Voici, en toute simplicité, mon témoignage et mes réflexions en tant que maman de deux petits garçons de quatre ans et deux ans et demi. Je ne me sens pas légitime de donner des conseils en matière de parentalité, bien au contraire, je commets beaucoup d’erreurs et je sais que de nombreux défis m’attendent encore au tournant. Je suis une maman ordinaire, avec ses qualités et ses défauts, animée par un profond désir de bien faire, pleine d’interrogations et de remises en question, et terriblement prompte à culpabiliser.
Notre premier fils est né en 2020, entre deux confinements, faisant entrer dans notre vie beaucoup d’amour et de joie mais aussi beaucoup de questions et de craintes. Je ne sais pas si c’est parce que je n’avais plus vraiment le temps d’ouvrir un livre, si c’est à cause d’une forme d’isolement créé par le contexte sanitaire ou si c’est juste dans l’air du temps, mais j’ai trouvé beaucoup de réponses sur les réseaux sociaux. Alors que je cherchais au départ des informations sur des sujets anodins comme l’allaitement ou la diversification alimentaire, j’ai petit à petit glissé vers un contenu plus orienté qui m’a fait miroiter un paradis de bienveillance et de positivité. De nature plutôt encline à éviter le conflit, je me suis donc intéressée à ces conseils, qui promettent de réussir à élever un enfant sans rapport de force ni contrainte, conseils validés, qui plus est, par les neurosciences, selon leurs promoteurs.
Malgré un regard, au départ, un peu critique (ce n’est pas du tout comme ça que j’ai été élevée) j’ai fini par intégrer plus ou moins consciemment, par exemple, que demander à un enfant d’obéir, c’est le briser et éteindre sa joie et donc que tout usage de la contrainte ou même de l’autorité est une forme de violence. Je pensais que l’enfant doit être partenaire de son éducation, et que l’amour et la compréhension de ses parents suffiront parfaitement à l’élever sereinement. Je pensais pouvoir tout résoudre à force de paroles et d’explications.
Et bien évidemment, j’ai appris à me priver des conseils de personnes plus expérimentées que moi, dont l’avis, antérieur à cette révolution éducative, aurait été à prendre avec la plus grande suspicion.
Je n’ai pas appliqué le dogme à la lettre, loin s’en faut, et cela en partie grâce à mon mari qui a su garder toujours beaucoup plus de recul que moi face à cette mouvance et qui était aussi beaucoup plus lucide sur la réalité des besoins de nos fils.
Toujours est-il qu’en janvier 2024, la réflexion d’une amie, comme un électrochoc, m’a fait prendre conscience que j’étais au bord du gouffre. C’était la veille des vacances scolaires et je me demandais comment j’allais faire pour supporter mon fils aîné à la maison pendant 15 jours. Très positif, n’est-ce pas ? Mon quotidien ressemblait à celui d’un balayeur de curling, ces personnes courbées en deux, frottant frénétiquement la surface de la glace devant le palet pour qu’il puisse glisser sans heurts jusqu’à l’arrivée. J’étais constamment en train de négocier avec notre fils de 3 ans, en train d’essayer de deviner quel détail déclencherait la prochaine crise. Je vivais mes journées dans la peur de la confrontation suivante et dans l’incompréhension : comment est-ce que j’avais pu en arriver là alors que je donnais tant d’amour à mes enfants, que je passais des heures à leur expliquer pourquoi je leur demandais ceci ou leur interdisait cela et que j’étais constamment en train d’essayer de me mettre à leur place pour comprendre leurs émotions et leurs comportements ? Arrivée au bout de mes propres limites, je me laissais parfois dominer par ma colère, toujours suivie par d’amers regrets et une grande honte. Où était passée la bienveillance ? Et pour couronner le tout, une question me taraudait de plus en plus : comment notre enfant pourra-t-il obéir à Dieu, s’il ne m’obéit pas à moi qu’il voit ? Comment pourra-t-il l’honorer et le servir ?
Alors que j’étais persuadée de suivre Dieu en élevant mon enfant dans ce que je pensais être le fruit de l’Esprit, j’ai dû prendre conscience que je me fourvoyais complètement. « Car l’Éternel châtie celui qu’il aime, comme un père l’enfant qu’il chérit. » (Pr 3.12). J’aimais mes enfants de tout mon cœur, mais est-ce que je les aimais de la bonne manière ?
J’ai donc pris la décision de changer ma manière de voir, de demander pardon à Dieu, et à mon mari de ne pas l’avoir davantage écouté et de l’avoir empêché, à certains moments, d’exercer son autorité comme il l’aurait voulu et nous avons décidé ensemble de mettre en place des limites éducatives plus claires.
Mon enfant n’avait pas seulement besoin d’amour mais aussi de limites, et je me devais de répondre à ce besoin. J’ai réalisé que le rêve vendu par l’éducation positive et bienveillante est inatteignable parce que l’enfant n’est pas cet idéal d’humanité à faire épanouir, mais un pécheur par nature qui a besoin d’être transformé. J’ai appris que mes conflits avec mes enfants ne sont pas des échecs mais qu’au contraire ces confrontations sont autant d’occasions d’offrir à mes enfants le cadre rassurant dont ils ont besoin. Mais pour cela, il fallait que je retrouve le pouvoir indispensable pour gérer cette grande responsabilité qu’est l’éducation des enfants. Je devais conquérir une nouvelle légitimité, celle de punir mes enfants quand ils le méritent.
Et c’est ce que nous avons fait, sans violence, mais avec fermeté.
Il n’a même pas fallu 48 heures pour que notre fils aîné soit transformé et que les crises cessent complètement ou presque. L’angoisse sourde qui pesait sur notre quotidien s’est envolée elle aussi, laissant toute la place à l’amour et la joie de pouvoir partager simplement de bons moments en famille.
Un an après ce virage éducatif, je réalise à quel point tout est encore en chantier. Je ne suis pas parfaite, loin s’en faut, et il y a bien des jours où je ne suis pas fière de moi. J’ai besoin chaque jour de l’aide de Dieu pour savoir quand consoler, écouter, comprendre et encourager avec patience et, à l’inverse, quand réagir avec fermeté vis-à-vis d’un comportement que je ne dois pas tolérer.
Peut-être avez-vous été choqués de découvrir à quel point le rôle des parents aujourd’hui peut être déformé ou peut-être vous êtes-vous reconnus à un moment ou l’autre de mon témoignage ? Dans tous les cas, je ne peux que vous inviter à considérer combien les mécanismes à l’œuvre derrière cette promesse de l’éducation positive et bienveillante s’apparentent à une forme d’emprise. Je la ressens encore fortement, rien qu’en parcourant le rayon parentalité de la médiathèque. Notre culpabilité, nos peurs, nos doutes et notre profond désir d’harmonie rendent son attrait presque irrésistible.
Pourtant, je pense qu’il est urgent de promouvoir une pensée bibliquement fondée sur le sujet car les conséquences sur les enfants sont déjà tangibles, tant à l’échelle des familles que de la société.
Pour aller plus loin, nous vous recommandons deux conférences proposées par le CERIE fin 2024 et dont les enregistrements sont disponibles en ligne :
* L ’éducation positive selon une neuroscientifique https://cerie.org/ressource/leducation-positive-selon-une-neuroscientifique/-selon-une-neuroscientifique/
* L ’éducation positive selon une psychologue cerie.org/ressource/leducationpositive-selon-une-psychologue/