective et premièrement orientée vers Dieu, « le bienheureux et seul souverain, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs » (1 Tim 6.15).

3. L’individualisme, un facteur

Chaque croyant est unique, mais pas solitaire et indépendant. Paul décrit l’Église comme un corps, formé de multiples membres très différents mais interdépendants, coordonnés par la tête, Christ 6 . « C’est de lui que le corps tout entier, bien coordonné et solidement uni grâce aux articulations dont il est muni, tire sa croissance en fonction de l’activité qui convient à chacune de ses parties et s’édifie lui-même dans l’amour.  » (Éph 4.16 – S21) Lorsque les chrétiens remplissent chacun son rôle attribué par l’Esprit, ils constituent ensemble un corps vivant, bien coordonné, bien ajusté, solidement uni, en croissance, flexible et mobile grâce à ses articulations.
Cette image du corps nous aide à comprendre le paradoxe cité au début : le bon état et le bon fonctionnement du corps (église) ou du groupe (famille, équipe) dépendent du bon état et du bon fonctionnement de chacun de ses membres.

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« Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de beaucoup.  » (Marc 10.45) Il est l’exemple parfait : Jésus, un homme toujours disponible pour faire du bien autour de lui, mais qui est resté lui-même ; fidèle à son Père, à sa mission, à son caractère ; humble, accueillant, bénissant, guérissant ; bousculé, menacé, injurié ou flatté mais jamais déstabilisé.

    1. « Celui qui m’a créé dans le ventre de ma mère ne les a-t-il pas créés ? Le même Dieu ne nous a-t-il pas formés dans le sein maternel ? » (Job 31.15 ; cf. És 43.7 ; Mal 2.10) ↩︎
    2. « Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance …» (Gen 1.26-27 ; cf. Jac 3.9) ↩︎
    3. Cf. Ps 139.13-18 ↩︎
    4. Luc 15. 4-6 ; Jean 10.3 ↩︎
    5. Rom 12.3 ↩︎
    6. Cor 12.4-31 ↩︎

    Individualisme et solidarité

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    Regard Jean

    Jean Regard est retraité de l’Education Nationale, il vit dans le Sud Ouest de la France, et s’implique dans son assemblée locale. Il gère les abonnements pour Promesses.

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